Faits divers – Justice

Rocard, la fraude familiale, une "faute impardonnable" : les temps forts du procès Cahuzac

Par Marina Cabiten, France Bleu jeudi 15 septembre 2016 à 17:33 Mis à jour le jeudi 15 septembre 2016 à 21:04

Jérôme Cahuzac à son procès le 14 septembre 2016
Jérôme Cahuzac à son procès le 14 septembre 2016 © Maxppp - Aurelien Morissard

Le procès Cahuzac s'est achevé jeudi avec les plaidoiries de la défense. L'ancien ministre du Budget, contre lequel trois ans de prison ferme ont été requis, comparaissait pour avoir possédé un compte à l'étranger et avoir trompé le fisc pendant des années. Retour sur les moments-clés de ce procès.

"J'ai extrêmement honte d'avoir fait cela" a lâché Patricia Cahuzac à la fin du procès du couple divorcé et de leurs anciens conseillers. Il s'est achevé jeudi au tribunal correctionnel de Paris avec les plaidoiries de la défense de Jérôme Cahuzac et de son épouse, jugés pour fraude fiscale et blanchiment. Jérôme Cahuzac est aussi poursuivi pour avoir "minoré" sa déclaration de patrimoine à son entrée au gouvernement en 2012. En attendant la décision du tribunal, retour sur les temps forts de ces neuf jours d'un procès hautement symbolique, celui d'un ancien ministre du Budget qui parle aujourd'hui d'une "faute impardonnable".

Rocard : dès le premier jour, une bombe lâchée au tribunal

C'est près de quatre ans après l'éclatement du scandale que les audiences commencent, le lundi 5 septembre dans la chambre des criées du palais de justice parisien. Et Jérôme Cahuzac crée la surprise d'emblée avec une ligne de défense inattendue. Il affirme que son premier compte ouvert en Suisse en 1992 a servi à financer le courant politique de Michel Rocard. Et notamment sa campagne aux législatives de 1993. "Il m'est dit que la seule façon d'aider ne peut-être que de façon occulte et parallèle" relate le ministre déchu.

Cette déclaration, alors que Michel Rocard est mort il y a à peine deux mois, en choque certains. À commencer par le Premier ministre Manuel Valls, ex-collaborateur de Michel Rocard, qui se dit "triste" et même "dégoûté".

Épouse, mère, train de vie : une "fraude familiale et obstinée"

Comment l'homme chargé de lutter contre la fraude fiscale en France en est-il arrivé à dissimuler un compte à l'étranger ? Pour commencer la deuxième semaine du procès, les débats s'éloignent du financement politique pour se recentrer sur ce que les juges appellent une "fraude familiale et obstinée". Le chirurgien de formation qui s'est lancé dans l'esthétique et sa femme dermatologue ont une clinique spécialisée dans les implants capillaires, dont ils tirent des revenus substantiels. Jérôme Cahuzac vend aussi ses conseils à des laboratoires pharmaceutiques.

L'argent, caché sur le compte à l'étranger voire parfois sur celui de la mère de Jérôme Cahuzac, sert à acheter des appartements aux enfants à Londres, à payer des vacances aux Seychelles. "Birdie", nom de code de Cahuzac pour ses activités obscures, se fait même livrer du cash dans la rue, 10.000 euros pour des "dépenses familiales". Il faut "maintenir un train de vie", explique Jérôme Cahuzac à la barre le 12 septembre. En particulier celui de son ex-épouse Patricia.

Cette dernière n'a d'ailleurs pas ménagé Jérôme Cahuzac lors de son audition, toujours lundi dernier. Elle assume : le couple était "conscient de l'illégalité" de ses pratiques dès le début selon elle. Elle parle aussi de "déni de réalité" quand elle évoque des chèques déposés sur leur compte domicilié à l'île de Man (un paradis fiscal) en janvier 2013, alors que le scandale a éclaté fin 2012. Le couple divorcera fin 2015, après avoir caché plusieurs millions d'euros sur différents comptes à l'étranger entre 1992 et 2013.

Tête à tête avec Hollande, "l'enfer" : les larmes de Jérôme Cahuzac

"Il (le Président) me demande : 'qu'est-ce que c'est que cette histoire ?'. Je réponds : 'c'est rien, c'est des conneries", raconte au tribunal le lendemain Jérôme Cahuzac sur ce qui s'est passé avec François Hollande suite à la révélation du scandale. Nous sommes en décembre 2012 et il nie pendant des mois. L'ancien ministre raconte un "enfer", un "cauchemar", une "tourmente qui a dévasté la famille". Et évoque ses pensées suicidaires. Sa voix se brise dans la salle du palais de justice, Jérôme Cahuzac pleure et l'audience est suspendue.

Dans la rue, les gens m'insultent et filment ma réaction avec leur smartphone. Je rase les murs au propre, comme au figuré, j'ai pris l'habitude de marcher les yeux baissés - Jérôme Cahuzac au tribunal correctionnel

"J'ai 64 ans, ma vie politique est terminée", déclare l'ancienne étoile montante du PS.

Trois ans de prison ferme, le "juste prix" de la "trahison" ? 

Jérôme Cahuzac a "sacrifié tous les principes pour l'appât du gain" estime le parquet qui a requis ce mercredi trois ans de prison ferme et une peine d'inéligibilité de cinq ans contre l'ancien maire et député. Deux ans de prison ferme sont requis contre Patricia Cahuzac, qui a "surpassé" son mari "dans la dissimulation de ses avoirs au fisc". "Le seul élément qui distingue vos situations, c'est que lui était ministre", assène la procureur.

Du côté de la défense ce jeudi, l'avocat de Patricia Cahuzac dresse le portrait d'une femme blessée, d'une épouse trahie, met en avant le fait qu'elle n'est "jamais à l'initiative de la fraude" et qui a selon lui largement coopéré à l'enquête. Et Jérôme Cahuzac ? "Ce n'est pas seulement un tricheur", insiste son avocat qui semble décrire Dr Jekyll et Mr Hyde. "Vous allez juger le menteur, le tricheur, mais aussi l'autre", tente Me Michel, celui qui "a veillé un ami dans le coma". "C'est aussi ça, Jérôme Cahuzac".

Le jugement sera rendu le 8 décembre.