Faits divers – Justice

Retour des otages : des récits d'une captivité difficile, des questions toujours en suspens

France Bleu lundi 21 avril 2014 à 8:59

Didier François, accompagné d'Edouard Elias et Nicolas Hénin, dimanche à l'aéroport de Villacoublay
Didier François, accompagné d'Edouard Elias et Nicolas Hénin, dimanche à l'aéroport de Villacoublay © MaxPPP

Vingt-quatre heures après le retour des quatre journalistes retenus en Syrie, Didier François, Edouard Elias, Pierre Torres et Nicolas Hénin, les premiers témoignages relatent dix mois de captivité rude, en présence de ravisseurs notamment Français. Pour le Quai d'Orsay, l'inquiétude persiste autour du sort des deux derniers otages Français, détenus au Sahel.

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"Un peu de maltraitance physique"

De retour en France, les quatre otages n'ont pas tardé – du moins pour certains d'entre eux – à raconter les conditions "difficiles " de leur captivité, qui a duré dix mois. "On est restés dix mois complets dans des sous-sols sans voir le jour, un mois et demi entièrement enchaînés les uns aux autres ", a raconté Didier François, 53 ans, sur la radio Europe 1, pour laquelle il était parti en reportage en Syrie. 

"Dans un pays en guerre, ce n'est pas toujours simple, que ce soit la nourriture, l'eau, l'électricité, parfois c'était un petit peu bousculé, les combats étaient proches, il est arrivés qu'on soit déplacés très rapidement dans des conditions un peu abracadabrantes" — Didier François, journaliste libéré, ex-otage en Syrie

Ce lundi matin, Didier François est revenu sur les premiers jours après son enlèvement : "Quatre jours sans manger, sans boire. Menotté à un radiateur, des coups ", a-t-il raconté sur Europe 1. Le journaliste raconte aussi l'occupation que se sont trouvé les otages : "Nous avons récupéré un stylo. Nous avons fait des jeux d'échecs dans une boîte de fromage ", narre-t-il.

Nicolas Hénin a lui aussi raconté les conditions de sa captivité, "plongée dans le cahos syrien avec tout ce que ça veut dire ". Déplacé dans quelque dix lieux différents, il explique ne "pas toujours " avoir été bien traité. "Ce dont on a le plus souffert pendant toute la première partie de notre détention, c'est du manque de nourriture " , explique-t-il. "Il y a eu également un peu de maltraitance physique, mais cela tous les prisonniers syriens y passent. La Syrie a toujours été un grand centre mondial de la torture " , a raconté celui qui a fait une tentative d'évasion avant d'être rattrapé par ses ravisseurs. 

Des Français parmi les ravisseurs ?

De retour de leur captivité, les journalistes otages ont raconté que certains de leurs ravisseurs leur parlaient français . L'information a été confirmée par Laurent Fabius un peu plus tard : "Malheureusement oui, il y a des Français, des Belges, des Italiens, des Européens en général, qui sont partis faire le djihad ", a expliqué le ministre des Affaires Etrangères. Rien d'impossible, par conséquent, à ce que certains des ravisseurs des quatre otages aient été Français. 

La question de la rançon

C'est une question qui revient sur la table à chaque fois qu'un otage est libéré : la France a-t-elle payé une rançon pour obtenir la libération ? Laurent Fabius, interrogé sur la question, a répété la ligne directrice du gouvernement :

"L'Etat français ne paie pas de rançons. C'est une instruction du président de la République que nous respectons". — Laurent Fabius, ministre des Affaires Etrangères

Mais pour Alain Marsaud, député (UMP) des Français de l'étranger, "il y a toujours une contrepartie " , qui vient soit de la France soit de pays alliés, et qui peut se traduire sous forme d'une somme d'argent, mais pas seulement. "Nos amis, soit qataris soit des Emirats arabes unis, ont dû faire un geste. Est-ce que ce geste c'est de l'argent, est-ce que ce sont des armes ? Nous le saurons peut-être un jour ", ajoute-t-il. Des échanges d'armes ont notamment été évoqués .

Un officiel français, interrogé par le Journal du Dimanche, a confirmé que "d'autres demandes ont été satisfaites ". 

Inquiétude autour du sort des deux derniers otages

Il reste désormais deux autres otages, enlevés au Mali : Serge Lazarevic et Gilberto Rodrigues Leal. Dans le cas du premier, enlevé le 24 novembre 2011, "il y a un certain nombre d'éléments et nous nous en occupons activement ", a déclaré Laurent Fabius. Mais le ministre se dit plus inquiet pour Gilberto Rodrigues Leal, 61 ans, enlevé en novembre 2012 : "Cela fait longtemps que nous n'avons pas eu de nouvelles . Nous avons des contacts avec la famille mais nous sommes effectivement très inquiets ", a-t-il affirmé. 

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