Faits divers – Justice

Si le barrage des Bouillouses cède, quelle réactivité des secours ?

Par Mathieu Ferri, France Bleu Roussillon jeudi 13 octobre 2016 à 11:54

Agents municipaux et forces de l'ordre
Agents municipaux et forces de l'ordre © Radio France - Mathieu Ferri

Un exercice de grande ampleur a été organisé ce mercredi dans les Pyrénées-Orientales pour tester la réactivité des secours en cas de rupture du barrage des Bouillouses. Les conséquences seraient dramatiques pour Bourg-Madame, avec à peine un quart d'heure pour évacuer la ville.

Imaginez des tonnes et des tonnes d'eau qui dévalent la montagne, à toute vitesse... Ce scénario catastrophe a été testé ce mercredi en Cerdagne.

Un exercice de sécurité civile avec la rupture, partielle ou totale, du barrage des Bouillouses. Un ouvrage qui mesure plus de 17 mètres de haut, et qui retient 17 millions de mètres cube d'eau.

L'eau partirait en majorité vers la Têt, c'est le bassin versant, mais l'autre filerait en direction d'Angoustrine et Bourg-Madame. La ville frontalière avec l'Espagne a joué le jeu à fond ce mercredi : près de 700 élèves ont été évacués des écoles, du collège, et du lycée agricole du Mas Blanc.

Il faut dire que les risques sont pris très au sérieux. Même si le barrage est robuste et régulièrement contrôlé, la catastrophe serait d'une ampleur impressionnante si le béton devait céder. Tous les villages en aval seraient inondés, et la moitié de Bourg-Madame serait touchée.

Selon une étude très précise de 2014, il ne faudrait que 17 minutes pour évacuer les quartiers en danger, qui se retrouveraient sous 11 mètres d'eau.

Le reportage de Mathieu Ferri à Bourg-Madame

La majorité de Bourg-Madame serait inondée - Radio France
La majorité de Bourg-Madame serait inondée © Radio France - Mathieu Ferri

Gros retard à l'allumage

L'exercice a pourtant mal débuté. Alors que le maire de Bourg-Madame attendait le top départ de l'exercice de la part de la préfecture... il n'a jamais reçu le coup de fil ! C'est pourtant à la mairie que devait se monter une cellule de crise... "Y'a une merde terrible !" tonne Jean-Jacques Fortuny en apprenant presque par hasard que l'alerte est déclenchée.

"Y'a une merde terrible !" - le maire de Bourg-Madame apprend par hasard le début de l'exercice

Les élus municipaux de Bourg-Madame mobilisés en mairie - Radio France
Les élus municipaux de Bourg-Madame mobilisés en mairie © Radio France - Mathieu Ferri

Mais l'élu se ressaisit, et ordonne à ses équipes de jouer le jeu comme prévu. Premier réflexe, évacuer les établissements scolaires, en les avertissant par téléphone. Ecoles, collège, lycée agricole, centre de soins pédiatrique... il faut faire vite ! Tous les élèves et les encadrants ont pour consigne de se regrouper à Hix, le hameau un peu au dessus de Bourg-Madame. En cas de rupture du barrage, là il n'y aurait pas d'eau.

Evacuation express

Les élèves de maternelle et du primaire sont regroupés dans un bâtiment communal, puis dans l'église de Hix. Collégiens et lycéens eux sont regroupés dans un champ un peu plus haut. "Les premiers écoliers sont arrivés en 7 minutes, les derniers en 10 minutes. Le contrat est rempli, nous avons réussi l'exercice" se réjouit Sylvie Garrabos, la directrice de l'école de Bourg-Madame.

Les touts petits évacués en lieu sûr à Hix - Radio France
Les touts petits évacués en lieu sûr à Hix © Radio France - Mathieu Ferri

"Les premiers écoliers sont arrivés en seulement 7 minutes" - la directrice de l'école

L'évacuation ce n'est donc pas le problème : c'est plutôt la prise de décision, et surtout la communication entre la mairie et la préfecture qui inquiète le maire Jean-Jacques Fortuny : "c'est un problème d'ordres, et de contre-ordres. Qui reçoit les ordres, qui les donne ? On a eu un certain nombre de messages qui sont arrivés très tard. Mais ceci dit, l'exercice est positif".

Bémol aussi concernant la sirène, pas très audible. Dans la rue, on l'entend bien, à l'intérieur on n'entend rien. Mais elle a quand même signé la fin de l'exercice au bout de deux heures. Le sous-préfet de Prades reconnaît que ça fait partie des éléments à améliorer : "Ce qui est important, c'est le retour d'expérience" insiste Laurent Alaton.

"Un exercice, ce n'est pas une démonstration. La mise en situation permet de repérer toutes les pistes de progrès, et nous en avons identifié quelques unes". C'est la première fois qu'un tel exercice était organisé à Bourg-Madame.

Partager sur :