Faits divers – Justice

Témoignage | "Les policiers sont aujourd'hui très fatigués"

Par Noémie Bonnin, France Bleu Gironde mercredi 14 octobre 2015 à 11:00

Les policiers sont mobilisés partout en France ce mercredi.
Les policiers sont mobilisés partout en France ce mercredi. © Radio France

A l'occasion de la mobilisation nationale des policiers ce mercredi, le secrétaire régional du syndicat de police Alliance a expliqué les raisons de la colère.

France Bleu Gironde : c'est une mobilisation très rare ce mercredi, de tous les syndicats, à chaque niveau hiérarchique, du personnel administratif jusqu'au commissaire. C'est vraiment le signe que c'est la crise à la police ?

Olivier Hourcau, secrétaire régional du syndicat de police Alliance : On peut dire ça comme ça. On a réussi à rassembler autour d'un soutien à notre collègue Yann gravement blessé la semaine dernière en Seine St Denis. Toutes les confédérations syndicales se sont unies derrière ce soutien, et derrière des décisions de justice que nous trouvons inacceptables et incohérentes, et derrière beaucoup d'autres choses : des conditions de travail qui se dégradent de plus en plus. Il faut se rappeler de 2001 : ça fait quatorze ans qu'on n'a pas eu de manifestation aussi unitaire dans la police nationale.

On parle des permissions de sortie pour les prisonniers, que demandez-vous précisément ? 

On ne veut pas stigmatiser Madame Taubira. On stigmatise la politique pénale, pratiquée par certains. On ne demande pas la suppression des permissions, on demande juste que quand des permissions sont données, il faut que le dossier soit connu et qu'on ne remette pas dehors des voyous qui s'évadent. Les policiers et les citoyens seront victimes d'agressions et autres, on demande que ces dossiers soient vraiment suivis de très près.

On ne veut pas stigmatiser Madame Taubira

— Olivier Hourcau, secrétaire régional du syndicat de police Alliance

Les juges rappellent que la plupart du temps, les permissions se passent bien, et qu'elles sont importantes pour ne pas casser le lien entre les prisonniers et la société, pour qu'ils puissent se réinsérer après. C'est important, aussi ? 

Oui, nous entendons ça. Mais aujourd'hui, des faits nous font rappeler que quand des permissions sont données à des délinquants multirécidivistes, ça peut se passer très mal. Ils essaient de se soustraire à la justice, et qui en pâtissent ? Les policiers, en premier lieu.

Donc il faudrait interdire de permissions ces multirécidivistes ?

Oui, pour certains, il faudrait que le juge d'application des peines, comme la commission qui délivre ces permissions prennent des décisions fermes vis à vis de ces délinquants multirécidivistes.

C'est un nouvel affrontement entre la police et la justice ? 

On n'est pas là pour stigmatiser la justice, on est là pour dire que le travail des policiers est anéanti parfois par certaines décisions.

Nous ne sommes pas opposés à la justice. Je pense que la justice, tout comme la police nationale a besoin de moyens, pour exercer ses missions. On n'est pas là pour stigmatiser la justice, on est là pour dire que le travail des policiers est anéanti parfois par certaines décisions. Quand les policiers font un excellent travail, qu'ils mettent hors d'état de nuire certains voyous, qui sont ensuite relâches par la justice, ce sont des décisions parfois incohérentes, que nous n'acceptons pas, mais est-ce que le citoyen lui-même les accepte ? Les citoyens et les policiers sont en contact de ces multirécidivistes au quotidien.

Le gouvernement a réagi assez vite, la semaine dernière après la fusillade en Seine-Saint-Denis, Christiane Taubira propose d'escorter les détenus les plus dangereux pendant leurs permissions, ça vous semble possible ?

C'est impossible ! C'est une ineptie. On ne peut pas mettre un policier derrière chaque permissionnaire. C'est impossible dans les faits, mais c'est aussi incohérent. On ne peut pas demander à des policiers qui font enfermer tous les jours des voyous de les suivre pendant les permissions. Un, on n'aura pas les moyens, deux, ce ne sont pas les missions des policiers, ce n'est pas leur métier.

Les policiers sont mobilisés depuis le mois de janvier, c'est vrai qu'ils sont aujourd'hui très fatigués.

Par cette journée de mobilisation, vous voulez aussi alerter sur vos conditions de travail, de manière plus globale. On sait que la police est très mobilisée depuis les attentats de janvier, sur la lutte anti-terroriste. Les policiers sont très fatigués par cette mobilisation ?

Effectivement, il y a toutes les conditions de travail sur l'ensemble de la France, comme sur la Gironde. Les policiers sont mobilisés depuis le mois de janvier, on n'arrête pas d'être utilisés, mais les conditions de travail se dégradent, les missions sont de plus en plus variées et c'est vrai que les policiers sont aujourd'hui très fatigués. On sent que la colère monte dans nos rangs. La goutte d'eau a fait déborder le vase la semaine dernière, mais au delà de ça ce sont nos conditions de travail du quotidien. C'est le manque de reconnaissance, c'est le manque de moyens humains et matériels, c'est tout un ensemble. C'est un climat très tendu au sein de la police nationale. Et on a reçu de multiples appels de soutien aujourd'hui. On ne veut pas stigmatiser l'opposition police/justice, mais on veut élever le débat et parler du quotidien du policier.