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Filmer les procès : "Il faut être extrêmement prudent" prévient l'avocat toulousain Georges Catala

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Par , France Bleu Occitanie

"Ce que je crains c'est que l'on se contente de filmer la justice en costume de cérémonie" déclare le pénaliste qui n'est pas franchement favorable à l'article 1er de la réforme de la justice qui prévoit de capter des audiences pour ensuite les transmettre aux archives nationales.

L'avocat Georges Catala, dans son bureau à Toulouse.
L'avocat Georges Catala, dans son bureau à Toulouse. © Radio France - Pascale Danyel

Le projet de loi "pour la confiance dans l'institution judiciaire" a été présenté mercredi 14 avril en conseil des ministres Ce projet de loi va permettre de filmer des audiences. Une pratique qui est aujourd’hui  interdite, sauf dans quelques cas particuliers comme les procès  historiques – comme ceux de AZF à Toulouse, Barbie, Touvier, Papon, ou plus récemment les attentats de janvier 2015 – pour ensuite les transmettre aux archives nationales. La justice "mérite d'être démystifiée, mais il faut le faire avec précaution" estime l'avocat toulousain Georges Catala qui était l'invité de la matinale France Bleu Occitanie

Est-ce que filmer les procès pour les diffuser au grand public est une bonne proposition ?

D'abord, cela apparaît dans l'article 1er de la réforme comme étant le point d'ancrage du projet de loi : "Il faut éclairer la justice". Moi je veux bien, mais il n'empêche que pour l'éclairer encore faudrait-il le faire sans se soucier qu'elle soit en costume de cérémonie de dimanche et aller dans les tréfonds des greffes pour y regarder ce qu'il se passe et voir magistrats éreintés, des greffières asphyxiées, voir que la justice ne va pas bien.

Et par voie de conséquence à partir de ce constat, on pourrait faire de la pédagogie. Mais ce que je crains, c'est que l'on se contente de filmer la justice en costume de cérémonie pour flatter le côté téléspectateur et voyeuriste et pour éclabousser davantage encore ceux qui souffrent et donc il y a quelque chose qui me paraît tout à fait incomplet.

Vous craignez une justice spectacle ?

Je crains deux choses. D'abord, vous savez, un procès pénal, c'est l'expression imbécile et humaine d'un malheur avec des gens qui ont souffert et puis celui a fait souffrir qui souffre aussi. C'est un spectacle qui fait penser à certains à de la corrida. Et donc il faut pour en extirper de la pédagogie être extrêmement prudent en faisant très attention à ce que l'humain ne soit pas éclaboussé. Ce qui me paraît être un exercice extrêmement difficile.

Alors il est certain que quelques fois, on se rendra compte que notre travail est complexe. Il est certain que quelques fois, on se rendra compte que l'on a affaire à des imbéciles et quelques fois à des magistrats remarquables. Il est certain que l'on s'apercevra de l'omnipotence d'un président qui dirige, décide et juge. Tout ceci mérite d'être démystifier, mais il faut le faire avec précaution.

Vous ne pensez pas que les caméras peuvent imposer une certaine tenue à tous ces acteurs ?

Oui, il faudra une certaine tenue pour les acteurs qui seront filmés. Mais ce qui m'inquiète le plus, c'est le choix des audiences qui seront captées. Le choix de ces séances pédagogiques appartient à qui ? Qui va décider que tel procès va être médiatisé, tel autre ne le sera pas ? Car je ne vois pas une partie civile qui souffre accepter que dans dix ou quinze ans on puisse voir sa figure remplie de larmes s'exprimer. Je ne vois pas un accusé dire 'je vais être d'accord pour que l'on revoie ma tête dans dix ans".

En revanche pour les procès historiques, comme celui de AZF, ceux qui marquent l'Histoire, ceux qui servent d'exemple doivent bien entendu être filmés, mais c'est déjà le cas. Au même titre que personne ne conteste le fait qu'une Cour d'assises peut être remplit d'étudiants et d’élèves qui viennent s’imprégner de l'image de la justice.

Mais le danger de la médiatisation peut se résumer à deux choses. La première, c'est que l'on a affaire à de la pâte humaine qui risque de souffrir de cette médiatisation. Le deuxième élément, c'est que celui qui va décider de médiatiser tel ou tel procès, ce n'est pas vous, ce n'est pas moi, c'est le garde des Sceaux.

Or, dans une période de friction historique avec un garde des Sceaux pétaradant, il se peut que nous ayons des choix de médiatisations qui viendront déséquilibrer la démocratie ou l'ordre social. C'est un danger lointain et hypothétique, mais, dans l'état actuel des propositions, qui existe.

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