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Faits divers – Justice

Quand le comité de parachutisme du Finistère plane au-dessus de la légalité, certains ferment les yeux

mardi 24 juillet 2018 à 5:56 Par Benjamin Bourgine, France Bleu Breizh Izel

Des statuts discutables, des rancœurs durables, un procès, un rapport fédéral au vitriol mais qui ne doit pas sortir : le comité départemental de parachutisme dans le Finistère collectionne les casseroles, mais peu de sanctions. Récit de plusieurs années de bagarre dans le "beau" monde du sport.

Saut en parachute. Image d'illustration.
Saut en parachute. Image d'illustration. © Radio France

Finistère, France

Au début de l'année 2018, Dominique Kervestin et Jérôme Thébault ont perdu leur procès. La cour d'appel de Rennes est revenu sur la décision de première instance de Lorient, et les a condamnés pour vol. Mais dispensés de peine. En revanche, ils doivent chacun s'acquitter de 4.000€ au civil. 

Cette décision arrive après un long feuilleton, et un conflit ouvert entre plusieurs personnes au sein du comité départemental et des clubs de parachutisme du Finistère. Ces deux pratiquants estiment pourtant qu'ils ont tenté d'alerter sur les dérives du comité départemental, au sein duquel leurs clubs se trouvaient jusqu'en 2014.

La création de l'école de parachutisme cristallise les problèmes

A l'origine des révélations, il y a le lancement d'une école de parachutisme. Structure voulue par la fédération, afin d'encourager la pratique du saut en parachute et de voir les jeunes générations s'emparer de ce sport. Chaque département étant encouragé à lancer sa structure, le Finistère a lui aussi lancé la sienne. Sur l'aérodrome de Scaër-Guiscriff. Le siège de l'école est en Finistère, mais l'aérodrome est lui physiquement dans le Morbihan.

Une telle structure nécessite des statuts et un recrutement. Franck Servajean, un parachutiste professionnel de Quiberon vient y travailler. Mais quelques mois plus tard à peine, il choisit de démissionner "pour ne pas me compromettre et compromettre ma carrière" nous explique-t-il. 

Nombreux dysfonctionnements, et la situation s'envenime

Franck Servajean note dans le fonctionnement de l'école des problèmes financiers, techniques et réglementaires. Il met en cause le responsable du comité à cette époque, Hervé Coz. Après plusieurs réunions et "prises de becs", un point de non-retour est atteint, et Franck Servajean décide de quitter la structure à la fin aout. Non sans s'expliquer dans deux courriers virulents.

"J'ai vite été confronté à divers problèmes de sécurité et de législation aussi bien fiscales que de fonctionnement aéronautique" écrit-il le 12 août 2013.

Hervé Coz, que nous avons joint par téléphone, réfute les accusations de Servajean. "Ces courriers nous ont fait beaucoup de mal". Il refuse néanmoins de revenir plus en détails sur cette histoire qu'il estime être "ancienne ! Nous sommes passés à autre chose. Il y a eu des problèmes, et nous avons corrigé le tir". Contrairement à la Fédération Française de Parachutisme, et au Comité Départemental Olympique et Sportif, lui, a bien voulu répondre à nos questions. Mais ne souhaite pas que ses précisions apparaissent ici. Comme si, pour tous les protagonistes, le dossier était bien mieux au fond d'un placard.

Des courriers, mais sans réelles conséquences locales

Il met en copie beaucoup de monde. Pour autant, ces courriers n'auront pas de réelles conséquences locales. En revanche, d'après nos informations, la Fédération Française de Parachutisme a connu à partir de là un sérieux trou d'air. 

L'affaire du vol de matériel

Après le départ de Franck Servajean, l'abcès est crevé, mais au sein du comité et des clubs, il y a "deux camps" en quelque sorte. Dominique Kervestin et Jérôme Thébault veulent aller au bout de leur logique : ils tentent de convoquer une assemblée générale en décembre 2013, à l'office des sports de Brest. Pour prendre la présidence du comité départemental.  

Problème, cette démarche se fait trop rapidement. Leur élection est donc nulle et non avenue. Mais, au passage, le juge des référés de Brest chargé d'étudier la situation estime également que le Comité Départemental de Parachutisme n'avait pas un fonctionnement régulier. Entre les clubs et le comité, plusieurs personnes occupent de nombreux postes, et le fonctionnement de l'ensemble est trop "à la bonne franquette".

