Faits divers – Justice

Saint-Calais : marche blanche en hommage au cadre infirmier qui s'est suicidé

Par Marie Mutricy, France Bleu Maine lundi 17 octobre 2016 à 18:52

150 personnes ont défilé devant l'hôpital de Saint-Calais en mémoire du cadre infirmier qui s'est donné la mort début juillet
150 personnes ont défilé devant l'hôpital de Saint-Calais en mémoire du cadre infirmier qui s'est donné la mort début juillet © Radio France - Marie Mutricy

Au moins 150 personnes ont défilé lundi à Saint-Calais en mémoire du cadre infirmier qui s'est suicidé début juillet, en mettant en cause sa direction. Les manifestants entendaient également dénoncer la souffrance au travail.

Habillés de tee-shirt blanc ou tout simplement vêtu de leur blouse de personnel hospitalier, au moins 150 personnes ont défilé derrière la famille du cadre infirmier de l'hôpital de Saint-Calais qui s'est donné la mort début juillet. Soignants, habitants de la commune, retraités : ils ont voulu exprimer leur solidarité et pour certains, témoigner de la pression qu'ils ressentent de plus en plus dans leurs services.

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La famille très émue

En tête de cortège, la famille du cadre infirmier qui s'est donné la mort. Sa belle-soeur prend la parole au début du rassemblement pour remercier ceux qui ont fait le déplacement. Ils ont porté plainte contre X et ne souhaitent pas s'exprimer dans la presse.

Dans l'attente des résultats de l'enquête

Parmi les blouses blanches présentes, très peu de personnels veulent s'exprimer. Marc Gandon, secrétaire départementale Force Ouvrière et infirmier au Mans dénonce "ce sentiment oppressant d'un grand silence et la peur du personnel [de Saint-Calais]. Ca paraît complètement aberrant". Des salariés qui ont peur raconte Gaëlle Lapalus représentante Force Ouvrière dans l''établissement calaisien : "cette ambiance lourde et pesante, il faut la vivre. Les gens ont peur tout simplement. On attend [les résultats de l'enquête de l'Inspection générale des affaires sociales].

La souffrance hospitalière dénoncée

Dans le défilé, un aide-soignant de l'un des services de l'hôpital de Saint-Calais évoque les restrictions, le "toujours plus avec toujours moins". Il ne souhaite pas donner son prénom :

on nous met la pression, il faut être efficace, il faut être rapide. Le moyen qui nous manque, c'est du temps. On ne peut pas faire manger une personne âgée dépendante en 6 minutes. C'est impossible !

Une situation que dénonce également Marion, aide-soignante au Mans : "J'ai des collègues en burn-out, des collègues qui sont incapables de venir travailler. Qu'on a reclassé. Qui sont dégoûtés de ce métier". Le professeur Bernard Granger est venu de Paris pour soutenir ses personnels. Il est le vice président de l'association Jean-Louis Mégnien de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l'hôpital public, du nom de ce médecin qui s'est jeté par la fenêtre de son bureau à l'hôpital Georges Pompidou à Paris en décembre 2015. Il a fait le déplacement à Saint Calais car la souffrance des soignants frappe tout le territoire : "il y a un management par objectif, une tarification qui incite à toujours plus d'activité, mais avec des moyens qui empêchent qu'on puisse travailler dans de bonnes conditions (...). Chaque semaine nous recevons des messages de personnes qui nous expliquent ce qu'elles ont vécu et notamment ce conflit entre ce qu'on nous oblige à faire au plan comptable et toute la part d'humain dans le métier de soignant".

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