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Faits divers – Justice DOSSIER : Attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray

"Je me sens plus fragile", une rescapée témoigne deux ans après l'attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray

mercredi 25 juillet 2018 à 18:05 - Mis à jour le jeudi 26 juillet 2018 à 11:00 Par Romain Chevalier et Anne Bertrand, France Bleu Normandie (Calvados - Orne), France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) et France Bleu

Deux ans après l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray et la mort du père Jacques Hamel, sœur Danièle, présente dans l’Eglise lors du drame, s’est entretenue avec France Bleu Normandie. Aujourd’hui, la religieuse veut tourner la page mais trouve nécessaire que l’on rende hommage au prêtre assassiné.

Sœur Danièle, chez elle, devant la photo du père Hamel. La bougie est allumée en permanence en mémoire au prêtre assassiné et elle le restera jusqu’à son procès en béatification.
Sœur Danièle, chez elle, devant la photo du père Hamel. La bougie est allumée en permanence en mémoire au prêtre assassiné et elle le restera jusqu’à son procès en béatification. © Radio France - Anne Bertrand

Saint-Étienne-du-Rouvray, France

Il y a deux ans, sœur Danièle assistait au drame. Le 26 juillet 2016, elle était présente dans l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray près de Rouen lorsque deux terroristes, se réclamant de l'organisation Etat islamique, ont pénétré dans l'édifice religieux puis égorgé le père Jacques Hamel. C'est elle qui a réussi à s'enfuir pour donner l'alerte. Ce jeudi 26 juillet 2018, elle se confie sur France Bleu Normandie. Un témoignage unique que nous vous proposons de retrouver en intégralité ci-dessous.

Sœur Danièle, deux ans après l’attentat, vous vous sentez comment ? 

Certainement plus fragile qu’il y a deux ans. Plus fragile parce que là on revient sur l’événement et ça nous remémore à tous ce que l’on a vécu. Ces derniers temps, j’étais plus sensible. J’ai relu ce que mes sœurs ont partagé par écrit, ce que moi j’ai partagé par écrit et je me dis : « on a vécu tout ça ». 

On allait mourir"

Vous dites que vous vous sentez plus fragile, est-ce parce que vous avez davantage conscience de ce que vous avez vécu ?

Oui certainement. J’ai davantage conscience de ce que j’ai vécu parce que je me dis qu’on aurait pu mourir. On allait mourir, pour moi c’était ça. On a échappé à la mort. Sur le coup, on sent ça. Ce que je ressens maintenant est différent. 

Je trouve que les gens sont un peu trop reconnaissants vis-à-vis de moi. C’est gentil mais bon….les « Danièle tu nous as sauvé la vie, Danièle tu as été courageuse, etc. » Quand on vit l’évènement, on ne pense pas à tout ça. Je me suis dit : « Dani faut y aller, Dani ça y est faut que tu ailles, Seigneur tu me donnes la force et on y va. » 

Aujourd’hui comment faites-vous pour porter ce poids-là ? 

Il y a la force de la prière, c’est certain, mais il y a aussi la force de la vie communautaire. Et puis il y a également toute cette force de l’amitié, de la paroisse et surtout de notre quartier. Je ne dis pas que notre image a changé, mais notre relation avec le quartier a énormément évolué. Les habitants sont très attentifs à ce que nous sommes, à ce que nous vivons. 

Ce sont des petits détails mais quand on arrive ici, on trouve des artichauts. Plus tard on revient, on retrouve une salade. On trouve toujours quelque chose à notre porte. Certaines personnes n’osent pas sonner et entrer, alors elles déposent devant la porte. Il y a une entraide, une fraternité entre nous. On se sent soutenu

Et ça depuis l’attentat ? 

Oui. Auparavant cela existait mais avec un certain respect, avec une certaine distance. Je crois que l’attentat a renforcé cette relation

Du point de vue judiciaire, vous êtes-vous constituée partie civile ? 

Non, je ne savais pas ce que cela nous aurait amené. Puis j’avais envie de tourner la page. Cela nous aurait pas apporté grand-chose, enfin personnellement. Mais à ce moment-là, je ne savais pas trop, je n’étais pas conseillé. 

Je veux tourner la page"

L’enquête judiciaire en elle-même, vous intéresse-t-elle ? On a appris qu’un homme avait été interpellé en Corse puis relâché… 

Ça nous intéresse oui, parce qu’on se dit qu’il y en a encore quelques-uns qui courent quelque part. Mais sinon on s’informe simplement. Personnellement, je n’ai plus envie de rentrer dans cette démarche judicaire. J’ai tourné la page. Je veux tourner la page

En revanche, vous intéressez-vous au procès en béatification du père Jacques Hamel ? 

Effectivement oui (rires). On est sur un chemin en sa compagnie, c’est le père Hamel qui nous a entraînés jusque-là. Et en même temps, son martyr a aussi ouvert beaucoup de portes au niveau de la relation humaine. Au niveau de la relation fraternelle, de la relation avec notre évêque, avec la communauté musulmane. 

Pour vous, cet hommage est nécessaire deux ans après la mort du père Hamel ?

J’ai envie de dire c’est nécessaire que l’on prie, que l’on fête cet anniversaire. Mais il faut rester dans la simplicité, ne pas faire trop de bruit autour de ça. Il faut laisser vivre les choses tranquillement. Evidemment, on demande des choses maintenant parce que des groupes viennent, des cars arrivent sur la place de l’église, il faut donc une certaine sécurité. Dans ces cas-là, on prévient le maire M. Moyse. 

L’église de St-Étienne du Rouvray devient un lieu de pèlerinage ?

Oui, elle devient un lieu de pèlerinage. En tout cas depuis le décès du père Jacques, énormément de groupes y passent. 

Et cela vous ennuie que cette église soit devenu un lieu de pèlerinage ?  

Non, absolument pas. Au contraire, c’est un lieu de prières. Que les jeunes prient à Lourdes ou qu’ils prient à Saint-Étienne-du-Rouvray, il y a une raison. Ici, Jacques a donné sa vie et le Seigneur s’est servi de cela. Cependant à l’Eglise, on remarque que les gens sont de plus en plus nombreux à venir.   

"Je me sens plus fragile"