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Suspicion de viols à l'école de Villefontaine : comment recueillir la parole des enfants?

Par Virginie Salanson et Axelle Labbé, France Bleu Isère mardi 31 mars 2015 à 6:00

La BPDJ utilise des jouets pour recueillir le témoignage des enfants
La BPDJ utilise des jouets pour recueillir le témoignage des enfants © Radio France - Axelle Labbé

Une semaine après le choc provoqué par l'arrestation du directeur de l'école du Mas de la Raze, à Villefontaine, soupçonné de viol sur plusieurs de ses élèves, France Bleu Isère vous propose de comprendre comment est recueillie la paroles des enfants dans ce genre de cas.Reportage à la gendarmerie.

La semaine dernière, le directeur de l'école élémentaire du Mas de la Raze, à Villefontaine (Isère), a été mis en examen pour "viols aggravés et agressions sexuelles sur mineur, acquisition et détention d'images pédopornographiques". Ce sont d'abord les parents de deux fillettes qui ont déposé plainte, mais au total les familles d'au moins vingt-cinq enfants se sont manifestées auprès des enquêteurs. Tous ces enfants vont être auditionnés par la BPDJ, la Brigade de Prévention de la Délinquance Juvénile, dont les locaux se situent dans l'enceinte de la gendarmerie de L'Isle-d'Abeau. Des enquêteurs spécialement formés y reçoivent chaque année 150 à 200 mineurs , tous victimes d'agressions sexuelles ou de maltraitance.

▼ PHOTOS :  Voir notre diaporama en bas d'article▼

FBI BPDJ

Les familles entrent par une porte séparée dans les locaux de la brigade de prévention de la déliquance juvénile, pour éviter de croiser d'autres gens. Ici pas de guichet ou d'hygiaphone à l'accueil, mais un coin salon avec fauteuil, canapé et des jeux de société. Les familles sont reçues par le gendarme qui va procéder à l'audition, autour d'un café ou d'un thé, pour leur expliquer comment va se dérouler l'entretien.

Il a lieu dans une salle dédiée, appelée "salle Mélanie " (du nom de la première petite fille entendue dans le cadre de cette procédure au Canada), et tout est filmé.

Laisser l'enfant s'exprimer

Sur les murs jaunes, des dessins d'animaux, d'avions, de prairie. Des jouets, des poupées, des nounours sont à disposition. Les gendarmes travaillent en binôme : pendant qu'un enquêteur écoute l'enfant, un autre, derrière une vitre sans tain, pilote une petite caméra fixée dans un angle de la pièce . "Il faut que l'enfant dise lui même les choses" , explique l'adjudante Marianne Gronier, "ce n'est pas nous qui posons des questions fermées, il faut que lui même exprime ce qu'il a vécu, ce dont il se souvient. Il a aussi le droit de ne pas se souvenir et de le dire. À nous, ensuite, de savoir s'il s'agit de gêne ou d'autre chose" .

Tous les entretiens sont filmés et enregistrés

Certains élèves de la classe de CP de Villefontaine ont déjà été entendus, les autres le seront dans les semaines à venir. Ils n'ont que six ans, pas facile à cet âge de nommer les choses. D'autant plus que, selon les témoignages de certains parents, ils étaient très attachés à leur instituteur. Et pourraient donc avoir peur de lui faire du tort. "Est ce qu'ils vont cacher ou pas des choses pour faire en sorte que le maître ne soit pas puni? Je ne peux pas vous le dire à l'avance" , détaille l'adjudant chef Frédéric Dardun, qui dirige la BPDJ. "J'ai rarement vu d'enfant qui mente, qu'ils cachent des choses, peut-être, mais ce sera à l'enquête de faire la part des choses" .

Tous ces entretiens sont ensuite mis par écrit, une minute de vidéo représente dix minutes de travail pour la retranscription. C'est très long, mais indispensable pour être ensuite transmis, avec le DVD, au juge d'instruction en charge du dossier.

→  Notre dossier "Affaire de pédophilie à l'école de Villefontaine"

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