Faits divers – Justice

Procès Loan : 20 ans requis contre le père et quatre ans contre la mère

Par Valérie Mosnier, France Bleu Creuse, France Bleu Gironde, France Bleu Limousin et France Bleu jeudi 13 octobre 2016 à 17:52 Mis à jour le jeudi 13 octobre 2016 à 21:45

Le verdict de la Cour d'Assises de la Creuse est attendu ce vendredi
Le verdict de la Cour d'Assises de la Creuse est attendu ce vendredi © Radio France - Valérie Mosnier

Après trois jours de débats devant les Assises de la Creuse, les plaidoiries ont commencé ce jeudi dans le procès des parents du petit Loan. L'avocat général a requis dans l'après-midi 20 ans de réclusion criminelle à l'encontre de Cédric Danjeux et quatre ans de prison contre Christelle Mourlon.

Depuis lundi, les parents du petit Loan comparaissent devant la cour d'Assises de la Creuse, à Guéret. Ils ont reconnu la mort de leur bébé, âgé de quatre mois, le 21 août 2014, au domicile familial de Lavaveix-les-Mines. Cédric Danjeux est accusé de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner avec deux circonstances aggravantes, Loan avait moins de 15 ans et Cédric Danjeux était son père. L'homme est aussi accusé de non-assistance à personne en danger et dénonciation mensongère. Il risque jusqu'à 30 ans de réclusion criminelle. Christelle Mourlon, elle, est accusée de non-assistance à personne en danger, recel de cadavre et dénonciation mensongère. Elle risque au maximum 5 ans d'emprisonnement.

Le mythe de Cronos

Dans ses réquisitions, ce jeudi après-midi, l'avocat général a comparé ces parents à Cronos et Rhéa. Dans la mythologie grecque, Cronos, fils d'Ouranos, détestait son père et il était devenu aussi tyrannique que lui. Cronos obligeait sa femme à lui remettre leurs enfants avant de les dévorer. "C'est ce que nous venons de revivre pendant ce procès" explique Sébastien Farges.

Pour l'avocat général, Cédric Danjeux n'était pas qu'un mauvais père, "avec son éducation, ses difficultés il a aimé son enfant, l'a voulu". Il donnait le biberon et arrivait à calmer ce bébé, né prématuré à sept mois et opéré d'une malformation aortique, qui pleurait beaucoup. "Il avait la force de le consoler sauf ce 21 août". Christelle Mourlon et Cédric Danjeux vivaient des minimas sociaux, "ils crevaient la faim mais nourrissaient leur bébé". Des témoins ont décrit Loan comme un enfant propre, soigné, nourri et qui sentait bon le bébé.

Mais Cédric Danjeux est aussi cet homme qui se livre à ses démons, "il se prend pour le père qu'il déteste". Avec Christelle Mourlon et Loan, il ressent la toute puissance du mari et du père et reproduit le schéma familial, où il est normal qu'un père corrige son enfant. Cédric Danjeux force Loan à prendre le biberon, a t-il vraiment dit un jour, "ce lait là je l'ai payé, il va le boire jusqu'au bout" comme le raconte un témoin ? Sébastien Farges le croit.

"La force des claques, on l'a tous entendue" - l'avocat général

L'avocat général, qui a assisté à la reconstitution en juin 2015, dans la petite maison de 50m², parle d'un moment difficile. "La force des claques, on l'a tous entendue" malgré la porte de la chambre fermée, séparée du salon par la cuisine. Parler de "claques fortes est un adjectif minimal". Pour lui,ce sont bien les coups portés ce 21 août, par Cédric Danjeux, qui sont à l'origine de la mort de Loan.

Sébastien Farges est ensuite revenu sur l'accusation de non assistance à personne en danger où chacun a joué un rôle. Cédric Danjeux a eu l'idée de l'étang, mais c'est Christelle Mourlon qui lui a tendu les gants pour mettre Loan dans un sac poubelle. C'est elle aussi qui l'a conduit à Saint-Sulpice-les-Champs, "il n'y a pas eu de menace, ni de violence" insiste l'avocat général mais c'est elle qui a emmené les enquêteurs sur les lieux de l'enterrement en pleine nuit, lui a toujours refusé de se rendre sur place.

