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Faits divers – Justice

Superphénix : il y a quarante ans, Vital Michalon mourrait en manifestant contre la centrale nucléaire

lundi 31 juillet 2017 à 4:00 Par Virginie Salanson et Céline Loizeau, France Bleu Drôme Ardèche, France Bleu Isère et France Bleu

C’était il y a 40 ans exactement. Le 31 juillet 1977, lors d’une manifestation à Creys-Malville (Isère) contre le surgénérateur Superphénix, Vital Michalon mourrait au cours d'affrontements avec la police. Le professeur a reçu une grenade offensive en pleine poitrine et mourra d'un arrêt cardiaque.

Vital Michalon, photographié le 31 juillet 1977, il vient de recevoir une grenade offensive en pleine poitrine, il ne survivra pas.
Vital Michalon, photographié le 31 juillet 1977, il vient de recevoir une grenade offensive en pleine poitrine, il ne survivra pas. - "Aujourd’hui Malville demain la France : Livre Noir"

Creys-Mépieu, France

Ce 31 juillet 1977, 60.000 anti-nucléaires manifestent sous la pluie à Creys-Malville, en Isère, contre la construction du surgénérateur Superphénix***. En face, 5000 membres des forces de l'ordre sont chargés de défendre le site à tout prix. La manifestation dégénère quand des militants écologistes tentent de pénétrer dans la zone interdite. Parmi les manifestants, Vital Michalon, un jeune professeur de physique drômois de 31 ans. Il reçoit une grenade offensive en pleine poitrine. Un médecin tente de le réanimer : massage cardiaque, perfusion, bouche-à-bouche... en vain.

Cette tentative désespérée de sauvetage a lieu dans la ferme de la famille François. Opposée à Superphenix, elle avait proposé aux organisateurs de la manifestation que leur ferme accueille un des postes de secours. Maurice a 48 ans à l'époque. Il s'attend à voir arriver des blessés, mais pas de mort. Il se souvient très bien de la réaction du médecin. "Je m'en rappelle il est rentré dans la cour et il m'a dit 'Ils l'ont tué!'. C'est des images qui restent dans le cerveau" raconte-t-il.

"Le médecin s'est penché sur le corps de Vital Michalon, il a dit "ils l'ont tué!' et a ajouté "si vous m'amenez un CRS blessé maintenant, je l'achève !"

Le fils de Maurice François, Yves, est aussi à la ferme avec le médecin quand le corps de Vital Michalon arrive. "Il a regardé son corps, trois secondes, il s'est relevé et a dit "si vous m'amenez un CRS blessé, je l'achève !" se rappelle-t-il, encore pris par l'émotion. "Quand vous entendez un médecin dire ça je peux vous garantir que vous êtes marqué à vie" assène Yves.

La ferme de la famille François, poste de secours, accueillera l'équipe médicale qui tentera de sauver Vital Michalon.  - Aucun(e)
La ferme de la famille François, poste de secours, accueillera l'équipe médicale qui tentera de sauver Vital Michalon. - "Aujourd’hui Malville demain la France : Livre Noir"

→ À lire aussi : EN IMAGES - Il y a quarante ans, les émeutes à Creys-Malville contre le projet de centrale nucléaire Superphénix

"Ce sont des images presque de guerre que je ne peux pas oublier" - Jean-Michel Asselin

Jean-Michel Asselin lui était au cœur de la manifestation en tant que militant écologiste. Il avait 25 ans "ce sont des images presque de guerre que je ne peux pas oublier" décrit-il. "Nous espérions une manifestation non-violente mais, en fait, il y a plein de choses qui ont dégénéré. Parmi les manifestants, il y avait des groupes violents et le pouvoir, à l'époque, était extrêmement violent aussi. C'était disproportionné" se souvient-il.

"Le pouvoir, à l'époque, était extrêmement violent (...) C'était disproportionné" - Jean-Michel Asselin

Yves François a encore en mémoire les heures qui ont suivi. "On entendait à la radio, un jeune manifestant est mort de crise cardiaque. On se dit, mais où je suis, dans quel pays?? (...) Y a quelqu'un qui vient de se faire tuer par une grenade offensive et on dit que c'est une crise cardiaque !". Alors que, tient à rappeler Yves François, Vital Michalon était un pacifiste.

Vital Michalon était un militant anti-nucléaire pacifiste rappellent ses proches depuis quarante ans. - Aucun(e)
Vital Michalon était un militant anti-nucléaire pacifiste rappellent ses proches depuis quarante ans. - "Aujourd’hui Malville demain la France :Livre Noir"

Roland Desbordes, président de la CRIIRAD, (la Commission de Recherche Indépendante sur la Radio Activité) était étudiant à Grenoble à l'époque. Il a participé à la manifestation avec des copains anti-nucléaires, comme lui.

"Le quadrillage des forces de l’ordre était terrible. On était pris en étau" - Roland Desbordes, président de la CRIIRAD

Il était non loin du lieu où Vital Michalon est mort, mais ne le connaissant pas. Il explique que "le quadrillage des forces de l’ordre était terrible. On était pris en étau. Tout avait été fait pour qu’on ne s’approche pas du site". Il évoque "le matériel de guerre" des gendarmes et des CRS.

"Cet épisode a mis en stand bye tous les combats anti-nucléaire"

Ce jour du 31 juillet 1977, c'est la première fois en France qu'un manifestant meurt lors d’une manifestation écologique. Deux manifestants et un policier seront mutilés, quatre autres CRS blessés grièvement. Pour Roland Desbordes, cet épisode a mis un coup d'arrêt à la mobilisation contre Superphenix et plus largement"a mis en stand bye tous les combats anti-nucléaire", le préfet de l’Isère de l’époque "a réussi son coup, à museler le mouvement anti-nucléaire" poursuit-il. Comme beaucoup, Roland Desbordes avoue à l’époque "ne pas vouloir risquer de perdre sa vie pour cette cause". Ce qui s'est passé ce jour là de l'avis de beaucoup a mis un coup d'arrêt à la mobilisation contre Superphenix et plus largement au combat anti-nucléaire. Le mouvement reprendra en 86 avec la catastrophe de Tchernobyl.

Il faudra la catastrophe de Tchernobyl, en 1986, pour réveiller, à nouveau, les esprits anti-nucléaires.

***Le surgénérateur Superphénix est mis à l'arrêt en 1997 sur décision du gouvernement Jospin. Il aura fonctionné seulement 30 mois en 11 ans en raison de nombreux dysfonctionnements. Son démantèlement est toujours en cours aujourd'hui.