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Faits divers – Justice

TÉMOIGNAGE - "Jamais on aurait cru vivre ça en France" racontent les Marocains exploités d'Aigurande

jeudi 2 août 2018 à 19:28 Par Valentine Letesse, France Bleu Berry

L'audience en référé, au Conseil des Prud'hommes de Chateauroux, des quatre bûcherons marocains d'Aigurande dans l'Indre s'est tenue ce jeudi 2 août. Ils ont témoigné du calvaire qu'ils ont vécu pendant quasiment un an, de juin 2017 et mai 2018. Selon eux, leur employeur les a exploités.

De gauche à droite, Driss, Rachid, Ahmid et Mustapha disent avoir été exploités à Aigurande.
De gauche à droite, Driss, Rachid, Ahmid et Mustapha disent avoir été exploités à Aigurande. © Radio France - Valentine

Châteauroux, France

Il y avait une certaine émotion ce jeudi sur les marches du palais de Justice de Châteauroux. Quatre bûcherons marocains attaquaient leur employeur aux Prud'hommes. En plein soleil, Mustapha, l'un des ces bûcherons, craque. "C'est parce que sa femme et ses trois filles sont au Maroc", souffle l'un de ses amis. Jamais ces Marocains auraient cru vivre une telle situation en France. "On connait la France comme le pays des droits de l'homme c'est pour ça qu'on est venu dans ce pays. Pas en Espagne ou autres !", lance Rachid.

"On lui demandait quand est-ce qu'on allait être payé. Du coup, il nous menaçait en disant : si vous me reposez ces questions là, je vais arrêter vos papiers." - Ahmid, l'un des bûcheron marocain.

D'après les quatre hommes, leur employeur leur a fait vivre l'enfer à Aigurande. Ahmid, raconte : "il nous exploitait, il ne voulait pas nous payer alors qu'on travaillait tous les jours. Même le samedi et le dimanche. Alors on lui demandait quand est ce qu'on allait être payé. Du coup, il nous menaçait en disant : si vous me reposez ces questions là, je vais arrêter vos papiers. Vous allez rentrer chez vous". Pour un an de travail, l'un d'entre eux a touché 2 100 euros, le second moins de 1 700 euros.

Les habitants d'Aigurande solidaires

Leur famille, leurs enfants sont tous au Maroc. Pourtant devant le tribunal, ils ne sont pas seuls. Une vingtaine d'habitants d'Aigurande sont venus les soutenir, parmi eux François qui n'en revient toujours pas. "C'est juste incroyable. [...] On entend parler de cauchemar, de gens bringuebaler dans des zones de guerre. Et puis finalement ça se passe en face de chez nous... À coté. À la campagne. Quand on l'a sous les yeux : on est concerné" explique l'habitant. Avec d'autres, ils apportent depuis plusieurs semaines de quoi manger et vivre aux quatre hommes. 

"C'est juste incroyable. [...] On entend parler de cauchemar, de gens bringuebaler dans des zones de guerre. Et puis finalement ça se passe en face de chez nous... À coté. À la campagne." - François, un habitant d'Aigurande.

La présence de ses voisins touche particulièrement Ahmid, qui déclare, larmes aux yeux, "ça, c'est l'état de droit. Ces gens là ils ont participé à faire éclater la vérité. Ils refusent que des choses comme ça se passent chez eux. Alors je suis fier d'être soutenu par ces personnes et d'être avec eux".  Ils sont sortis du tribunal sans garanti. Mais ils ont confiance "en la justice française" et disent-il, "on va continuer jusqu'à la fin".

Une vingtaine d'habitants d'Aigurande ont manifesté leur soutien devant le Palais de Justice de Chateauroux. - Radio France
Une vingtaine d'habitants d'Aigurande ont manifesté leur soutien devant le Palais de Justice de Chateauroux. © Radio France - Valentine Letesse

Quelle est la défense de l'employeur ? 

L'avocat de l'employeur, un immigré turc, insiste sur le fait que tout est en règle. Ce sont des travailleurs déclarés, il leur a fait signer des contrats et surtout : il ne conteste pas les faits. Le patron n'a pas versé la somme totale de leur salaire il le reconnaît. Mais alors, pourquoi ?

Son avocat, Daniel Guiet, explique que "l'employeur avait fait l'avance de 12 000 euros à deux d'entre eux, pour leur permettre de s'installer. Bien entendu il s'agissait d'une avance qu'il convenait de rembourser. Sauf que les quatre personnes en question n'ont pas remboursé ces sommes. Et il était convenu devant notaire avec traducteur, acte notarié signé par les intéressés, qu'une somme de 500 euros devait être remboursée chaque mois". L'employeur a donc fait une déduction sur salaire. En a t-il le droit ou pas, ce sera aux juges du Conseil des Prud'hommes de le dire. 

Une avance sur salaire de 24 000 euros en espèces

En attendant, il n'y aucune trace d'un chèque ou d'un virement de la somme. Les 12 mille euros qui auraient été donnés à deux des bûcherons marocains, donc 24 000 euros au total, auraient été versés en espèces. Les travailleurs eux, nient évidemment avoir eu cet argent entre les mains.

Leur avocat a demandé à la justice une provision de salaire pour ces hommes de plusieurs milliers d'euros. Le Conseil des Prud'hommes de Châteauroux rendra ce référé le 23 août. Reste à savoir quand sera jugé le fond et si des plaintes au pénal seront aussi déposées.

Les quatre bûcherons marocains d'Aigurande sont prêts à se battre. - Radio France
Les quatre bûcherons marocains d'Aigurande sont prêts à se battre. © Radio France - Valentine Letesse