Le couple était aussi de connivence pour élaborer le scénario de l'enlèvement, qu'ils ont répété la veille. Se promener avec un couffin et un poupon à l'intérieur, c'est son idée à elle. Simuler la présence de l'enfant, c'est son idée à elle. Mettre des affaires dans la voiture, ils y ont pensé tous les deux...

Un emboîtement diabolique

Les experts l'ont dit, Cédric Danjeux et Christelle Mourlon sont deux personnalités en miroir, qui ont exprimé le pire d'eux-même. Le sentiment d'abandon ressenti par Cédric Danjeux aurait pu être cassé par l'amour de son fils, mais il a reproduit le schéma familial qu'il connaissait. Il est soumis à ses "agir" avant sa pensée.

Cédric Danjeux est magnifié dans ce rôle grâce à Christelle Mourlon, une victime idéale et consentante. Elle pensait que Cédric Danjeux allait réparer ses carences affectives, malgré les violences verbales et physiques. "Elle a sacrifié son enfant" insiste encore une fois Sébastien Farges au profit de sa relation avec Cédric Danjeux. Elle porte plainte pour des violences sur sa personne, mais ne dit rien pour Loan, elle avait peur. "Loan a finalement précipité la chute de ce couple pathologique et l'a payé de sa vie" conclu l'avocat général. Mais Sébastien Farges ne met pas sur le même plan les violences de Cédric Danjeux et la passivité de Christelle Mourlon, même si elle ne doit pas être "perçue uniquement comme cette femme battue qui n'avait aucun pouvoir sur la réalité."

Sébastien Farges, l'avocat général au procès des parents de Loan devant les Assises de la Creuse

"Loan est le fantôme de ce procès" - avocate d'une partie civile

Dans cette affaire, quatre associations se sont constituées partie civile : Enfance et Partage, Innocence en Danger, L'Enfant Bleu et La Voix de l'Enfant. Les avocates sont intervenues tout au long des débats. Lors de leurs plaidoiries, ce jeudi matin Me Nathalie Bucquet, avocate d'Innocence en danger, s'est concentrée sur Loan "ce bébé de 120 jours, qui mesurait 57 centimètres mais dont on ignore le poids, Loan n'est pas qu'un cadavre" . Elle note que la seule personne qui aura décrit Loan c'est sa tante, la sœur de Christelle Mourlon parle d'un petit blondinet, un bébé adorable. Mais impossible d'en savoir plus son quotidien : "Loan faisait-il ses nuits ? Avait-il un doudou ? On a parlé de son cadavre, mais pas de sa personne. Loan est le fantôme de ce procès."

Me Annick Sadurni, représente l'association Enfance et Partage

Plusieurs personnes de l'entourage du couple avait repéré des bleus sur les joues de Loan, un frère de Cédric Danjeux parle même de traces sur les jambes et à l'intérieur des bras "comme des pincements"'. Ce qui est insupportable pour Me Sylvie Feunart, avocate de l'Enfant Bleu et de La Voix de l'Enfant, c'est que "tout le monde savait, même les institutions. Le système a failli." Loan et ses parents étaient suivis par les services sociaux suite à la plainte de Christelle Mourlon pour violences, en janvier 2014 alors qu'elle était enceinte et qui avait valu à Cédric Danjeux d'être condamné. Une information préoccupante avait été déclenchée après la naissance de Loan le 3 avril 2014. Plusieurs rendez-vous sont pris à l'aide sociale à l'enfance puis au domicile des parents le 27 mai 2014 ou le suivi de la PMI s'arrête. Il n'y aurait pas eu de danger immédiat.

Me Sylvie Feunart, avocate de l'Enfant Bleu et de la Voix de l'Enfant

Les associations mettent des numéros spéciaux à disposition, pour signaler tout cas de maltraitance sur un enfant. Il existe aussi un numéro mis en place par le gouvernement.

En savoir plus sur l'affaire Loan.

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