Faits divers – Justice

Témoignage d'un rescapé alsacien du Bataclan : pour oublier le drame, retourner dans les salles de concert

Par Corinne Fugler, France Bleu Alsace, France Bleu Elsass et France Bleu lundi 7 novembre 2016 à 6:00

Thomas Schneider avec Jesse Hughes, chanteur et guitariste  du groupe "Eagles of Death Metal"
Thomas Schneider avec Jesse Hughes, chanteur et guitariste du groupe "Eagles of Death Metal" - document remis parThomas Schneider

Thomas Schneider était au Bataclan le vendredi 13 novembre 2015, lors de la fusillade qui a fait 90 victimes. Fan du groupe "Eagles of Death Metal", il était venu tout exprès à Paris pour ce concert. Le jeune Haguenovien a réussi à s'enfuir, mais l'évènement, bien évidemment, l'a fortement marqué.

Thomas Schneider, un Haguenovien de 25 ans, avait pris congé ce vendredi 13 novembre 2015 pour voir le groupe californien au Bataclan. Ce fan de longue date du groupe "Eagles of Death Metal", avait le sentiment de faire partie des "happy few", des quelques privilégiés qui suivaient les rares concerts d'EODM en Europe. "C'était mon groupe préféré, personne ne le connaissait, on était fier de le connaître!" Depuis, le jeune homme a eu l'occasion de rencontrer les deux musiciens lors du concert organisé à Paris, à l'Olympia, en février dernier, puis lors d'un festival au Luxembourg en août : "on a pu discuter avec eux, ce sont des mecs géniaux, maintenant ils font un peu partie de la famille...".

Retourner à tout prix dans les salles de concert

Le fan de rock est rapidement retourné voir des concerts, pas question de s'enfermer après le drame du Bataclan : "J'ai fait autant de concerts cette année que durant toute ma vie". Cependant il s'installe toujours aux mêmes endroits: "on fait un peu d'hyper-vigilance, on est toujours prêt à anticiper". Il repère les sorties de secours ou s'installe à proximité de la scène.

Le Bataclan à Paris - Maxppp
Le Bataclan à Paris © Maxppp - .

Avec l'amie qui l'accompagnait ce soir là, Thomas Schneider a réussi à s'enfuir sans être blessé, mais l'évènement, évidemment, l'a fortement marqué. Lors du concert du 13 novembre, ils étaient placés face à la scène, près des barrières, à trois mètres d'une issue de secours. La musique était forte, lors des premiers coups de feu, les deux jeunes Alsaciens ont cru qu'il s'agissait de pétards. "On s'est retourné, on a vu ce qu'il se passait, les gens qui tombaient, les flashes des kalachnikovs." Ces images violentes ont laissé des blancs dans ses souvenirs. Thomas Schneider se souvient avoir couru vers la sortie, "on a enjambé des barrières et des corps."

Rassurer les proches

Une fois dehors, passage St-Pierre-Amelot, ils ont pu s'abriter dans un immeuble. Ils été accueillis dans un appartement avec d'autres spectateurs échappés du Bataclan. Après avoir rassuré leurs parents et amis, ils ont suivi les évènements à la télévision. Pressé de retrouver ses proches, le jeune Alsacien a écourté son séjour à Paris et repris le train dès le samedi 14 novembre. Il a été bloqué un long moment gare de l'Est en raison du déraillement de la rame de TGV près Eckwersheim. Un évènement qui a suscité de nouvelles émotions, puisque les voyageurs n'ont pas su tout de suite s'il s'agissait d'un accident ou d'un attentat.

Une deuxième vie

Aujourd'hui, Thomas Schneider profite de chaque moment qui lui est offert: "il faut vivre pour ceux qui sont tombés". Il s'est rapproché de l'association "Life for Paris" qui réunit des rescapés des attentats, association au sein de laquelle il s'est fait des amis avec qui il peut évoquer les évènements de novembre 2015. "Life for Paris" assiste aussi les rescapés dans leurs démarches judiciaires dans leurs demandes d'indemnités. Ceux-ci ont pu bénéficier récemment d'un premier versement.

L'interview de Thomas Schneider