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Procès pour traite d'êtres humains en Champagne : jusqu'à 3 ans de prison ferme requis

- Mis à jour le -
Par , , France Bleu Champagne-Ardenne, France Bleu

La procureure a requis ce jeudi 3 ans et 2 ans de prison ferme à l'encontre des gérants d'un prestataire viticole de Champagne accusé de "traite d'êtres humains" durant les vendanges 2018. Deux autres prestataires sont jugés à Reims pour travail dissimulé et conditions d'hébergement indignes.

Second jour du procès des conditions de travail et d'hébergement indignes en Champagne
Second jour du procès des conditions de travail et d'hébergement indignes en Champagne © Radio France - Sophie Constanzer

La procureure a requis ce jeudi 2 juillet à Reims de la prison ferme à l'encontre des gérants d'un sous traitant viticole de Champagne jugés pour "traite d'êtres humains". Respectivement pour le couple qui gère la société Rajviti  : trois ans et deux ans ferme et une interdiction de gérer une entreprise pendant 10 ans. Elle réclame aussi 200.000 euros d'amende et la confiscation des biens. Pour les autres prévenus, gérants de prestataires viticoles, et un cadre de la maison de champagne Veuve Clicquot, le procureur réclame des peines allant de un an de prison ferme à 6 mois avec sursis. Le procès doit se terminer ce vendredi. 

2 ans et 3 ans ferme pour les gérants de Rajviti

Au second jour du procès, le tribunal de Reims s'est penché ce jeudi 2 juillet sur les responsabilités des donneurs d'ordre. Six personnes et trois entreprises de prestation viticole champenoises sont jugées depuis mercredi à Reims pour travail dissimulé, conditions d'hébergement indignes et traite d'êtres humains. Les avocats des parties civiles dénoncent un "système qui a profité à tous". En août 2018, les enquêteurs avaient découvert plusieurs lieux d'hébergement insalubres "tenus" par le sous-traitant Rajviti, dont un à Oiry dans la Marne où 77 vendangeurs , pour la plupart demandeurs d'asile, étaient entassés. 

Des donneurs d'ordre qui bottent en touche

Interrogé à l'audience ce jeudi, un cadre de la maison Veuve Clicquot (qui assure le suivi des prestataires pour la maison) admet avoir été "négligeant" mais il nie avoir eu connaissance d'une sous traitance laissée à la société Rajviti et rejette la responsabilité sur le prestataire Viti-Chenille, avec qui la maison de champagne travaillait depuis près de 10 ans. "C'est inconcevable pour moi d'employer des vendangeurs sans contrat et dans ces conditions, la gérante de Rajviti je la prenais pour une simple chef d'équipe", explique le salarié de Veuve Clicquot à la barre. Il se déplace pourtant le 25 août 2018 sur une parcelle de vignes dans l'Aube et constate que des travailleurs afghans sont visiblement affamés et plus en capacité de travailler. Mais il ne va pas plus loin dans les vérifications. 

Je ne comprends pas comment un cadre de Veuve Clicquot peut vérifier aussi peu de choses -- Marlène Borde 

Et c'est justement ce que lui reproche la représentante du ministère public Marlène Borde : "C'est le donneur d'ordre, c'est lui qui pilote les prestataires, il donne des directives, selon plusieurs témoins dans le dossier, directement à la gérante de la société Rajviti. Il essaye d'échapper à ses responsabilités mais je ne comprends pas comment un cadre de Veuve Clicquot peut vérifier aussi peu de choses". Elle a requis six mois de prison avec sursis à l'encontre du cadre de la maison de champagne Veuve Clicquot. 

Marlène Borde qui estime également que : "les prestataires Serviti et Viti-Chenille n'ont jamais vérifié la situation de la société Rajviti alors qu'ils sous traitaient largement à cette entreprise et ça ne peut pas être de la négligence". Le co gérant de Viti-Chenille, a admis ce jeudi au tribunal qu'il a "pris les choses à la légère lors des contrôles en 2018", mais ne formule aucun regret. Pourtant c'est lui qui chaque matin venait chercher des vendangeurs afghans ou soudanais à l'hôtel insalubre de Oiry lors des vendanges 2018. "Je ne suis pas raciste mais ces gens là ce qu'ils veulent c'est travailler et certains demandaient à dormir sur un matelas dans la cave car il fait frais", raconte l'homme d'une voix assurée. 

"Un système qui profite à tous"

Dans son réquisitoire, Marlène Borde insiste : "je n'ai entendu aucun regret spontané et ça se passe dans le monde du champagne, dans le monde du luxe, et je m'étonne de l'absence de constitution de partie civile du Comité Champagne alors que l'image est touchée". Au total, un peu moins de 200 victimes ont été recensées, toutes vulnérables, dont des réfugiés afghans recrutés à Paris et débarqués en Champagne à la tombée de la nuit. Une seule victime a témoigné à la barre pour raconter 5 jours de vendanges, isolé dans un lieu qu'il ne connaissait pas, sans quasiment manger, et sans jamais recevoir le contrat promis... ni son salaire ! 

Maître Mehdi Bouzaida, qui défend trois victimes afghanes et qui représente le Comité contre l'esclavage moderne estime que le système mis en place "a profité à toute la chaîne". "On délègue les charges et on arrive à une cascade de sous traitance, et l'obligation de vigilance des prestataires et du cadre de Veuve Clicquot n'a pas été tenue ! Il y a une inconscience de la part de tous ces acteurs, l'important c'est le raisin, pas les hommes", a souligné Maître Bouzaida ce jeudi à l'audience. Ce vendredi, le procès se poursuit avec la plaidoirie des avocats de la défense. 

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