Faits divers – Justice

Saint-Étienne : des affiches homophobes placardées sur les murs de la ville

Par Paul Ferrier, France Bleu Saint-Étienne Loire mardi 14 octobre 2014 à 20:43

Affiche homophobe
Affiche homophobe © Radio France - Mathilde Montagnon

Elles ont été vues pour la première fois lundi soir. Un affichage sauvage principalement effectué autour du quartier du Zénith stéphanois. Sur ces affiches, un singe tirant la langue et ce texte : "Leur mariage pour tous... et pourquoi pas pour lui tant qu'on y est."

"Un message inquiétant qui porte atteinte à la dignité humaine"

C'est la première réaction de Philippe Chastel, le directeur du festival de cinéma stéphanois Autrement Gay. Il s'interroge. D'abord pourquoi de telles affiches fleurissent aujourd'hui en octobre 2014, près d'un an et demi après l'adoption de la loi du mariage pour tous ? Et puis surtout, quel groupuscule a bien pu les coller ? Cet affichage sauvage n'est pas véritablement signé, même si, sur certains panneaux, ces affiches homophobes ont été placardées juste au-dessous d'autres affiches. Cette fois-ci un message identitaire inscrit autour d'une croix celtique, croix associée aux mouvances néo-fascistes. C'est ce qui fait dire au directeur du festival Autrement Gay que cet affichage est l'œuvre d'un petit groupe, pas directement lié au mouvement de la Manif' Pour Tous : "la manif pour tous? On a rencontré des gens qui sont dans un échange, qui utilisent la parole même si on n'est pas d'accord. Là, quand on pose ces affiches il n'y a pas d'échange possible. On est dans des groupes extrêmes."

Philippe Chastel, directeur du Festival de cinéma Autrement Gay à Saint-Etienne

Même réaction inquiète et indignée du président de l'association Face à Face qui défend les droits des homosexuels. "Cet affiche je l'avais déjà vu à Paris et je pensais qu'à Saint-Étienne on serait épargnés " , explique Antoine Blanchard avant de préciser : " ça reste de petits groupuscules très minoritaires qui profitent de cette fenêtre médiatique." Il a d'ailleurs hésité avant de commenter ces affiches, "histoire de ne pas leur donner plus d'importance qu'ils n'en ont" .

De possibles poursuites judiciaires ?

Ce mardi, les affiches avaient presque toutes été retirées ou recouvertes. D'abord, par quelques passants, confie Cyril. Sa société colle des affiches pour le compte des salles de spectacle de la ville. " Mardi matin lors de ma tournée, je suis tombé sur ces affiches choquantes. Je me suis empressé de les recouvrir, même si je ne fais pas de politique. Mais avant moi des gens les avaient déchirées, ce genre de message ne reste jamais longtemps."  Celles que Cyril n'a pas recouvertes, la mairie s'en est chargée. D'ailleurs, elle affirme intervenir en moins de 24 heures dans ce genre de cas, "dès qu'on nous prévient" .

La réactivité des services municipaux et du colleur d'affiches culturelles ont eu un inconvénient dans cette affaire. La police, qui n'avait pas été prévenue, va avoir le plus grand mal à réunir des preuves maintenant que les affiches en question ont été détruites. Pourtant selon le procureur de la République, à qui nous avons transmis la photo de l'affiche, "elle tombe sous le coup de la loi sur la presse. C'est un délit de provocation à la discrimination à l'égard d'un groupe de personne en raison de son orientation sexuelle". Ce délit peut valoir jusqu'à un an d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende. Pour l'instant, le procureur de la République de Saint-Étienne se réserve le droit d'ouvrir une enquête.

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