Faits divers – Justice

Saint-Étienne-du-Rouvray : sœur Danièle a "un peu peur" de la réouverture de l'église

Par Jean-François Maison, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) et France Bleu jeudi 29 septembre 2016 à 5:50

Sœur Danièle : "Je ne leur pardonne pas mais je n'ai pas de colère".
Sœur Danièle : "Je ne leur pardonne pas mais je n'ai pas de colère". © AFP - Charly Triballeau

DOCUMENT | A trois jours de la réouverture de l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray où le père Hamel a été assassiné par deux terroristes se revendiquant de Daesh le 26 juillet dernier, sœur Danièle, qui était présente lors du drame, se confie ce jeudi sur France Bleu Normandie.

Elle a assisté au drame terrible qui s'est produit dans l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray le 26 juillet dernier. Sœur Danièle était présente quand Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean sont entrés dans l'église et ont égorgé le père Jacques Hamel, 86 ans. C'est elle qui a réussi à s'échapper pour donner l'alerte. L'attentat a été revendiqué par l'organisation terroriste Daesh et a suscité une très forte émotion bien au-delà de la communauté catholique.

Ce jeudi 29 septembre 2016, elle se confie sur France Bleu Normandie. Un témoignage exceptionnel que nous vous proposons de retrouver en intégralité ci-dessous.

Comment allez-vous depuis l’assassinat du père Hamel le 26 juillet dernier ?

J’essaye d’aller bien, de vivre les choses le mieux possible, c’est-à-dire de me donner au service des pauvres. Psychologiquement c’est vrai que l’image du père Hamel est bien dans ma tête, je le revois. Je le vois et je lui parle. Ça me fait du bien. Quand les choses ne vont pas je lui dis : « Jacques ça va bien »… des petites boutades comme ça mais honnêtement j’espère qu’après le 2 octobre les choses vont évoluer autrement.

C'est une grosse émotion de réinvestir l'église"

Le 2 octobre c’est la réouverture de l’Eglise de Saint-Étienne-du-Rouvray...

Personnellement je n’y ai pas mis les pieds depuis le drame donc là honnêtement j’ai un peu d’émotion, j’ai un peu peur. Mais pour moi pour tous les Stéphanais, pour tous les chrétiens de la paroisse, c’est une appréhension. C’est une grosse émotion de réinvestir l’église. Surtout pour certaines personnes qui étaient très proches du père Jacques.

Quand on est religieuse on a la foi et la prière pour se remettre d’un tel drame, mais avez-vous eu besoin d’aller voir un psychologue ?

Je n’en ai pas éprouvé le besoin pour l’instant, en revanche je sais que prochainement je vais faire une retraite de dix jours de silence et je vais essayer d’intégrer dans la prière ce que j’ai vécu. Mais je vais passer 10 jours dans le silence. C’est ce dont j’ai besoin actuellement. On est trop sollicité, là il y a une forme de saturation et je ne veux surtout pas qu’on sache où je suis.

Deux mois après le drame quel regard portez-vous sur les terroristes qui ont assassiné le Père Hamel ?

Quel regard ? (silence) C’est un regard de pitié et en même temps de tristesse pour eux et pour leur famille. C’est surtout pour leur famille. Eux, ils ont choisi de mourir martyrs. Ce sont des jeunes qui certainement ont eu besoin de se retrouver dans un idéal : et cet idéal c’était de mourir martyrs. Mais moi je ne mets jamais les enfants responsables. Les enfants, ils reçoivent l’éducation, ils reçoivent l’amour de leur parents, ils sont aussi dans la société. Et s'ils n’ont pas des gens à côté d’eux, des parents, des animateurs, des éducateurs, des adultes qui peuvent les aider à cheminer, à réfléchir, j’ai envie de dire "les pauvres, ils n’y sont pour rien". Eux, ils n’avaient pas de cadre, de repères, pour construire leur personnalité.

Je ne leur pardonne pas mais je n'ai pas de colère"

Etes-vous capable de leur pardonner ?

Le pardon ce n’est pas évident. Je ne leur pardonne pas. Mais je n’ai pas de colère, je n’ai pas de haine envers eux. Je me dis que ce n’est pas de leur faute parce qu’ils n’ont pas reçu. Et même s’ils ont reçu, ils n’ont pas compris, ils n’ont pas entendu.

L’un des terroristes, Adel Kermiche, vivait à Saint-Étienne-du-Rouvray. Vous y vivez depuis six ans. Sentez-vous des tensions entre les communautés ?

Non aucune… il n’y a pas de tensions entre la communauté chrétienne et la communauté musulmane. Il y a du respect. La cohabitation est bonne. Je n’ai jamais senti d’agressivité, de violence, au contraire.

Sœur Danièle : "Je ne leur pardonne pas, mais je n'ai pas de colère" - par Anne Bertrand

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