Faits divers – Justice

Le supporter de Montpellier blessé à l'œil en 2012 aurait été victime d'une bavure policière

Par Elisabeth Badinier, France Bleu Hérault et France Bleu mardi 30 août 2016 à 20:20

Maitre Corbier, l'avocat du Florent Castineira
Maitre Corbier, l'avocat du Florent Castineira © Maxppp -

La justice a pu visionner la vidéo surveillance le soir où un supporter du club de foot de Montpellier a été blessé par un tir de flashball de policier. La thèse de la police ne tient plus, selon son avocat, qui affirme : "C'est une bavure policière".

Le supporter du MHSC de Montpellier grièvement blessé à l’œil en 2012 a peut-être été victime d'une bavure policière.

Ce mardi matin, la justice a enfin pu visionner officiellement les images de vidéo-surveillance de cette soirée du 21 septembre aux abords du stade de la Mosson. Des incidents avaient opposé les supporters et les forces de l'ordre en marge d'un match entre le MHSC et Saint-Etienne.

La thèse officielle était que Florent Castineira, 21 ans, avait été touché d'un tir de flashball pendant ces incidents. Et qu'il avait fallu faire usage de la force pour calmer la foule. Le policier avait été blanchi par l'IGPN. La thèse de la légitime défense était alors évoquée.

Mais les images montrent que le jeune homme a été blessé avant ces incidents, poursuivi par un policier. C'est toujours ce qu'avait déclaré la victime qui n'avait jamais été prise au sérieux.

Michaël Corbier,  l'avocat de Florent Castineira a raconté à France Bleu Hérault ce qu'on voit sur ces images.

"Les échauffourées interviennent 18 minutes après que Florent a été blessé."

"Les vidéos étaient au dossier depuis déjà un certain temps, mais ça fait quatre ans qu'on se bat pour les visionner. Ce qui a été fait ce mardi. Les images sont conformes à la chronologie donnée par Florent Castineira depuis le soir de sa blessure. On voit sur ces images des policiers à la poursuite d'un homme puis une interpellation au milieu de quelques supporters, mais il n'y a aucun mouvement de foule, aucune agitation à ce moment-là."

"Quelques secondes après, une minute au grand maximum, on voit Florent Castineira qui est exfiltré par quatre de ses camarades porté sur les épaules, il vient d'être blessé. On voit ensuite une attente interminable de 17 ou 18 minutes avant qu'il soit pris en charge par les pompiers alors qu'on est aux abords du stade de la Mosson et que les pompiers sont à 200 mètres. Et on voit enfin des échauffourées entre certains supporters et des policiers 25 minutes après que Florent Castinaira a été blessé."

"La version que nous donnons depuis le début - les échauffourées ont été des réactions à l'agression dont a été victime Florent Castineira - est confirmée par les images. Et la version des policiers - les tirs de flash ball étaient nécessaires pour faire cesser les exactions - est parfaitement contredite par les images."

"Nous savions ce que nous allons voir. On ne s'est pas battu pour rien parce qu'il y avait déjà un procès verbal dressé par un brigadier qui avait déjà eu accès aux images et qui retraçait exactement cette chronologie. Nous sommes dans la confirmation de ce que nous dénoncions depuis le début."

"Les images sont conformes à ce que nous disons depuis le début"

"Nous sommes clairement dans une bavure policière."

"On voit les policiers courir pour interpeller l'individu. Il ne m’appartient pas de contester ou de légitimer cette intervention policière, mais ce que je peux affirmer c'est que cette intervention a lieu au cœur d'un groupe de personnes calmes, personne ne bouge, personne ne court, il n'y a pas d'objets lancés de part et d'autres, il n'y a pas de policiers malmenés. Rien de ce qui a été annoncé depuis le début. C'est 25 minutes après la blessure de Florent alors que celui-ci a été exfiltré par ses camarades et alors qu'il se trouve entre deux camions de policiers, que en réaction à cette grave blessure, certains supporters ont voulu en découdre avec les forces de l'ordre.

"Aucun policier n'a été malmené"

"Une bavure c'est toujours possible, mais ce qui est inacceptable c'est le sort qu'on réserve à mon client."

"Chacun va devoir prendre ses responsabilités. Florent Castineira a été victime d'une bavure, ce qui est acceptable dans une société démocratique dans laquelle on a besoin de sa police. Ce qui est parfaitement inacceptable, c'est le sort qu'on lui réserve depuis quatre ans, les trois juges d'instruction qui se sont succédés, une bataille judiciaire de quatre années pour pouvoir accéder à ces images, c'est le sentiment d'être considéré comme un coupable, comme l'auteur d'une infraction et pas comme une victime. Ça c'est inacceptable."

"Pas un mot d'excuse, pas un mot de réconfort."

"Chacun doit donc prendre ses responsabilités. La justice d'abord, en continuant le travail à un rythme un peu plus rapide et puis peut-être que ce policier qui est l'auteur de ce tir de flashball prenne ses responsabilités. Florent Castineira n'a pas eu un mot d'excuse, une phrase de réconfort de la part de celui qui l'a blessé."

"Il a été traité comme un coupable"

"Aujourd'hui le policier affirme que ce n'est pas lui qui a tiré. Ça nous laisse pantois"

"Ce mardi matin dans le bureau du juge, le policier a dit que ce n'était pas lui qui avait tiré. Jusque-là, on avait la thèse de la légitime défense pour faire cesser les violences des supporters, le premier réquisitoire soutenait de cette thèse. Un tir volontaire mais qui avait atteint accidentellement Florent Castineira. Et ce mardi matin le policier nous sort comme ça qu'il n'est pas l'auteur du tir, ce qui nous a laissé complètement assis. Florent Castineira a bien été victime d'un tir direct de flashball, c'est le médecin légiste qui le dit.

"On le sait qu'il n'y a qu'un seul tireur, et que ce tireur a utilisé une seule munition, cela ressort des positions de l'armurier du commissariat central et là on est face à une nouvelle position du policier qui nous laisse pantois. Dire en fin de séance qu'il n'est pas l'auteur du tir, sans autre explication, j'avoue que c'est un peu court, cela mérite de la part de la justice des investigations supplémentaires."

"Il n'y a eu qu'un seul tireur, et une seule balle"

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