Faits divers – Justice

Quand le rap et Abd al Malik s'invitent à la barre du tribunal de Bordeaux

Par Stéphanie Brossard, France Bleu Gironde et France Bleu vendredi 9 septembre 2016 à 21:25

Le tribunal correctionnel de Bordeaux
Le tribunal correctionnel de Bordeaux © Radio France - Stéphanie Brossard

Trois jeunes rappeurs vantant les mérites du cannabis, des armes et de l'argent sur un clip diffusé sur Youtube avaient été interpellés à Lormont en mars dernier. Ils ont été jugés et condamnés par le tribunal de Bordeaux, ce vendredi, au terme d'échanges parfois musicaux.

Les faits remontent à mars 2016 quartier du Carriet à Lormont. Trois jeunes gens d'une vingtaine d'années provoquent un certain émoi parmi les parents d'enfants utilisés comme figurants dans un clip de rap où se mêlent armes (factices), cannabis et billets. Le clip est diffusé sur Youtube juste avant l'interpellation. Le procès pour incitation à la consommation et au trafic de stupéfiants s'est tenu ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux.

"Il n'y a pas un clip de rap sans argent, arme et drogue !"

"D'habitude dans ce genre de procès, je diffuse les clips", commence le président du tribunal. "Mais là vraiment, c'est pas terrible. Ils sont meilleurs à la cité Jean-Jacques Bosc de Bègles !" Sourires gênés et têtes baissées des trois jeunes prévenus en survêtements bleu, blanc, rouge. Ils expliqueront plus tard que "non", ils n'ont "pas fait exprès".

Et le président de se mettre à rapper pour rappeler les paroles de la chanson du clip "Tu nous ramènes des kilos de beuh..."  Et se marre. Les trois, sans l'aide d'un avocat, expliquent : "on n'a pas voulu faire ça méchamment. On s'est fait un délire. C'était notre premier clip. On n'a voulu inciter personne. Et je précise que les armes étaient en plastique !" Réponse du président : "Mais ça n'est pas la méchanceté que l'on vous reproche, mais l'incitation, oui, comme vous dîtes". "Et monsieur, si vous regardez les clips de rap, il n'y en a pas un qui ne parle pas ou ne montre pas de l'argent, des armes et même de la drogue... Ou sinon c'est pas du rap".

"Et si je vous dis que j'aime bien Abd al Malik ?",  coupe le président. "Mais c'est pas pareil, c'est du rap conscient" , lui rétorque l'un des trois. S'en suit un long échange sur le slam, comme une parenthèse dans cette salle d'audience qui vient d'entendre un Sri-Lankais avec un faux passeport ou un petit ami qui a volé la carte bleue de sa copine pour jouer au poker sur internet. "Il ne faut pas confondre, explique le président, "parler d'argent ou de drogue n'est pas une infraction, mais présenter le cannabis sous un jour favorable, ça c'est hors-la-loi".

"Il en est où le Zénith prévu rive droite ?"

Le procureur de la République propose des heures de travaux d'intérêt général. Un autre débat démarre sur l'avancement des salles de spectacles de la rive droite. "Il en est où le Zénith qu'on attend depuis 10 ans" , s'interroge à haute voix le président. "Parce qu'on pourrait leur faire faire là-bas ?"

Le tribunal se retire pour délibérer. Les trois sont condamnés à 40 heures de travaux d'intérêt général pour deux d'entre eux, et 80 heures pour le troisième avec obligation de soins, déjà condamné par le passé et consommateur régulier de cannabis de son propre aveu "même s'il essaie d'arrêter".