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Comprendre l'affaire Gabriel Matzneff, l’écrivain mis en cause pour sa pédophilie assumée

- Mis à jour le -
Par , France Bleu

Dans un livre à paraître ce 2 janvier intitulé "Le Consentement", Vanessa Springora raconte sa relation d'emprise avec l'écrivain Gabriel Matzneff, alors qu'elle était âgée de 14 ans. Un récit qui suscite la polémique dans le monde littéraire et relance le débat sur la notion de consentement sexuel.

L'écrivain Gabriel Matzneff, en 2015.
L'écrivain Gabriel Matzneff, en 2015. © AFP - Ulf Andersen / Aurimages / Ulf Andersen / Aurimages

Dans le livre Le Consentement (éditions Grasset), à paraître jeudi 2 janvier, Vanessa Springora raconte sa relation sous emprise avec l'écrivain Gabriel Matzneff, écrivain aux pratiques pédophiles assumées, au milieu des années 1980. L'éditrice et auteure était alors âgée de 14 ans et l'écrivain quinquagénaire. Un récit autobiographique qui secoue le monde littéraire et relance le débat sur un âge minimal de consentement aux relations sexuelles. 

Qu'est-il écrit dans le livre de Vanessa Springora ?

"Pour prendre le chasseur à son propre piège, il faut l'enfermer dans un livre" : trente ans après avoir été abusée par Gabriel Matzneff, aujourd’hui âgé de 83 ans, Vanessa Springora décrit dans Le Consentement comment l'écrivain l'a séduite lorsqu'elle avait 14 ans et les conséquences de cette histoire sur sa vie, ponctuée de dépressions.

De leur rencontre à la séparation, elle raconte, en 200 pages, la fascination, l’amour qu’elle dit avoir éprouvé, l’emprise mais aussi l'ambivalence d'une époque confondant parfois libération sexuelle et défense de la pédophilie. L’écrivain a en effet relaté dans plusieurs livres ses relations avec de très jeunes filles et garçons sans être inquiété, rappelle l'auteure : "Comme si son passage dans mon existence ne m'avait pas suffisamment dévastée, il faut maintenant qu'il documente, qu'il falsifie, qu'il enregistre et qu'il grave pour toujours ses méfaits".

Pourquoi les faits, connus, n'ont-ils pas été dénoncés plus tôt ?

À 47 ans, la nouvelle directrice des éditions Julliard est la première des adolescentes victimes de Gabriel Matzneff à témoigner. "Il est extrêmement difficile de se défaire d'une telle emprise", justifie-t-elle dans le livre. D'autant plus difficile que l'écrivain a longtemps été invité à la télévision pour s'épancher, sans trop choquer, sur ses attirances sexuelles, comme l'illustre une séquence d'"Apostrophes" avec Bernard Pivot, très partagée sur les réseaux sociaux. "Pourquoi vous êtes-vous spécialisé dans les lycéennes et les minettes ? Au-dessus de 20 ans, on voit que ça ne vous intéresse plus", interroge le présentateur. "Je préfère avoir dans ma vie des gens qui ne sont pas encore durcis par la vie (...) Une fille très jeune est plutôt plus gentille, même si elle devient très très vite hystérique et aussi folle que quand elle sera plus âgée" répond l'écrivain sous les rires de l'assistance. Seule la romancière canadienne Denise Bombardier réagit, le comparant à ces "vieux messieurs" qui "attirent les petits-enfants avec des bonbons".

Illégale, la pédophilie faisait alors "l'objet d'une tentative de valorisation dans le monde intellectuel" a expliqué le sociologue Pierre Verdrager, sur franceinfo. "C'était une époque où il y avait une tentative de libération sur tous les horizons et on avait considéré que la pédophilie faisait partie de ça : libération des femmes, libération des gays, libération de la sexualité et du discours sur la sexualité." 

La réponse de l'intéressé

L'écrivain a répondu au livre, en parlant d'"un exceptionnel amour" entre eux et assurant de "ne pas mériter l'affreux portrait" qu'elle dresse de lui. "Non, ce n'est pas moi, ce n'est pas ce que nous avons ensemble vécu, et tu le sais", écrit l'écrivain âgé de 83 ans dans une long texte adressé à l'hebdomadaire l'Express. "Ce livre, je ne le lirai pas. (...) Il me ferait trop de mal. Et même si son ton est mesuré, nostalgique, je préfère me contenter des dizaines de lettres d'amour fou que Vanessa m'a écrites, de ses photos, de mes adorables souvenirs", ajoute l'écrivain.

Vanessa Springora "trace de moi un portrait dénigreur, hostile, viré au noir, destiné à me nuire, à me détruire, où, utilisant un pesant vocabulaire psychanalytique, elle tente de faire de moi un pervers, un manipulateur, un prédateur, un salaud", écrit l'écrivain. C'est "un livre dont le but est de me précipiter dans le chaudron maudit où ces derniers temps furent jetés le photographe Hamilton, les cinéastes Woody Allen et Roman Polanski", poursuit-il.

Gabriel Matzneff peut-il être poursuivi en justice ?

Gabriel Matzneff, encore chroniqueur au Point sur la spiritualité et les religions, n'a jamais été condamné par la justice. En 2014 cependant, l’association Innocence en danger avait déposé plainte contre X pour apologie d’agression sexuelle.

Les faits relatés aujourd'hui par Vanessa Springora sont prescrits. Toutefois son témoignage a relancé le débat sur l'âge du consentement sexuel. "J'espère apporter une petite pierre à l'édifice qu'on est en train de construire autour des questions de domination et de consentement", a déclaré l'auteure à l'Obs, précisant avoir commencé à écrire son livre "bien avant l'affaire Weinstein" fin 2017.

Dans sa loi contre les violences sexuelles d'août 2018, le gouvernement avait renoncé à instaurer un âge minimal de consentement à un acte sexuel. Une mesure réclamée par les associations qui proposent qu'il soit fixé à 15 ans. En deçà de cet âge, tout acte sexuel sur un mineur avec pénétration serait alors automatiquement considéré comme un viol.

Le 3 janvier, le parquet de Paris a finalement décidé, de sa propre initiative, d'ouvrir une enquête pour "viols commis sur mineur de 15 ans".

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