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Dossier : Nordahl Lelandais

Procès Lelandais : à Domessin, en Savoie, les voisins sont traumatisés

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Pays de Savoie, France Bleu Isère, France Bleu

REPORTAGE - À une semaine du premier procès Lelandais consacré au meurtre du caporal Arthur Noyer, les bouffées d'angoisse resurgissent dans un hameau de Domessin (Savoie) où a grandi Nordahl Lelandais. "On ne croit toujours pas que cette horreur ait pu avoir lieu."

Le hameau Le Blanc
Le hameau Le Blanc © Radio France - Christophe Van Veen

Nordahl Lelandais, né en février 1983 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), passe les sept premières années de sa vie en région parisienne, dans les Yvelines. La famille s'installe à l'aube des années 90 dans un hameau de Domessin, dans l'Avant-Pays savoyard. 

Domessin : au plus près des Lelandais, on se mure dans le silence 

À une poignée de kilomètres de la salle des fêtes où Maëlys a été enlevée, on grimpe au hameau "Le Blanc". Isolé du bourg, exilé sur les hauteurs d’une colline douce et verdoyante, entouré de champs, dont certains sont réservés aux chevaux. Quelques familles, qui se parlent peu, depuis les événements. Chacun chez soi ou presque. Le souvenir douloureux du quartier bouclé par les gendarmes : impossible de sortir ou de rentrer chez soi, camp retranché assailli par les journalistes. S’y présenter un peu moins de quatre ans plus tard avec un micro est la garantie de l’échec. Les journalistes ne sont pas les bienvenus.

Le hameau isolé du village
Le hameau isolé du village © Radio France - Christophe Van Veen

Bâtisses modestes et villas plus luxueuses, imbriquées. Celle des Lelandais est la seule sans clôture, ni portail, ni muret. Libre accès, comme s’il n’y avait rien à cacher. Murs jaunâtres, décrépis, volets souvent clos au bois usé. Sur le côté, toujours la même Fiat bleu-gris délavé, cabossée, qui appartenait à Jean-Pierre, le papa, commercial qui parle sept langues, décédé en janvier dernier. Quelques massifs de fleurs, entretenus. On devine sous l’appentis un tas de croquettes pour chien, le dernier malinois du maître en prison. L’autre, Tyron, son "bébé" comme il l’appelait, est mort récemment.  

📻 REPORTAGE - À Domessin, les voisins de Nordahl Lelandais, toujours sous le choc

Retour à Domessin

Christiane Lelandais, la mère, qui a travaillé jusqu'à sa retraite dans un cabinet de radiologie, y vit avec son fils aîné Sven. L’avocat, Alain Jakubowicz, a fait savoir que la famille ne parlerait pas aux journalistes avant le procès. De fait, la porte se referme instantanément sur nous dès notre présentation. Fin de non-recevoir. On ne saura pas les attentes des plus proches avant cette première confrontation avec la justice publique. Le père, Jean-Pierre Lelandais, nous avait ouvert la porte au lendemain de la découverte du corps de Maëlys et des aveux de son fils. La télé branchée sur BFM-TV, il nous avait paru totalement désorienté. "On suit les choses au fur et à mesure" nous avait-il confié, découvrant heure par heure l’étendue du désastre causé par son fils. 

La maison sans portail ni muret
La maison sans portail ni muret © Radio France - Christophe Van Veen

"On s'est fait avoir. Il nous a eus."

Autour, le spectre de Lelandais ferme les visages, condamne la parole enregistrée. Patrick ne parle pas dans la boîte, comprenez "notre enregistreur", mais il prend le temps de discuter avec nous, vivement, il est en colère, toujours en colère. "Il nous a eus… on s’est fait avoir." Il ne pardonne pas, ne parvient plus à saluer sa voisine, la mère du criminel. C’est plus fort que lui, il ne peut pas. Il se souvient comme les autres du petit Nono et de son frère Sven faisant la tournée des maisons pour souhaiter la bonne année. "On leur donnait des bonbons, ils étaient gentils comme tout ". L'adorable gamin a mal tourné. Bradeur de chichon. Et à la fin, il faisait peur avec ses deux malinois. "Quand on le croisait, on s’écartait."

