Faits divers – Justice DOSSIER : L'affaire de pédophilie à l'école de Villefontaine

Suspicion de viols à l'école de Villefontaine : "tous les enfants savaient ce qu'il se passait" (parents)

Par Virginie Salanson et Axelle Labbé, France Bleu Isère mercredi 25 mars 2015 à 13:07 Mis à jour le mercredi 25 mars 2015 à 18:25

Villefontaine :  viols  élèves  neuf plaintes déposées, réunion parents d'élèves 25 mars 2015
Villefontaine : viols élèves neuf plaintes déposées, réunion parents d'élèves 25 mars 2015 © Radio France - Axelle Labbé

Les parents d’élèves se sont réunis mercredi à l’école de Villefontaine(38). La veille,le directeur de l'école a été mis en garde à vue pour suspicion de viols sur mineurs. Neuf familles ont déjà déposé plainte, mais les parents, effarés, ont découvert que les victimes seraient bien plus nombreuses.

Après le choc des révélations, lundi, les parents d'élèves cherchent aujourd'hui à comprendre ce qui a pu se passer.

Comment ces faits ont-ils pu se produire? Comment un directeur d'école primaire peut-il être soupçonné d'avoir violé ces élèves pendant près de quatre mois sans que personne ne s'en aperçoive? Pourquoi aucun filtre ou garde-fou n'a fonctionné dans cette histoire ?

>> Notre dossier "Affaire de pédophilie à l'école de Villefontaine"

Traumatisés, les parents d’élèves se sont réunis toute la matinée, mercredi, à l’école du Mas de la Raz, à Villefontaine, dans le Nord Isère. Une cellule d’aide psychologique, composée de médecins et de psychologues, a répondu à leurs questions pendant plusieurs heures.Les parents en sont ressortis glacés par ce qu’ils ont entendu. Beaucoup avaient les yeux rougis. Le choc est tellement intense qu’ils ont encore du mal à y croire.

Quasiment tous les élèves de la classe concernés par les viols

Les fellations étaient imposées à quasiment tous les élèves de la classe du directeur, une trentaine en tout. Pire encore, tous les enfants savaient ce qu’il se passait dans cette classe, expliquent les parents.Et ce n'était pas vraiment un secret dans l'école. En tout cas, pas pour les élèves. D’autres enfants, dans d’autres classes, étaient au courant des "jeux bizarres" imposés par le directeur.

Villefontaine suite SON

"Cétait un sujet de discussion à la cantine" raconte, incrédule, le père d’une des victimes.* "Comment se fait-il qu’aucun adulte n’ait prêté attention à ce que les enfants racontaient"* , demande-t-il encore, éberlué.

"Aucun adulte n'a rien vu ni entendu, comment est-ce possible??"

Plusieurs parents ont aussi expliqué que, paradoxalement, aujourd'hui, leurs enfants s’inquiètent pour leur maître. Les parents pensent qu’ils souffrent du syndrome de Stockholm. Ce phénomène psychologique pousse les victimes à éprouver de l’empathie pour leur bourreau. "Mon fils a été entendu par les gendarmes et il a fait un dessin à son instituteur pendant l’audition" , raconte un papa, atterré.

Le directeur du Mas de la Raz est entendu par un juge d’instruction depuis ce mercredi matin, à Grenoble. Il sera probablement mis en examen dans la journée.

Une tristesse infinie et une terrible colère

De leur côté, les parents ont décidé de monter une association et ils cherchent un avocat pour les défendre. Ils envisagent en effet de se retourner contre l’Éducation nationale, le ministère de la Justice et la mairie de Villefontaine.

 Villefontaine : la mairie a décidé de se constituer partie civile - Radio France
Villefontaine : la mairie a décidé de se constituer partie civile © Radio France

De son côté, Raymond Feyssaguet, le maire de Villefontaine, a annoncé que la mairie allait se constituer partie civile, à l'encontre du directeur, mais aussi de l'Éducation Nationale. Il compte également ouvrir une enquête interne, pour savoir si, comme l'ont dit certains parents, les enfants ont évoqués les faits à la cantine, et si quelqu'un en a eu connaissance parmi le personnel municipal. 

Villefontaine suite SON / Feyssaguet

Le directeur de cette école primaire avait déjà été condamné en 2008 à six mois de prison avec sursis pour recel d'images pédopornographiques, mais l'inspection d'académie n'était pas au courant de ce passé judiciaire. Il avait donc été nommé à la rentrée 2014 à Villefontaine.

Après le choc, insupportable, puis la tristesse infinie et l'inquiètude sans fond, ce que les parents ressentent aujourd'hui, c'est tout simplement une terrible colère.

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