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Dossier : Nordahl Lelandais

Procès Lelandais : au Pont-de-Beauvoisin, "on pense tous les jours à Maëlys"

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Pays de Savoie, France Bleu Isère, France Bleu

REPORTAGE - Le procès du meurtre d'Arthur Noyer, début mai, rouvre les plaies de la commune iséroise où Nordahl Lelandais a brisé la vie de la petite Maëlys. Le Pont-de-Beauvoisin n'oublie pas.

La banderole souvenir devant la salle où Maëlys a été enlevée
La banderole souvenir devant la salle où Maëlys a été enlevée © Radio France - Christophe Van Veen

Le Pont-de-Beauvoisin, en Isère, marché du lundi au soleil glacé du printemps. Les habitants du Pont-de-Beauvoisin, en Savoie, traversent le pont au-dessus du Guiers pour se ravitailler en légumes frais. Nordahl Lelandais est incarcéré depuis plus de trois ans et demi à une cinquantaine de kilomètres, à Saint-Quentin-Fallavier (Isère). Le procès lié à la mort du caporal Arthur Noyer (à partir du 3 mai) ravive le traumatisme collectif et l'ombre de la fillette planera sur ce premier rendez-vous aux Assises de la Savoie. Ici, côté Isère, a été enlevée Maëlys en août 2017. Ici, on a côtoyé Nordahl Lelandais. 

Retour au Pont-de-Beauvoisin

Le pont entre Savoie et Isère
Le pont entre Savoie et Isère © Radio France - Christophe Van Veen

Un Avant-Pays savoyard traumatisé 

"C’est une grosse merde. Faut pas qu’il revienne !" La sentence est prononcée par deux jeunes femmes qui fument, café à la main, devant un tabac-presse du Pont-de-Beauvoisin, côté Isère. Elles ont croisé Nordahl. Tout le monde se croise dans l’Avant-Pays savoyard, et surtout dans les tabacs-presse où l’on se distrait avec des paris sportifs et autres jeux de grattage et de tirage. Derniers lieux d’échanges quand la plupart des rideaux de fer des commerces sont baissés provisoirement par la Covid ou définitivement par la crise économique qui frappe les petites bourgades en péril.

Les tabacs-presse du Pont en Savoie
Les tabacs-presse du Pont en Savoie © Radio France - Christophe Van Veen

Un patron de ces tabacs-presse s'en prend à la justice qui, selon lui, "minimise" les faits : "Vous savez, vous, pourquoi ils n’ont pas retenu la préméditation ?" Une autre patronne d'un tabac où Nordahl Lelandais avait ses habitudes : "C’était pas écrit sur son front. On est toujours surpris par la nature humaine. Et pas en bien. Il a fait trop de mal ici. Le procès ? Il était temps." 

Lelandais se tapait souvent l’incruste dans les bandes de jeunes, fournissait certains en produits pour les soirées assez "sauvages". "J’ai des copains qui le fréquentaient et il était vraiment sympa et marrant" nous lance à la volée un Isérois. Le grand copain, D., l’ami des parties de pêche avec Lelandais, a écrit son dégoût de la trahison de son pote sur sa page Facebook. Aujourd’hui il se tait, il se terre. Au téléphone : "J’en ai marre d’être harcelé par les journalistes, je suis artisan et c’est pas bon pour moi." Il sera présent au procès.

Le Pont en Savoie
Le Pont en Savoie © Radio France - Christophe Van Veen
Un village en souffrance
Un village en souffrance © Radio France - Christophe Van Veen

Le nom "Lelandais" provoque la colère

Le procès à venir remet en lumière un territoire où, souvent, le soleil fait défaut, où l’on a la discrétion inscrite dans l’ADN. "On aurait préféré avoir Zidane comme référence régionale plutôt que lui" nous écrit par sms un autre de la génération Lelandais. Un peu d’humour pour adoucir son précédent message "S’il revient ici..." Il n’est pas le seul à dégainer ce genre de verdict expéditif, définitif. Une quinquagénaire apprêtée promène son petit chien dans une ruelle étroite. Elle envisage à voix haute un châtiment corporel des plus douloureux pour celui qui a tué une enfant. On mesure l’abyssale difficulté de la justice à tenir le futur procès "dans le calme, la sérénité et la dignité" selon les vœux de la première présidente de la cour d'appel de Chambéry. 

Au Kebab, Ahmed nous raconte comment il a "chopé" Sven Lelandais, le frère aîné, en train d'essayer de lui pomper son essence dans son réservoir. Ne pas prononcer le nom de "Lelandais" en sa présence. "Bien sûr qu'on est en colère ! C'est tout petit ici, tout le monde se connaît. Je veux aller au procès à Chambéry. Pour voir sa tête. Sans pitié. Je veux qu'il prenne le maximum !" Impossible d’éviter les amis ou la famille d’Ahmed Hamadou, disparu au Fort de Tamié. Son crâne vient d’être retrouvé. Certains soupçonnent Lelandais, qui n’est pourtant pas mis en examen dans cette affaire. 

Le marché du lundi au Pont-de-Beauvoisin
Le marché du lundi au Pont-de-Beauvoisin © Radio France - Christophe Van Veen

L'ombre de Maëlys partout

Pas de place pour le pardon. Sauf, peut-être pour la maman de Nordahl Lelandais. Delphine "ne juge pas la famille. On ne peut pas rendre les parents responsables de la délinquance de leurs enfants." Delphine travaille à la mairie du Pont-de-Beauvoisin et se souvient du stress durant des mois, quand le visage de la petite fille s'affichait partout dans la commune. "Où que l'on portait son regard, on voyait le portrait de Maëlys. On était tous très mal."