Le soir de l’interpellation de Nordahl, il prend l’apéro avec d’autres voisins. Arrivée en trombe des fourgons et des gyrophares : "Putain, qu’est ce qu’il a encore fait ?" Des conneries avec la drogue, sûrement. "Mais jamais ça. Pour vous dire, on n'a pas du tout fait le rapprochement avec le dimanche, avec Maëlys." Juste après, les premiers reporters se ruent chez lui. Il paye le café. Il les renvoie dans leur rédaction, sûr de lui : "C’est n'importe quoi, il n'a pas fait ça. Vous vous trompez, c'est pas lui. Bien sûr qu'il vend du chichon, mais c'est pas lui." Jusqu’aux aveux de Lelandais, des mois plus tard. "On s’est fait avoir, c’est le sentiment que j’ai."

Entouré de champs et de chevaux, le hameau le Blanc
Entouré de champs et de chevaux, le hameau le Blanc © Radio France - Christophe Van Veen

Compassion pour la maman

Après plusieurs mois de silence, Céline, elle, s’est remise à dire bonjour à la mère de Nordahl Lelandais. "Elle n’y est pour rien dans cette horreur". Un autre voisin est lui aussi compréhensif : "Compassion pour la maman qui a défendu son fils comme une maman, n’acceptant pas l’inacceptable." Non loin de là, dans leur pavillon à la décoration bloquée dans les années 70, un couple âgé de Savoyards plaint sincèrement "la mère isolée, qu’on ne voit plus nulle part, elle qui faisait les brocantes". 

Le procès, à Chambéry, dans l'affaire du caporal Arthur Noyer ? Pour Céline, "il faut qu’il paye… mais il paye déjà". Pas de colère chez elle. De l’effroi, plutôt. Elle ne croit toujours pas que cette horreur s'est produite, de l’autre côté de sa clôture mitoyenne.

Archive - Les voisins de Lelandais sont traumatisés par le quartier bouclé par les gendarmes et assailli par les journalistes
Archive - Les voisins de Lelandais sont traumatisés par le quartier bouclé par les gendarmes et assailli par les journalistes © Maxppp - maxppp

Rencontre avec Lelandais, juste après la mort de Maëlys

À 20 mètres des Lelandais, un vieil homme du village d’à côté aide à l’entretien d’un potager. Il n’oubliera jamais, quand il a vu Nordahl Lelandais débarquer chez lui, tenter de vendre son Audi A3 grise, lavée, récurée. C’était juste après avoir tué Maëlys, et le papy ne l’a su qu’après. "Mon beau-fils cherchait une voiture et lui était vendeur. Il est venu boire un whisky. Normal. Il a dit qu’il allait réfléchir. Personne ne voyait rien de spécial. Mais, en partant, il a dit que ma petite-fille était belle. Ça nous a marqué, après."

Il n'est pas du hameau alors il dit tout haut, à notre micro, ce que beaucoup pensent. "Ici, dans le coin, même les anciens, on veut qu’il prenne la perpétuité. Après... la justice fera son travail…" Et il se remet à balancer des coups de bêche dans la terre sèche. 

Le traumatisme des voisins

Au plus profond d’eux-mêmes, des voisins disent avoir revécu pendant de long mois la nuit de Maëlys, la nuit de l’enlèvement, la nuit de la mort. Ils étaient à quelques mètres d’un crime horrible. Ils se sont refaits la nuit terrible dans leur tête des dizaines de fois. Des bruits. Quels bruits ? La voiture de Nordahl qui vient et qui repart… Les chiens ont-ils aboyé ? Et le corps de Maëlys, dans la cabane du jardin… pendant qu’ils dormaient.

Les bouffées d’angoisse resurgissent avec le procès "Arthur Noyer" à venir, sur lequel planera l'ombre de Maëlys. Est-ce que Lelandais va ressortir un jour de prison ? On nous pose la question à plusieurs reprises. La peur. "Quand on a fait ça une fois, on peut recommencer". Après chacune de ses nombreuses déveines, Nordahl Lelandais est toujours revenu au nid, dans ce hameau, dans cette maison, dans sa famille. Son retour à Domessin serait un cauchemar éveillé, nous confie l’une des habitantes. 

  • Nordahl Lelandais est accusé du meurtre d'Arthur Noyer, en Savoie, dans la nuit du 11 au 12 avril 2017. Il est jugé par la cour d'assises de Savoie à partir du 3 mai 2021
  • Tous les jours jusqu'au procès, France Bleu Isère et France Bleu Pays de Savoie vous proposent une série de reportages "L'ombre de Maëlys", "Lelandais l'insaisissable", "La nuit de la mort du caporal Arthur Noyer" ... et une série d'articles sur francebleu.fr 
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