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Racisme : un policier strasbourgeois porte plainte contre la police

Pour la première fois, un policier porte plainte contre la police nationale pour des faits de racisme. Haykal Rezgui Raouaji, motard de 37 ans, a subi insultes, discriminations et rabaissements de la part de ses collègues au sein de sa brigade à Strasbourg.

Haykal Rezgui Raouaj, policier strasbourgeois de 37 ans, porte plainte contre la police nationale pour racisme.
Haykal Rezgui Raouaj, policier strasbourgeois de 37 ans, porte plainte contre la police nationale pour racisme. © Radio France - Julien Penot

Haykal Rezgui Raouaji, policier strasbourgeois, dénonce le racisme, la discrimination et le harcèlement moral venant de sa brigade à Strasbourg. Ce motard de 37 ans, se dresse contre sa propre institution : il porte plainte contre la police nationale Depuis son arrivée à Strasbourg il y a deux ans, il subit les insultes et les réflexions racistes de ses collègues de la Formation motocycliste urbaine départementale (Fmud) de la police nationale à Strasbourg.

Une descente aux enfers

Le brigadier affiche une carrière de 16 ans sans faute avec une décoration en 2016 par le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, après le sauvetage de deux enfants d'un incendie. Passé par Nice, Nîmes, Vannes, l'Île-de-France, il est muté à Strasbourg en septembre 2018. 

Négro, bicot, bougnoule... Ces mots là, pour eux, c'est normal" - Haykal Rezgui Raouaji, policier strasbourgeois

Dès son arrivée, il sent qu'il n'est pas le bienvenu : "Lors de la semaine de présentation, j'entends : "Rezgui Raouaji, un nom bien français de chez nous. C'était toujours des petites blagues, quand j'arrivais ils parlaient Alsacien, on vous fait sentir que vous n'êtes pas du groupe." 

Des remarques déplacées qui se répètent : "Des personnes qu'ils ont contrôlé, c'est toujours négro, bicot, bougnoule... Ces mots là, pour eux, c'est normal." Le policier tente à plusieurs reprises de s'expliquer avec ses collègues. Sans succès. 

Sans cesse rabaissé sur ses origines par ses collègues, il tombe en dépression pendant neuf mois en août 2019. Il reste alors chez lui et son arme lui est confisquée. "J'étais au fond du trou, j'ai perdu pas loin de 15 kilos et personne ne m'a appelé, personne ne m'a soutenu...", décrit le policier. 

Hiérarchie muette

En octobre 2019 il dresse un rapport à la Direction Départementale de la Sécurité Publique où il décrit son malaise. L'Inspection Générale de la Police Nationale se saisit de l'affaire. En mars dernier, Haykal Rezgui Raouaji apprend qu'elle est classée "sans suite" : "On m'a expliqué qu'il n'y avait pas assez d’éléments pour prouver le racisme... Là, je suis tombé quasiment en pleurs.

Haykal Rezgui Raouaji vit alors une grande désillusion. Lui qui plaçait tant de confiance envers sa hiérarchie, constate qu'elle n'intervient pas. "Pourquoi ils n'ont rien fait ? Pourquoi on étouffe les affaires ? Vous êtes une hiérarchie, vous êtes là pour sanctionner ! Ils ont obligation de porter secours et ils l'ont pas fait", lâche le brigadier.

J'ai fait toutes les étapes possibles et tout le monde m'a fermé les portes" - Haykal Rezgui Raouaji, policier strasbourgeois

Du côté des syndicats, on lui explique que s'il veut être muté à Toulouse, sa ville d'origine, il ne faut pas justifier son départ par le racisme mais par une "mauvaise intégration". "Ce qui est totalement faux, je me sens très bien en Alsace, c'est juste ce service", déclare le policier. Depuis mai dernier, Haykal Rezgui Raouaji a repris le travail dans la brigade de Schiltigheim. Lors d'une pause café au commissariat, il expose la situation à Christophe, un responsable syndical d'Alliance Police. Une conversation qu'il enregistre avec son téléphone portable, dont "Là-bas si j'y suis" et Rue89 ont publié des extraits, comme ci-dessous.  

Le syndicaliste lui conseille de se tourner vers les médias. Haykal Rezgui Raouaji décide alors de porter plainte contre la police nationale pour racisme, discrimination et harcèlement moral. Son avocate, maître Kaoutar Choukour est sur le point de déposer le dossier. 

Une affaire sensible

L'avocate du policier s'attend à un combat de longue haleine. "On s'attaque à l'institution policière, ça arrive très rarement, moi je le ressens déjà, la manière dont je suis accueillie au commissariat central, elle est désagréable", déclare maître Kaoutar Choukour. L'avocate s'appuie sur plusieurs éléments pour défendre son client : "nous avons des captures de messages, qui ne laissent place à aucune ambiguïté. Certains de ses collègues sont prêts à témoigner.

La priorité de Haykal Rezgui Raouaji est d'être muté avec sa famille à Toulouse pour quitter Strasbourg. Des certificats médicaux rédigés par des psychiatres demandent à ce que le policier quitte l'Alsace pour qu'il puisse se reconstruire. Son avocate réclame à la justice une indemnité pour toutes les souffrances endurées et une promotion. Haykal Rezgui Raouaji souhaite également que les collègues qui lui ont tenu des propos racistes et discriminants soient sanctionnés. 

Depuis que le policier a mis le projecteur sur le racisme au sein de sa brigade, l'avocate Kaoutar Choukour a reçu des appels venant d'autres policiers. Selon elle, le cas de Haykal Rezgui Raouaji n'est pas isolé à Strasbourg. 

En parallèle, la femme du policier, Françoise, porte également plainte contre la police nationale pour "mise en danger de la vie d'autrui". Elle estime qu'elle a subi des pressions depuis que son compagnon a parlé du racisme dans sa brigade. 

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