Faits divers – Justice

Saint-Étienne-du-Rouvray : le cousin de l'un des tueurs mis en examen, des complices éventuels toujours recherchés

Par Julie Guesdon, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure), France Bleu Pays de Savoie et France Bleu lundi 1 août 2016 à 9:41

La police cherche toujours à découvrir par qui les deux tueurs sont entrés en contact.
La police cherche toujours à découvrir par qui les deux tueurs sont entrés en contact. © AFP - CHARLY TRIBALLEAU

Les connexions entre les deux tueurs s'éclaircissent légèrement, cinq jours après la mort du prêtre Jacques Hamel dans l'attaque de son église de Saint-Étienne-du-Rouvray. Le cousin de l'un des deux attaquants a été mis en examen ce dimanche : il était informé de l'imminence d'un attentat.

Cinq jours après l'attaque d'une église de Saint-Étienne-du-Rouvray, dans la banlieue de Rouen, les liens entre les deux tueurs s'éclaircissent. Pour l'heure, les enquêteurs se concentrent sur les connexions des djihadistes, après la mise en examen d'un cousin d'Abdel Malik Petitjean, vraisemblablement au courant du projet d'attentat de ce dernier.

Les deux tueurs mis en relation via une messagerie cryptée

Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, qui vivaient à 700 kilomètres de distance, ont fait connaissance seulement quelques jours avant leur passage à l'acte via la messagerie cryptée Telegram. Petitjean s'est ensuite rendu le 23 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray et son téléphone a "borné" dans la commune jusqu'au 26, jour de l'attaque.

Des questions demeurent et l'enquête s'oriente maintenant pour déterminer qui est à l'origine de leur mise en relation sur Telegram, l'un des moyens de communication préférés des djihadistes de Daech, et si l'attaque a été commanditée par une tierce personne, depuis cette même application.

Les enquêteurs continuent à analyser les messages envoyés par les tueurs. "Décrypter le protocole de chiffrement prend du temps et ce travail est d'autant plus complexe qu'ils étaient en lien avec de nombreuses personnes sur ce réseau social", explique une source proche du dossier.

Les deux jeunes de 19 ans étaient des habitués de Telegram, qui revendique 100 millions d'utilisateurs dans le monde : Kermiche avait décrit par avance dans un message le mode opératoire de l'attaque du 26 juillet, mentionnant "un couteau" ainsi qu'"une église" et Petitjean avait posté courant juillet une vidéo où il prêtait allégeance au groupe terroriste et faisait état d'un projet d'action violente contre la France.

Ce film sera retrouvé, lors d'une perquisition menée deux jours avant la prise d'otages, dans le téléphone d'un certain Omar C., 19 ans, mis en examen et écroué vendredi dans une enquête distincte. C'est aussi à partir de cette vidéo que l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste avait diffusé le 22 juillet à plusieurs services de police et de gendarmerie la photo de Petitjean, avertissant que cet homme, dont l'identité était alors inconnue, était suspecté de préparer un attentat.

Un cousin de Petitjean au courant de "l'imminence" d'un attentat

Un cousin d'Abdel Malik Petitjean, Farid K., 30 ans, a été mis en examen dimanche et écroué. L'homme, né à Nancy, "avait parfaitement connaissance, si ce n'est du lieu et du jour précis, de l'imminence d'un projet d'action violente de son cousin", selon le parquet de Paris qui a ouvert une information judiciaire, confiée à des juges antiterroristes. "L'exploitation de son téléphone et de son ordinateur a révélé qu'il en savait bien plus que ce qu'il a voulu dire aux enquêteurs", selon la source proche du dossier.

En revanche, la garde à vue d'un réfugié syrien, dont la photocopie du passeport avait été retrouvée chez Adel Kermiche, a été levée.

D'autres complices ?

Plusieurs personnes, dont le nom est apparu dans d'autres enquêtes, intéressent à des degrés divers les services chargés de l'enquête, notamment,  Jean-Philippe J., un Français de 20 ans signalé pour radicalisation. L'homme a été mis en examen dimanche dans le cadre d'une procédure ouverte sur une filière de candidats au djihad. Il s'était rendu en Turquie le 10 juin avec Petitjean avant d'être refoulé dès le lendemain à cause de sa fiche "S". Petitjean, qui n'était pas signalé pour radicalisation à l'époque, était aussi rentré en France.

Un mineur de 17 ans, qui avait cherché à partir en Syrie avec Adel Kermiche en 2015, a été arrêté, avant l'attentat du 26 juillet, à Genève lors d'une seconde tentative, et remis à la France où il a été mis en examen et écroué. Rien ne montre à ce stade qu'il ait une quelconque implication dans les faits.

Quant à Adel Bouaoun, originaire comme Kermiche de Saint-Etienne-du-Rouvray, il est présenté comme le compagnon de radicalisation de ce dernier. Parti en 2015, alors âgé de 26 ans, rejoindre les rangs de l'EI en Syrie, les enquêteurs se demandent s'il pourrait avoir eu un rôle dans l'attentat. La garde à vue de son frère, âgé de 16 ans, a été levée. Pour autant ce dernier n'en a pas fini avec la justice, des documents de propagande jihadiste ayant été retrouvés dans son téléphone et son ordinateur.

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