Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Faits divers – Justice

Suicide d'un détenu à la maison d'arrêt de Seysses : retour sur une polémique

lundi 23 avril 2018 à 18:43 Par Bénédicte Dupont, France Bleu Occitanie

Samedi, la Chancellerie a démenti les "allégations" après le suicide d'un détenu à la prison de Seysses près de Toulouse. Depuis le début de cette affaire qui a contribué à embraser le Mirail, la théorie de l’implication des surveillants se propage au delà de la maison d'arrêt.

La maison d'arrêt de Seysses accueille près de 1.100 détenus pour une capacité de 655 places.
La maison d'arrêt de Seysses accueille près de 1.100 détenus pour une capacité de 655 places. © Radio France - Vanessa Marguet

Seysses, France

Le calme est revenu au Mirail malgré quelques tensions persistantes, même chose à la maison d'arrêt de Seysses près de Toulouse d'où est partie la contestation la semaine dernière, après le suicide d'un détenu le 14 avril dernier. Mort qui a contribué à générer des violences au Mirail, et une marche blanche aux Izards organisée par la famille. Deux associations abolitionnistes, l'Envolée et le Syndicat PRP ont publié vendredi dernier un "communiqué" des prisonniers de Seysses attribuant la mort de Jaouad aux surveillants. L'article a été repris sur Twitter et Facebook, essentiellement par la sphère libertaire et les réseaux anti-prisons. Le Ministère de la Justice a dû condamner dans la foulée ces propos, et se réserve le droit de poursuivre en diffamation les auteurs de ces propos et ceux qui les ont publiés.

"Une mort plus que suspecte encore une fois étouffée par l'Administration"

Ce communiqué de trois pages, bien écrit et structuré, est selon le syndicat national PRP une compilation de témoignages de détenus de Seysses. L'association a seulement corrigé les fautes d'orthographe assure-elle. Daté du 19 avril dernier, soit cinq jours après la mort de Jaouad, le courrier stipule que "_sa mort a été provoquée par la violence des matons affectés au mitard_. J. ne s'est pas suicidé (...) J. a été battu par cinq ou six surveillants pendant plus d'une demi-heure". Un mitard décrit comme un infâme endroit "sans matelas, sans couverture", où plusieurs détenus se sont retrouvés cet hiver "sans vêtements alors qu'il faisait -5°". Les détenus exigent que la direction de la maison d'arrêt "remplace immédiatement cette équipe de surveillants (..) petite équipe sadique de matons (...) surnommée l'escadron de la mort".

Nous n'avons pas été étonnés quand nous avons reçu la lettre. Ces violences, nous y croyons volontiers car nous l'avons déjà vu et vécu en tant que familles de détenus. Ça n'est pas la première fois qu'on nous parle de suicide suspect au mitard à Seysses. Il faut que tout le monde sache ce qu'il se passe dans les prisons françaises. On parle toujours des violences de détenus vis-à-vis des surveillants, mais l'inverse existe. — Lydia Trouvé et Sylvia Alias du PRP

Le syndicat PRP (Protection et Respect des Prisonniers) est actif depuis janvier dernier. Il revendique 200 membres partout en France, notamment des détenus de Seysses et leurs familles. L'Envolée est un journal créé en 2001 par des ex-prisonniers et des ex-prisonnières ou des proches de prisonnier.

Le seul témoignage qui vienne de l'intérieur, on l'accuse de diffamation. Cela prouve bien que la parole du prisonnier n'a pas de valeur encore aujourd'hui. Il faut pourtant saluer le courage de ceux qui ont écrit et ceux qui ont manifesté. 200 détenus qui manifestent dans la cour quand il y a un suicide en prison, ça n'arrive pas tous les jours. Et l'Administration n'a que la sanction comme réponse. — Pierre Guérinet de l'Envolée

"Diffamation et fantasmes"

L'enquête sur la mort de Jaouad est toujours en cours,  l'autopsie a confirmé la mort par asphyxie. Ce drame, personne n'y a assisté, personne n'a rien vu. En revanche, il y a des témoins auditifs, des détenus des quartiers voisins qui auraient entendu des choses. Depuis dix jours, l'administration fait face à une vague de rumeurs dont les surveillants ont l'habitude. 

Avec les smartphones, la moindre intox se répand facilement. Parfois, les pompiers sont appelés par les détenus et viennent pour rien. Et au mitard, ce qui est raconté est faux, les cellules ont des matelas. Après, le quartier disciplinaire, c'est la prison de la prison. Mais les médecins y passent tous les jours, c'est la loi. — Jean-Pierre Soudier-Miquel, le secrétaire Ufap-Unsa à Seysses 

Pour lui, comme pour son collègue du Syndicat Pénitentiaire des Surveillants, le décès du jeune homme est sans doute une tentative de chantage au suicide qui a mal tourné. En clair, un simulacre de suicide pour pouvoir être évacué du quartier disciplinaire, simulacre qui malheureusement s'est terminé par la mort du détenu. "Un suicide au mitard, c'est possible techniquement, un détenu me l'a expliqué. Mais je n'ai jamais entendu parler de violences de la part de surveillants. Et dans le quartier disciplinaire, ce sont les mêmes surveillants qu'au quartier d'isolement où je me rends. Dans ce genre d'histoires, chacun exagère un peu sa version des choses", commente pour sa part Jean-Louis Grenié, visiteur de prison à Seysses depuis 14 ans.

C'est hallucinant que des choses pareilles circulent, qu'on nous traite d'assassins. C'est du fantasme sur des usages d'un autre siècle. Les quartiers disciplinaires sont surveillés par la vidéo. Vous imaginez bien que si vraiment des collègues avaient organisé la pendaison d'un détenu, ils ne seraient pas au travail aujourd'hui. — Nicolas François, délégué régional SPS et ancien secrétaire à Seysses

Un fait avéré et prouvé, c'est celui de la surpopulation carcérale et des conditions Au dernier décompte publié en avril 2018, la maison d'arrêt de Seysses accueille 1.089 détenus, pour 655 places. Soit une densité de plus de 166%, parmi les 20 maisons d'arrêts les plus remplies de France. Mais pas la pire. En Occitanie, Foix, Carcassonne, Perpignan et surtout Nîmes ont des densités encore plus élevées. C'est la région qui présente les taux d'occupation les plus élevées de France derrière la région parisienne pour les maisons d'arrêt.