Faits divers – Justice

TÉMOIGNAGE | “Il faut prendre en compte la colère et le désarroi” des policiers

Par Xavier Demagny, France Bleu Isère mercredi 14 octobre 2015 à 0:31

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police illustration © Radio France

En Isère, comme partout en France, les policiers se mobilisent. Des gardiens de la paix aux gradés et commissaires, ils se rassembleront à Paris ce mercredi midi, devant le ministère de la Justice. En Isère, ceux qui ne font pas le déplacement seront devant le Tribunal de grande instance.

Tous les jours, “on a l'impression de mettre des coups d'épée dans l'eau”. Ces mots sont ceux de Sophie (le prénom a été changé), gardien de la paix, à Grenoble. La trentaine, elle travaille au commissariat et elle voit tous les jours les difficultés de ses collègues face à la justice, au système actuel. Et elle a accepté de nous raconter son quotidien. Aujourd'hui, la situation des policiers est délicate. “Le plus gros problème” dont ils souffrent, dit-elle, c'est le “manque de considération” pour leur travail. De la part des citoyens, de leur hiérarchie mais aussi des autres institutions et notamment de la justice. 

Manque de moyen, insécurité au travail, efforts inutiles

Ce mouvement des policiers français, il fait suite à cette fusillade, le 5 octobre dernier, en Seine-Saint-Denis. Un policier de la BAC a été blessé. Il s'agissait d'un détenu en cavale qui n'avait pas regagné sa prison après une permission. À Grenoble, le dernier épisode en date, c'était au début du mois d'octobre : ce caillassage en règle d'une patrouille dans le quartier Mistral.

INTERVIEW | Le témoignage de Sophie, gardien de la paix à Grenoble

À Grenoble, “il y a des zones de non-droit, des quartiers où il faut être à tout prix nombreux. On est tous pareils, on veut rentrer à la maison le soir”, explique Sophie. “C'est les zones sensibles, on va faire des contrôles en dehors, il ne faut pas créer d'émeutes. Et puis on est souvent la cible de jets de pierres, au minimum.”

“C'est épuisant, c'est fatiguant. On fait notre travail, mais on est un peu désabusés.”

– Sophie, gardien de la paix à Grenoble

La policière d'une trentaine d'année ne se décourage pas pour autant : “C'est épuisant, fatiguant. On aime notre métier donc on le fait au mieux (...) avec toujours de l'envie et de la passion. Même si ça chauffe, on y va quand même”.  

Yannick Biancheri, secrétaire départemental isérois du syndicat Unité-SGP Police

Le raz-le-bol est général chez les policiers : manque de soutien de leur hiérarchie. La justice qui ne suit pas derrière et qui anéantit trop souvent leurs efforts sur le terrain. Ils réclament aussi plus de moyens pour intervenir dans certains quartiers sensibles. “Quand on voit toute l'implication qu'il faut dans une enquête et que la réponse judiciaire ne suit pas derrière... La justice fait avec ses moyens, mais quand quelqu'un est condamné et qu'il n'y a pas de mandat de dépôt, on a des questions à se poser.” “On peut pas faire plus avec moins. Avec le plan Vigipirate renforcé, on nous demande de faire des heures. À un moment, la corde s'use” souligne Yannick Biancheri, secrétaire départemental du syndicat majoritaire en Rhône Alpes, Unité-SGP-Police.  

“Il y a eu les attentats, ça a bougé, et puis là, tout est retombé. La fonction de policier, tout le monde s'en moque” 

– Sophie, gardien de la paix à Grenoble

L'état de grâce du 11-Janvier n'a pas duré longtemps, pour Sophie. Selon elle, même si les Français ont été nombreux à remercier les forces de l'ordre après les attentats à Charlie Hebdo, le 7-Janvier, puis les manifestations quelques jours plus tard, les gens ont oublié. “A mon sens, l'état de grâce est retombé. (...) Depuis, la fonction de policier est mise à mal, piétinée. Moi, ça fait longtemps que je râle et que je dis, il faut que l'on fasse quelque chose. Qu'on fasse voir que ça ne va pas bien, qu'on prenne en compte notre colère et notre désarroi.” 

Une mobilisation exceptionnelle

Ils sont une trentaine de policiers isérois à avoir fait le déplacement à Paris ce mercredi. Le reste doit se mobiliser à midi, devant le Tribunal de grande instance de Grenoble. Ceux qui ne peuvent pas faire le déplacement sur leurs jours de congé, car les policiers n'ont pas le droit de grève. 

Police / Justice : la rupture   - Radio France
Police / Justice : la rupture © Radio France - Sandrine Morin

Fait rarissime, tous les syndicats ont appelé au rassemblement. Gardiens de la paix, mais aussi les officiers et les commissaires. Cela fait depuis 2001, qu'il n'y a pas eu une telle mobilisation. L'objectif est d'obtenir un rendez-vous auprès de François Hollande. Les policiers veulent obtenir des engagements directement de la part du Président de la république.