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Faits divers – Justice

Reims : un bébé de 13 mois torturé à mort par ses parents

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Champagne-Ardenne, France Bleu

Un bébé de 13 mois est décédé vendredi soir après que la mère a prévenu les secours. L'enquête a mis au jour qu'il avait été victime de sévices particulièrement sordides. Ses parents ont été mis en examen et placés en détention. Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Le couple et le bébé vivaient dans un appartement situé boulevard Charles-Arnould dans le quartier Clairmarais à Reims.
Le couple et le bébé vivaient dans un appartement situé boulevard Charles-Arnould dans le quartier Clairmarais à Reims. - Capture Google Earth

Reims, France

C'est une affaire particulièrement sordide née dans un milieu social défavorisé. "On est un peu passé du tiers-monde au quart-monde, c'est le tiers-monde qui rencontre le quart-monde dans ce dossier" a précisé le Procureur de Reims, Matthieu Bourrette, lors de sa conférence de presse dimanche dans la soirée. Un homme et une femme âgés de 34 et 22 ans, dans un situation financière, sociale, médicale très précaires, ont été mis en examen et écroués. Ils sont soupçonnés d'avoir  commis l'irréparable sur leur jeune enfant âgé de 13 mois.

En début de soirée vendredi  12 octobre 2018, entre 19 heures et 20 heures, les pompiers ont été appelés par un couple habitant dans un immeuble situé boulevard Charles-Arnould dans le quartier Clairmarais à Reims. Oumar B., un Français d'origine mauritanienne âgé de 34 ans, et Arlette Marie-Rose N., une Ivoirienne âgée de 22 ans, ont demandé des secours pour leur fils S, âgé de 13 mois. La mère a indiqué aux pompiers avoir retrouvé son bébé "froid" alors qu'il dormait sur une paillasse faite de tapis et de couvertures à même le sol. 

L’enfant pesait 6,2 kilos à 13 mois soit deux de plus qu'a sa naissance

Malgré les tentatives de réanimation, l'enfant est décédé dans la soirée. Les services de secours ont alors alerté la police. Le Procureur, informé de la situation, a saisi le SRPJ de Reims qui a interpellé le couple pour le placer en garde à vue. En attendant l'autopsie prévue ce lundi, un examen complet du corps du bébé, réalisé par le chef de service des urgences pédiatrique du CHU de Reims, a été réalisé. Les constations particulièrement sordides sont accablantes pour le couple. 

D'après le procurer, le bébé, atteint du VIH tout comme ses parents (ce que l'enquête doit encore confirmer), était depuis plusieurs mois privé de soins et d'aliments. Il a été également constaté une blessure au coude peu ou pas soignée, une dénutrition importante du bébé. A 13 mois, l'enfant ne pesait que 6,2 kilos, il n'avait pris que deux kilos depuis sa naissance et avait les côtes extrêmement visibles. L'examen a mis au jour une gingivite probablement liée à une absence de soins, et un scorbut lié à une importante carence nutritionnelle. 

Des violences sur l'enfant avec des rallonges électriques

Le médecin a également constaté des traces laissant penser que l'enfant avait subi de nombreuses violences et ce depuis plusieurs mois. Il a recensé une multitude de coups, anciens et plus récents, certains remontaient à quelques heures avant la mort. Le Procureur de Reims a délibérément énoncé la liste des lésions constatées, "non pas par sensationnalisme, mais pour vous montrer la réalité objectives des traumatismes" a précisé Matthieu Bourrette. Ce descriptif fait froid dans le dos : plusieurs lésions autour de la lèvre d'origine traumatique, des lésions autour de la joue, sous les yeux, sous le menton, au niveau des deux oreilles, au niveau du cuir chevelu. Une dizaine au niveau du cou, certaines laissant penser à l'usage de câbles électriques. Une cinquantaine de lésions ont aussi été constatées sur le thorax et l'abdomen. Certaines en forme de lasso, des lésions dites semi-circulaires évoquant l'usage de fils électriques. Les membres supérieurs laissaient apparaître de nombreuses lésions traumatiques, ainsi qu'une section partielle d'un ongle. Certaines lésions pouvaient correspondre à des traces de brûlures. Les membres inférieurs - cuisse, tibia, péroné et pieds - laissaient apparaître le même type de blessures plus ou moins récentes en nombre très important. Un scanner a laissé apparaître un hématome au niveau cérébral ainsi que des séquelles généralement constatés dans les syndromes des bébés secoués. Des fractures des côtes plus ou moins anciennes sont également apparues à l'imagerie médicale. "Ces lésions étaient la preuve de violences répétées depuis de nombreux mois, certaines avec des objets comme des câbles électriques." a ajouté le Procureur.

