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Faits divers – Justice

Suicides chez France Telecom : "Les anciens dirigeants ont du sang sur les mains"

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Par , France Bleu Poitou

Dix ans après la vague de suicides à France Télécom, l'ancien patron de l'opérateur, Didier Lombard, et six cadres de l'entreprise sont jugés à partir du lundi 6 mai à Paris pour "harcèlement moral". D'anciens salariés poitevins témoignent de ce "management par la terreur".

Entre 2006 et 2008, 19 salariés de France Télécom se sont suicidés selon les juges.
Entre 2006 et 2008, 19 salariés de France Télécom se sont suicidés selon les juges. © Maxppp -

Poitiers, France

C'est un procès historique qui s'ouvre ce lundi 6 mai devant le tribunal correctionnel de Paris. Mis en cause pour leur responsabilité dans la vague de suicides de salariés de France Télécom à la fin des années 2000, l'ancien PDG du groupe, Didier Lombard, ainsi que six autres dirigeants dont l'ex-responsable des ressources humaines, comparaissent pour "harcèlement moral", une première en France pour une entreprise de cette envergure. 

"Lorsque l'ancien directeur des ressources humaines de France Télécom est parti à la retraite, je lui ai écrit une lettre dans laquelle je lui disais qu'il avait selon moi du sang sur les mains" (François Deschamps, délégué CFE-CGC)

Lors de la restructuration de l'opérateur public devenu un groupe privé, entre 2006 et 2010, au moins 19 salariés ont mis fin à leurs jours, selon les juges d'instruction, tandis que les syndicats avancent le chiffre d'une soixantaine de suicides. 

"Par la porte ou par la fenêtre"

Benoît Sauvage, salarié de France Télécom depuis 1984, s'est porté partie civile au procès et il sera à Paris ce lundi pour la première audience. Ce délégué Sud d'Orange en Poitou-Charentes rappelle que les dirigeants de France Télécom souhaitaient alors supprimer 22.000 postes en deux ans, "sans payer de plan social".

"Didier Lombard avait déclaré devant un par-terre de cadres de France Télécom qu'il ferait les 22.000 départs d'une façon ou d'une autre, par la fenêtre ou par la porte ! (...) Nous avions des suicides toutes les semaines, un salarié se jetait d'un pont depuis une voiture de France Télécom, ou une autre employée qui a appelé une représentante du syndicat Sud en lui disant qu'elle était au bord d'un chemin de fer et qu'elle allait se jeter sous un pont" (Benoît Sauvage, Sud Orange)

"Ce procès qui arrive enfin c'est celui d'un harcèlement moral institutionnalisé au plus haut niveau", explique Benoît Sauvage. Cette mutation culturelle du service public à la logique financière du privé s'est accompagné de "restructurations incessantes et de pressions permanentes, des salariés changeaient parfois quatre fois par an de poste". "Des techniciens se retrouvaient sur un plateau téléphonique dans un centre d'appel!"

"C'était marche ou crève (...) J'ai vraiment mal vécu toute cette période, il y avait des collègues qui se suicidaient par pendaison, un employé de Mérignac, Rémy Louvradoux, s'est immolé par le feu sur le parking de l'agence France Télécom" (Brigitte, CGT Orange)

Un procès pour l'exemple

Ancienne de France Télécom, Brigitte travaille aujourd'hui à Poitiers au service clients d'Orange. "Dans le Poitou, nous n'avons pas eu de suicide mais le malaise au travail était quand même la règle", raconte cette déléguée CGT du groupe dans le Sud-Ouest.

"J'ai prévenu ma hiérarchie que la situation était explosive et de fait, six mois après, ça a explosé" (François Deschamps, CFE-CGC)

Ancien manageur de France Télécom, désormais DRH et représentant CFE-CGC pour la région Sud-Ouest, François Deschamps, affirme avoir "découvert une situation absolument épouvantable dans un centre d'appel où quatre salariés sur cinq avaient été mutés de force (...) J'en ai parlé à ma direction qui m'a renvoyé dans mes buts, une fois, deux fois, trois fois, ils me répondaient, - on ne t'a pas fait venir ici pour entendre ce genre de propos." 

Elle aussi mutée contre son gré, Brigitte espère que ce procès permettra de libérer la parole afin que "ça ne se reproduise pas". "Aujourd'hui encore, vous avez des milliers de suppressions de postes chez Orange, alors c'est peut-être moins brutal qu'il y a dix ans, mais on ne compte plus les salariés en burn-out", affirme Benoît Sauvage. Le procès de la vague de suicides à France Télécom doit durer jusqu'au 12 juillet.

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