Faits divers – Justice

Procès Loan : la personnalité de la mère au coeur des débats

Par Valérie Mosnier, France Bleu Creuse, France Bleu Limousin et France Bleu jeudi 13 octobre 2016 à 1:12 Mis à jour le jeudi 13 octobre 2016 à 1:13

Plusieurs témoins parle de Christelle comme une femme soumise, qui a peur de son compagnon
Plusieurs témoins parle de Christelle comme une femme soumise, qui a peur de son compagnon © Radio France - Valérie Mosnier

Ce mercredi, au troisième jour du procès des parents de Loan, la Cour d'Assises de la Creuse a examiné la personnalité de Christelle Mourlon. L'objectif était d'en savoir plus sur son rôle dans la mort de son bébé en août 2014.

Christelle Mourlon et Cédric Danjeux comparaissent depuis lundi pour la mort de leur bébé de quatre mois. Loan est décédé fin 2014 et a été enterré près d'un étang de Saint-Sulpice-les-Champs. Les parents avaient inventé un enlèvement. Durant une semaine, ils avaient même monté tout un scénario pour faire croire que l'enfant était encore vivant, et avant d'avouer, en garde à vue, être à l'origine de sa mort.

Le père, Cédric Danjeux, a toujours reconnu être à l'origine des violences, mais Christelle Mourlon est-elle aussi soumise qu'elle le dit ? Avait-elle vraiment peur de son compagnon, au point de ne pas intervenir quand elle a vu Loan agoniser ? C'est ce qu'a voulu savoir ce mercredi la Cour d'Assises de la Creuse.

Une grande immaturité

Le psychiatre et le psychologue sont d'accord. Tous les deux ont rencontré Christelle Mourlon environ une quinzaine de jours après son placement en détention provisoire, le 1er septembre. Le mot qui revient très souvent est une "grande immaturité", "immaturité extrême". La jeune femme vit dans une dépendance affective à l'autre, une soumission, elle a peur d'être seule, elle souffre de carence affective, elle n'a aucune capacité d'initiative.

Selon ces experts, ce comportement remonte à l'enfance. Christelle Mourlon a été placée dès l'âge de quatre ans en famille d'accueil. Elle revient de temps en temps voir sa mère et son beau-père. Au cours de ses placements, dans trois familles d'accueil, "elle a cherché à être une enfant sage, voire transparente" explique le psychologue Jean-Yves Charvieux "pour ne pas être une nouvelle fois abandonnée". Elle était donc une candidate idéale pour une relation d'emprise. "

Laurence Dionnet, partie civile, et son avocat Me Jean-Hubert Portejoie à Guéret - Maxppp
Laurence Dionnet, partie civile, et son avocat Me Jean-Hubert Portejoie à Guéret © Maxppp - Michèle Delpy

A telle sacrifié Loan ?" demande l'avocat général. "Elle a sacrifié délibérément son rôle maternel protecteur au profit de sa propre personne" répond le psychologue "mais il n'y a pas de lien conscient que l'enfant est en train d'être sacrifié et qu'il risquait sa vie."

Christelle était une bonne mère - famille d'accueil

Pour d'autres témoins, la rencontre avec Cédric Danjeux en 2011 a été un tournant. "Elle a changé à 100%, ne se maquillait plus, s'habillait en noir" raconte la femme de sa dernière famille d'accueil. Cette femme, que Christelle appelait aussi maman, était devenue une confidente. C'est avec elle que Christelle Mourlon est allée déposer plainte trois fois pour violences contre son compagnon, avant de retirer les deux premières. Mais, quand les deux femmes se voient le 16 août 2014, Christelle Mourlon ne lui parle pas des marques sur les joues de Loan. "Cédric Danjeux était tout le temps à côté" mais pourquoi n'a t-elle rien dit ? "par peur, ça peut être que ça". Ce témoin décrit le père de Loan comme "très autoritaire quand il donnait le biberon à son fils. Même si Loan n'en voulait plus, il lui enfonçait la tétine dans la bouche pour qu'il boive jusqu'au bout. Il disait : j'ai payé le lait, il le boira jusqu'au bout". Plusieurs fois cette femme aurait proposé à Christelle de venir chez elle, mais la jeune femme a toujours refusé, pour elle '"Christelle était une bonne mère."

Toujours des regrets mais aller de l'avant

Christelle Mourlon est interrogée à plusieurs reprises. Elle pleure beaucoup notamment quand il est question du décès de Loan, "comment gérez vous le deuil ? " demande un assesseur "j'ai beaucoup de mal" répond la mère "je regrette de ne pas l'avoir secouru, j'ai le manque de Loan, je m'en veux de ne pas avoir fait ce qu'il a fallu". Mais, la jeune femme montre aussi qu'elle sait aussi se défendre quand elle en a marre comme ce coup de louche donné à son compagnon, au début de leur relation.

Sa voix, posée, n'est pas non plus celle d'une femme soumise. "Je n'étais pas celle que je suis maintenant" explique Christelle Mourlon au Président de la Cour d'Assises. Elle se projette dans l'avenir, a son logement, un travail à Limoges, voit régulièrement un psychologue et à son éducatrice elle a dit : "Plus jamais un homme ne décidera à ma place."

Christelle Mourlon a revu sa mère biologique, partie civile, pour la première fois en 2 ans - Valérie Mosnier

Christelle Mourlon est notamment accusée de non assistance à personne en danger, elle risque une peine maximum de cinq ans d'emprisonnement. Cédric Danjeux est poursuivit pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, il encourt 30 ans de réclusion criminelle.

Ce jeudi, place aux plaidoiries des parties civiles. Les réquisitions de l'avocat général sont attendues dans l'après midi. Le verdict doit être rendu ce vendredi.

Partager sur :