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Faits divers – Justice

"Je me voyais mourir à petit feu" : une ex-prostituée témoigne à Lille

lundi 4 juin 2018 à 18:32 Par Cécile Bidault et Bénédicte Courret, France Bleu Nord et France Bleu

Les personnes prostituées sont des victimes a martelé le mouvement du "Nid" à Lille le 31 mai 2018. Deux ans après la loi visant à pénaliser les clients, France Bleu Nord a recueilli le témoignage poignant d'une jeune femme qui a réussi à sortir de la prostitution.

Depuis la loi de 2016, les clients de prostituées sont passibles d'amende
Depuis la loi de 2016, les clients de prostituées sont passibles d'amende © Maxppp - Sébastien Lapeyrere

Lille, France

Recourir aux services d'une prostituée est une infraction. La loi du 13 avril 2016 punit les clients de la prostitution, de 1500 euros d'amende, 3700 en cas de récidive. Lille fait partie des quatre villes en France où la justice propose à ces clients interpellés de suivre un stage de sensibilisation, à la place du paiement de l'amende. Pendant un jour et demi, on leur explique en quoi la prostitution est une exploitation humaine, et en quoi leur comportement nourrit les réseaux en tous genres. En 2017 et 2018, 25 clients ont été concernés, selon les chiffres officiels, et tous ont choisi le stage plutôt que l'amende.

Ces stages tentent d'expliquer l'enfer de la prostitution, tel que l'a connu Julie*. Elle s'est prostituée pendant trois ans, à partir de 18 ans, alors qu'elle était étudiante, dans des appartements à Paris, sous la coupe d'un proxénète qu'elle a fini par dénoncer, et qui est aujourd'hui en détention provisoire. Aujourd'hui, elle a 23 ans, et elle s'en est sortie.

Ce n'est pas du courage, c'est de la survie

"C'est comme si on demandait à quelqu'un qui est au fond d'un puits si le fait qu'il essaie de sortir du puits c'est du courage. Ce n'est pas du courage, c'est de la survie. Je sais que pour les gens extérieurs ça peut paraître du courage mais je me voyais mourir à petit feu. J'ai réussi à faire le pas, à agir. On ne m'a pas séquestrée, on ne m'a pas forcée à le faire (se prostituer, NDLR). C'est de mon propre chef que j'ai pris la décision de rester là-dedans pendant trois ans. Avec le recul, je me suis rendue compte que je n'avais pas les outils nécessaires pour faire autrement. J'étais vulnérable. On a l'estime de soi qui baisse à tel point qu'on est amené à se dire 'ce n'est pas grave si pendant toute une journée - je vais être cash - plusieurs hommes me passent dessus.' 

On ne décide pas de devenir prostituée

"Il n'y a plus la conscience de l'intimité, la conscience que l'acte sexuel c'est quelque chose qu'on doit décider, dont on doit avoir envie. J'ai vraiment mis du temps à me dire que j'étais victime de ce qui m'était arrivé. J'avais justement cette idée-là de penser : 'Si on devient prostituée, c'est de notre faute'. Alors que justement, je me rends compte que, non, ce n'est pas un choix de vie. On ne décide pas de devenir prostituée comme on décide d'être vétérinaire pour travailler avec des animaux. C'est un choix qu'on fait parce qu'on est vulnérable même si on ne veut pas se l'avouer à soi-même."

Continuer ses études, réussir dans sa vie

"Moi, je m'en suis rendue compte en en sortant. Tout a explosé, toutes les souffrances, tout ce que j'accumulais depuis les trois dernières années. Ça m'a aidée à me dire 'non, je peux être une personne plus épanouie, me lever le matin sans avoir une boule dans la gorge, qu'on oublie à force'. Je n'ai pas envie de me considérer comme une victime. Je suis aussi Julie*, qui veut continuer ses études, qui veut réussir dans sa vie, qui veut avoir un petit ami, des amis, qui veut tout ça. Et au niveau de la loi et de ce qui m'est arrivé pendant cette période, j'arrive à me dire que j'ai été victime."

Aujourd'hui, Julie* a repris ses études, tente de se reconstruire. Elle est suivie psychologiquement, et accompagnée par l'association le Nid. Elle a été reçue au concours d'école d'éducateur spécialisé. 

Du chemin à faire pour changer l'image de la prostitution

L'association le Nid, qui milite pour "l'abolition de la prostitution", estime que l'application de la loi d'avril 2016 "va dans le bon sens". L'un des ses membres, Marc Helleboid, qui a assisté à des stages à Lille, affirme que le but "n'est pas de culpabiliser les clients, mais de leur faire prendre conscience de la réalité de la prostitution. La pénalisation du client, c'est vertueux".

Malgré tout, il reste beaucoup de chemin. La loi prévoit aussi que l'Etat crée dans chaque département une commission pour aider les prostituées à sortir de ce système, avec notamment une aide financière de 300 euros par mois. Dans le Nord, rien n'a encore été mis en place. Autre combat de Bernard Lemettre, président régional du Nid : changer l'image de la prostitution dans la société. "Beaucoup pensent que ces femmes ont choisi, que quelque part elles aiment ça, qu'elles sont responsables... Il y a toute une avancée à faire pour comprendre que ces femmes sont vraiment victimes d'une violence sans nom." 

Bernard Lemettre, président régional du mouvement Le Nid

*le prénom a été modifié 

Le dossier de France Bleu Nord : bilan de la loi de 2016 sur la prostitution

A ECOUTER : ce mardi 5 juin, le procureur de la République de Lille, invité de France Bleu Nord à 7h50

Thierry Pocquet du Haut Jussé, procureur de la République de Lille - Radio France
Thierry Pocquet du Haut Jussé, procureur de la République de Lille © Radio France - Cécile Bidault