Des preuves accablantes saisies dans l'appartement

Le médecin a conclu que les causes du décès étaient liées à la malnutrition, aux lésions cérébrales mais également à la multiplicité des mauvais traitements infligés au bébé depuis de nombreux mois "sans doute tout au  long de sa courte vie et jusqu'à quelques heures avant son décès" toujours selon le Procureur.

Dans l'appartement, la police technique et scientifique du SRPJ de Reims a découvert de nombreuses traces de sang sur la paillasse en tissu où dormait l'enfant. La perquisition a permis de trouver des rallonges électriques qui ont réagi positivement lorsque la police scientifique les a inspectées au blue star (technique qui permet de détecter des taches de sang qui aurait été nettoyées) preuve de présence de sang sur les objets.

Lors de ses auditions, Oumar B. a nié toutes difficultés avec le bébé, indiquant qu'il n'y avait aucune malnutrition ni de violence de sa part comme de celle de sa conjointe. Il a précisé que le jour des faits, il avait été appelé par sa conjointe alors qu'il n'était pas dans l'appartement,  cette dernière lui avait demandé de vite rentrer face à la situation. Face aux éléments matériels, il a fini par admettre qu'il ne s'occupait pas de cet enfant mais qu'il avait constaté les carences alimentaires et sanitaires dont le bébé était victime. Il a accablé sa compagne qu'il a accusé d'avoir frappé leur fils. Il a également précisé qu'il avait suggéré à sa compagne d'emmener leur fils à l’hôpital lorsque ce dernier a été victime d'une fracture du bras, sans succès selon lui. Il a aussi dit lui avoir demandé de se calmer quand elle le frappait, en précisant qu'il avait eu peur lui aussi d'être agressé,  faisant état de la très forte impulsivité de sa compagne. Il a rejeté la totale responsabilité des faits sur sa conjointe. 

Des médecines traditionnelles africaines pour soigner leur fils

Arlette Marie-Rose N.  a indiqué avoir couché son fils dans l’après-midi car il ne se sentait pas très bien depuis la veille. Elle l'a retrouvé froid vers 18 heures et a demandé du secours à une voisine pour avoir un téléphone portable afin d'appeler son conjoint qui se trouvait à l'extérieur. Elle a attendu le retour de son compagnon qui a appelé les secours. Elle a soutenu pendant ses auditions que son fils était correctement alimenté, qu'il ne souffrait d'aucune carence et qu'il avait une vie saine. Elle a nié que son conjoint et elle-même aient pu porter la main sur leur fils, parlant de chutes ponctuelles. Elle a ajouté que le suivi médical de son fils était bon, et qu'elle utilisait des médecines traditionnelles africaines qui avaient fait leurs preuves et qui pouvaient expliquer les traces sur le corps de l'enfant. 

Lors de la dernière audition devant les enquêteurs, elle a fini par reconnaître certains actes tout en les minimisant, prétextant qu'elle s’énervait facilement y compris auprès de son conjoint qu'elle aurait menacé avec un couteau. Elle a estimé avoir voulu tout simplement éduquer son bébé et exclu toutes carences sanitaires. Enfin, elle a expliqué la présence des taches de sang sur la paillasse de l'enfant par l'intervention d'insectes qui auraient piqué son fils.

La réclusions criminelle à perpétuité encourue

Oumar B. a, lui, ajouté que le suivi alimentaire de son enfant était de la responsabilité de sa compagne, soulignant qu'il n'avait parfois plus assez d'agent pour nourrir l'enfant. Un document médical daté du 1er août 2018, saisi dans l’appartement, indique l’existence d'un traumatisme du coude de l'enfant. Le couple a reconnu qu'il n'était pas allé consulter un spécialiste mais avait soigné l'enfant selon une médecine traditionnelle africaine à base d’huile de massage et de mélanges de charbon et de karité. 

Même si ce couple n'a aucun antécédent judiciaire, il est apparu dans l'enquête qu'ils ont eu un premier enfant en 2014,. Celui-ci a fait l'objet d'un placement judiciaire en assistance éducative en 2016, placement toujours en cours, à la demande des parents en raison de leurs difficultés financières et sociales mais aussi de la violence d'Arlette Marie-Rose N. vis à vis de leur premier fils. 

Arrivée à Reims depuis moins d'un an, ils occupaient ce logement insalubre boulevard Charles-Arnould depuis l’été dernier. Ils se disent tous les deux atteints du VIH, mais pour lui, ils seraient guéris. 

Le procureur de Reims a ouvert une information judiciaire criminelle pour meurtre sur mineur de 15 ans, privation de soins et d'aliments par ascendants sur mineur de 15 ans ayant entraîné la mort, violence habituelle sur mineur de 15 ans depuis la naissance de l'enfant, non dénonciation de mauvais traitement sur mineur de 15 ans, non dénonciation de crime et enfin, non assistance à personne en péril.  Mis en examen, le couple a été placé en détention provisoire dans une prison de la Marne. L'homme et la femme encourent la réclusion criminelle à perpétuité.