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Faits divers – Justice DOSSIER : L'affaire Merah

Procès Merah : les 10 moments forts de la première audience

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Occitanie, France Bleu

À l'automne 2017, Abdelkhader Merah et Fettah Malki ont été jugés pour leur implication dans les tueries de Mohamed Merah, "l’homme au scooter", en mars 2012 à Toulouse et Montauban. Retrouvez les temps forts de la première audience alors que le procès en appel débute ce lundi à Paris.

Les deux accusés, Abdelkader Merah et Fettah Malki, au premier jour de leur procès, en 2017.
Les deux accusés, Abdelkader Merah et Fettah Malki, au premier jour de leur procès, en 2017. © AFP - Benoît Peyrucq

Paris, France

Ce lundi 25 mars, le frère et l’ami d’enfance de Mohamed Merah se retrouvent confrontés à la justice pour la deuxième fois. En 2017, au terme d’un procès mouvementé devant une cour d’assises spéciale (composée uniquement de juges professionnels), Abdelkhader Merah avait été condamné à 20 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroriste mais pas reconnu coupable de complicité d’assassinat, provoquant l’appel du parquet. Fettah Malki avait, lui, écopé de 14 ans de réclusion. Voici les dix moments forts des cinq semaines de débats électriques qui avaient abouti sur ces condamnations il y a un an et demi.

2 octobre : premier jour dans un climat tendu 

"Nous avons à juger deux hommes qui sont présumés innocents. Nous devons pouvoir entendre leurs arguments, comme ceux des parties civiles dans un climat apaisé et de dignité." Ce jour-là, dans la salle d’audience, le Président de la cour d'assises appelle au calme. Il souligne que les actes commis par Mohamed Merah en mars 2012 sont terribles : le meurtre de trois enfants et d’un professeur dans l’école juive Ozar Hatorah, après celui de trois militaires, à Toulouse et Montauban. Un militaire en réchappera, grièvement blessé. Son frère, Abdelkhader, est accusé de complicité, il risque la perpétuité. Son ami d’enfance, Fettah Malki, lui aurait fourni un pistolet mitrailleur Uzi, des munitions et un gilet pare-balle. Dans la salle, ce 2 octobre, énormément de journalistes sont présents. Énormément de parties civiles aussi : elles sont plus de 200.

4 octobre : les hésitations d’Abdelkader Merah 

"On m’appelait Ben Ben […] par rapport à Ben Laden." Lors du troisième jour d’audience, Abdelkader Merah prend la parole, et revient longuement sur son enfance heureuse dans le quartier des Izards, à Toulouse. Il raconte le divorce de ses parents, et le départ de son père en Algérie, quand il a 11 ans, qui fera tout exploser. Sa mère reste seule pour élever ses cinq enfants. Le frère de l’homme au scooter parle de sa conversion à l’islam en 2006, de son mariage religieux "par téléphone" avec une amie de son quartier. Mais, questionné, Abdelkader Merah hésite à condamner les actes de son frère. Il ne le fera que du bout des lèvres : "Mon frère est un musulman pêcheur." Lorsqu’on lui demande si sa place est en enfer ou au paradis, il hésite : "Je ne sais pas, moi, je ne suis pas Dieu."

La gestuelle d'Abdelkader Merah lors de ses prises de parole. - AFP
La gestuelle d'Abdelkader Merah lors de ses prises de parole. © AFP - Benoît Peyrucq

5 octobre : les menaces de mort 

Au quatrième jour du procès, Maître Dupond-Moretti, qui défend Abdelkader Merah annonce avoir reçu une lettre anonyme le matin même : "J'ai reçu ce matin une lettre qui me met dans un état particulier parce qu'on promet une balle dans la tête à chacun de mes enfants", annonce-t-il devant la cour. Le célèbre avocat pénaliste explique "défendre un homme et non une cause". Il conclut : "C'est mon honneur de défendre Abdelkader Merah."

11 octobre : 36 secondes d’horreur

Yacov Soussan aurait pu être une des victimes de Mohamed Merah. Devant la cour d’assises spéciale, le trentenaire raconte ce 19 mars 2012. Il arrive à 7h55 à l’école juive d’Ozar Hatorah, où il est bénévole, croise Jonathan Sandler et ses deux enfants. Puis il décrit en détail les 36 secondes qui ont suivi, les 36 secondes qui ont suffi à Mohamed Merah pour tuer trois enfants, et un professeur : "On sentait une détermination dans ses tirs, dans ses actes, tout était calculé. [...] Je l'ai vu de sang froid abattre non pas à bout portant, mais à bout touchant." Yacov Soussan a été mis en joue, mais Mohamed Merah n'a pas appuyé sur la détente.