Il y a eu de très nombreuses malversations, des mouvements d'argent, de la dissimulation d'argent et ça, il semblerait que personne ne veut l'entendre - Maître Rustique, avocat

Mais comme Kervestin et Thébault vont vite en besogne, ils vont récupérer le matériel (parachutes...) sur le site de l'EPBA, à Guiscriff. Pour le mettre à l'abri, chez eux. 

Une erreur, qu'ils se croient pourtant en légitimité de faire. "Nous avions même avec nous un gendarme ! Donc on aurait commis un vol sous les yeux d'un gendarme ?" s'exclame Dominique Kervestin. "Oui, c'est un vol", juge pour sa part l'ancien président du Comité Départemental "ils ont été condamnés pour ça". Mais pour leur avocat, le brestois Me Pierre Rustique, c'est pourtant le petit bout de l'histoire : "On sait qu'il y a eu de très nombreuses malversations, des mouvements d'argent, de la dissimulation d'argent et ça, il semblerait que personne ne veut l'entendre. Je trouve ça très surprenant".

L'enquête de la FFP

Le conflit est tel qu'une enquête fédérale est ordonnée. L'enquête est réalisée en mai 2014, du 16 au 18. Un vice-président de la fédération française, M. Ganaye vient sur place entendre les deux parties. Son rapport met clairement au jour des défaillances et des dysfonctionnements graves. Une ambiance délétère. Sur le fonctionnement de l'école, déjà. Elle donne assez peu l'occasion aux jeunes d’enchainer les sauts. On y privilégie les sauts "rentables", comme les tandems, qui rapportent plus d'argent.

Sur les mouvements d'argents, ensuite : beaucoup d'espèces, parfois de grosses sommes, ont transitées de la main à la main pour le paiement de prestations diverses réalisées sur l'aérodrome de Guiscriff. Sauts en tandem, vidéos-souvenirs, pliages de parachute. "Ce type de gestion n'est ni tolérable ni défendable" est-il écrit noir sur blanc dans le rapport. 

D'autant que le comité est destinataire de subventions publiques, chaque année depuis 2001 au moins (selon les archives que nous avons pu consulter) : a minima, un peu plus de 1000€ par an pour le département du Finistère (maximum1188€, minimum 1006€), avec en plus des subventions spécifiques pour des formations, et des "rallonges" pour l'organisation de compétitions. Quant au Conseil Régional de Bretagne, entre 2003 et 2013, il nous indique avoir versé 750€ par an, mais via le fond interrégional pour l'organisation de manifestation.

Nouveau club, promesses de transparence

En juin 2015, un nouveau club a été créé à Quimper, avec un nouveau nom, histoire de faire table rase du passé. Les licenciés sont revenus, après des effectifs en chute libre (Ils étaient 217 en 2014, mais seulement 36 en 2015 et 76 en 2016). Mais si tout est en train de se normaliser, pourquoi alors personne ne souhaite revenir sur ces événements et assumer les faits et la gestion de cet épisode ?

Aujourd'hui, les choses reviennent progressivement vers un fonctionnement plus normal. Hervé Coz n'est plus à la tête du comité, il a été lui aussi frappé d'inéligibilité pendant un temps (mais combien exactement ? la fédération n'a pas voulu le préciser). En tout cas, d'après lui, le comité transfère progressivement le matériel dont il ne devrait pas être propriétaire (c'est l'une des anomalies de ce comité) à l'école de parachutisme, la structure idoine.

Dominique Kervestin et Jérôme Thébault continuent de pratiquer le parachutisme, mais via d'autres structures. Jérôme Thébault : "il faut avoir le moral et s'accrocher quand on est traité de coupable. Mais on continue de pratiquer le parachutisme. On ne baisse pas les bras. Il y a d'autres moyens pour pratiquer le parachutisme en France sans passer par la fédération. Tant qu'on respecte les lois de la DGAC et qu'on a une autre assurance".

Aujourd'hui, ils restent très amers et aimeraient relancer une autre structure ailleurs, mais dans quel cadre ? Tout reste à faire.