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Faits divers – Justice

Suicides à France Telecom : l'entreprise et l'ex-patron Didier Lombard renvoyés devant le tribunal

vendredi 15 juin 2018 à 21:02 Par Viviane Le Guen, France Bleu

Les juges d'instruction ont ordonné un procès pour "harcèlement moral" contre France Telecom et son ancien PDG, Didier Lombard, dans l'affaire de la vague de suicides de salariés au sein de l'entreprise à la fin des années 2000.

Didier Lombard, ancien PDG de France Telecom.
Didier Lombard, ancien PDG de France Telecom. © Maxppp - Morin Isore

Comme l'avait réclamé le parquet de Paris, les juges d'instruction ont ordonné un procès pour "harcèlement moral" contre France Telecom et son ancien PDG Didier Lombard dans l'affaire de la vague de suicides de salariés au sein de l'entreprise à la fin des années 2000, a appris l'AFP vendredi de source proche du dossier. 

Première affaire de harcèlement moral institutionnalisé devant la justice

Au côté de l'ex-patron de France Telecom, devenu Orange, six autres dirigeants et cadres sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris, dont quatre pour "complicité" de harcèlement moral au travail, selon l'ordonnance des juges datée du 12 juin. Il s'agit de la première affaire de harcèlement moral institutionnalisé qu'aura à trancher le tribunal, neuf ans après les premières plaintes.

Frappée par une épidémie de suicides en 2008 et 2009, France Telecom a été la première entreprise du CAC 40 mise en examen pour harcèlement moral.

39 victimes retenues dans dossier

"Incitations répétées au départ", mobilités "forcées", missions "dévalorisantes", "isolement": dans leur ordonnance de plus de 650 pages, les juges ont retenu une longue liste de pratiques répétées qui constituent selon eux, "une politique d'entreprise visant à déstabiliser les salariés" et "à créer un climat professionnel anxiogène".

La procédure judiciaire avait retenu le cas de trente-neuf salariés: dix-neuf se sont suicidés, douze ont tenté de le faire, et huit ont subi un épisode de dépression ou un arrêt de travail.
 

A l'époque engagé dans le délicat virage de la privatisation et des nouvelles technologies, le groupe voulait supprimer 22.000 postes entre 2006 et 2008 et procéder à 10.000 changements de métier, dans le cadre d'un plan de réorganisation baptisé NEXT.

La CFE-CGC, partie civile, "se félicite"

Dans un communiqué publié vendredi, le syndicat CFE-CGC, partie civile, "se félicite de cette décision" mais "regrette cependant que le chef d'homicide involontaire n'ait pas été retenu" par les juges.

"La responsabilité morale des sept prévenus dans la crise sociale et ses conséquences les plus tragiques, les suicides de nos collègues, est avérée", souligne le syndicat. "Il appartient désormais à la justice de se prononcer sur leur responsabilité pénale."