11 octobre : tristesse, honte et regret 

Après le témoignage extrêmement émouvant de Yacov Soussan, Abdelkader Merah, pressé de questions, exprime pour la première fois "un mélange de tristesse, de honte et de regrets." Il affirme avoir évolué en prenant conscience de "la tristesse des familles des victimes".

16 octobre : le renseignement en question

L’ex-patron du renseignement toulousain explique que sa direction avait envisagé de recruter Mohamed Merah un mois seulement avant ses tueries, ventant dans une note son "esprit curieux et voyageur". Il explique aussi que l’homme n’a jamais été un loup solitaire, et que la filière avait été clairement identifiée. Et que c’est pour cela qu’il avait alerté sa hiérarchie dès le 15 mars, juste après l’assassinat des deux militaires et la tentative d’assassinat du troisième, les orientant sur la piste djihadiste. Le militaire fournit à l’époque une liste de 12 suspects potentiels. Le nom de Mohamed Merah y figure. "Les informations révélées ce matin montrent que le crime, en tout cas en ce qui concerne l'école, aurait pu être évité si les informations transmises le 15 mars avaient simplement été exploitées", s’emporte Patrick Klugman, avocat de la famille Sandler, une fois sorti de la salle.

18 octobre : une mère défend son fils

La mère d’Abdelkader et Mohamed est appelée à la barre. "Abdelkader n'a rien à voir dans l'histoire qui s'est passée. Ce qu'a fait Mohamed, c'est très grave mais il est mort", déclare-t-elle d'emblée. Elle dépeint un Albdelkader "gentil à la maison", pratiquant un "islam normal". "C’est Mohamed qui était dans l’extrême de la religion." Qui s’est connecté de chez elle le 4 mars 2012 vers 23h, pour consulter une annonce postée sur Le Bon Coin par la première victime ? Abdelkader est bien venu boire le café, en revanche il "n’est pas revenu" dans la soirée. "Personne." Mais "Mohamed avait le code [de la box]", précise-t-elle. "Elle ment comme elle respire", s’insurgent les parties civiles.  

La mère de Mohamed et Abdelkader à la barre. - AFP
La mère de Mohamed et Abdelkader à la barre. © AFP - Beno$it Peyrucq

25 octobre : le jour des larmes 

Les victimes et leurs familles prennent la parole les unes après les autres. Loïc Liber, seule victime survivante, témoigne depuis sa chambre d’hôpital : "Il m’a carrément détruit la vie. Je me sens malheureux de voir et de savoir que je suis tout le temps dans un fauteuil, dans un lit. J’essaye de m’accrocher comme je peux à la vie." Dans la salle d’audience, rares sont ceux qui arrivent à retenir leurs larmes. Abdelkader Merah écoute défiler les témoignages, sans laisser transparaître d’émotion.

30 octobre : Me Dupond-Moretti plaide l’acquittement

"J’affirme que si Mohamed Merah était dans le box, il y serait seul. […] J’affirme que si Abdelkader Merah est ici, c’est parce que son frère est mort." Après avoir commencé sa plaidoirie d’une voix douce, disant "l’horreur que nous inspirent ces crimes, leur cortège de chagrin", Maître Dupond-Moretti défend son client, parle de la portée politique du procès : "Il fallait un coupable, c'est au pire une balle dans la tête, au mieux un procès sommaire." Il fragilise ensuite une par une les pièces du dossier : "Abdelkader Merah est le terroriste le plus con de la planète, il va d’abord parler spontanément du scooter ?" À la fin de sa plaidoirie où il plaide l’acquittement sans en prononcer le mot, les familles des victimes ont les yeux rouges, rapporte une journaliste de Radio France sur place. 

2 novembre : condamné et acquitté

Abdelkader Merah est reconnu coupable d’association de malfaiteurs terroriste, mais acquitté des faits de complicité des sept assassinats commis par son frère, qui auraient pu lui valoir la perpétuité. "Abdelkader Merah a pu ignorer lors du vol du scooter T-Max qu’il allait servir à commettre les actes de son frère" selon les juges. "Mohamed Merah était seul" lors de la réalisation de ces crimes, a déclaré le président de la cour. "Il n'est pas démontré l'existence d'une aide ou assistance à son frère." Le matin même, la dernière déclaration d’Abdelkader Merah avait été : "Je dis et je redis que je n’ai rien à voir avec les assassinats commis par mon frère." Les parties civiles sont partagées entre soulagement d’une condamnation et colère. "On est trop naïfs, ce n’est pas ce que j’attendais", conclut, des larmes dans la voix, Latifa Ibn Ziaten, la mère de la première victime.

Les tueries de Toulouse et Montauban - Visactu
Les tueries de Toulouse et Montauban © Visactu -