À l’approche du procès, le nom de Lelandais affleure à nouveau dans les conversations, entre les étals du marché, devant l’hôtel de ville. Une réminiscence douloureuse. Une malédiction. Un sort jeté sur la communauté. Retraité alerte, Guy dénonce le cirque médiatique : "On a vu des caméras partout, nuit et jour. Des lumières de projecteurs en pleine figure. On ne pouvait plus sortir tranquilles ! On se faisait tous arrêter dans la rue par des journalistes qui nous demandaient ce qu'on en pensait. Quand j'allais à Grenoble, tout le monde me disait : "Ah bon, tu es du Pont-de-Beauvoisin !" Franchement, ça m'a pris la tête". 

Devant la salle des fêtes, cet hommage à Maelys
Devant la salle des fêtes, cet hommage à Maelys © Radio France - Christophe Van Veen

Erwin travaille aux pompes funèbres. Jeune homme pondéré, il est marqué comme les autres : "Quand c'est arrivé, j'ai mis un peu de temps à me dire que c'était réel. On n'imagine pas ça dans une petite commune comme la nôtre. Le déferlement médiatique a renforcé l'ambiance pesante. Même si on s'y attendait, à cette invasion des médias, car c'est un crime d'enfant. Je n'ai pas d'attente particulière concernant le procès. Si ce n'est que ça va aider à tourner la page, chacun à sa manière".

Le visage de Maëlys a été imprimé sur les tee-shirts des marches blanches, il l’est encore dans le cœur et l’esprit des habitants. "On passe tous les jours devant la banderole de la salle des fêtes" explique Abdel. "Tous les jours, on a une pensée pour la petite, même si on n'est pas de sa famille".

La salle des fêtes où Maelys a été enlevée
La salle des fêtes où Maelys a été enlevée © Radio France - Christophe Van Veen

"Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'il fasse ça ?"

"On ne peut pas oublier". Le crime hante Karim. Son fils était dans la même classe que Lelandais. Anniversaire d’enfance en commun. "Il était tout gentil, Nordahl, quand il venait aux anniversaires de mon fils. Alors, devenir un monstre pareil !" Que peut-on espérer des explications du meurtrier présumé devant les jurés de la cour d'assises de la Savoie ? "Je veux comprendre ce qui s'est passé. Qu'est-ce qu'il s'est passé dans sa vie pour qu'il devienne comme ça ?" Nordahl Lelandais a quitté la scolarité très tôt. Et les anniversaires ont continué sans lui. Plus tard, "sale impression", Karim tombe une fois par hasard sur le jeune adulte Lelandais dans le sud, au bord de la Méditerranée et le remonte sur le Pont-de-Beauvoisin. Nordahl n’ouvre pas la bouche pendant tout le trajet en voiture. "Cela m'a marqué. Le gamin n’était plus le même. Il m’a fait peur. Je ne le reconnaissais plus".

"Qu'il se tienne droit devant les parents !"

Les mois de mensonges ont aggravé le cas de l’accusé. Lors du procès, va-t-on entendre enfin une reconnaissance de sa culpabilité ? C'est ce qu'attend Patricia, venue faire son marché du lundi : "Depuis le temps qu'il est incarcéré, j'espère qu'il a réfléchi sur ce qu'il a fait. Cela n'enlèvera pas la douleur, mais c'est important qu'il assume ses actes. Qu'il se tienne droit devant les parents des victimes. Qu'il reconnaisse sa culpabilité. Qu'il dise ce qui s'est passé".

Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait, ce dimanche, où la France a appris la disparition d’une fillette de 8 ans dans un mariage. Patricia fêtait l'anniversaire de son fiston sur la terrasse, de l'autre côté du Guiers, côté Savoie, en face de la salle polyvalente. "On a entendu les hélicoptères dès le matin. On ne savait pas ce qu'ils recherchaient. Le soir, à la télé, on a compris."

La mairie du Pont
La mairie du Pont © Radio France - Christophe Van Veen

Devenir une scène de crime à ciel ouvert, centre d’intérêt macabre de la France entière... on en voit encore les stigmates, près de quatre ans plus tard. "La plaie ne se referma jamais tout à fait " nous redit, dans son bureau Michel Serrano, le maire du Pont-de-Beauvoisin. Mais, insiste-t-il, "notre trauma collectif est sans commune mesure avec la douleur des familles des victimes".  

  • L’Avant-Pays savoyard est un acteur à part entière dans cette affaire. Terre de passages où s’enchevêtrent les frontières. Isère, Savoie, Ain. Facile de brouiller les cartes. Le contrebandier, Louis Mandrin, au début du 18e siècle, savait déjà utiliser cette situation géographique particulière, passant d’une juridiction à l’autre, se jouant de frontières faciles à franchir, comme les cours d’eau, le Rhône ou encore le Guiers qui partage Le Pont-de-Beauvoisin entre Isère et Savoie, de part et d’autre du pont. Nordahl Lelandais enlève Maëlys en Isère et cache le corps de la fillette à quelques kilomètres, chez lui en Savoie. 
Le Guiers frontière naturelle entre les deux départements Savoie et Isère
Le Guiers frontière naturelle entre les deux départements Savoie et Isère © Radio France - Christophe Van Veen

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