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TÉMOIGNAGES - Victimes d'inceste, ils se sont confiés à France Bleu pour briser la loi du silence

- Mis à jour le -
Par , France Bleu

Depuis début janvier, à travers le mot clé #MeTooInceste sur les réseaux sociaux, de nombreux Français racontent les violences sexuelles qu'ils ont subies dans le passé. Des témoignages qui ont trouvé écho sur les antennes de France Bleu, pour briser la loi du silence.

Les témoignages d'inceste se sont multipliés sur les réseaux sociaux depuis début janvier [photo d'illustration].
Les témoignages d'inceste se sont multipliés sur les réseaux sociaux depuis début janvier [photo d'illustration]. © Maxppp - PHOTOPQR/REPUBLIQUE DU CENTRE

Il s'est parfois passé 10, 20, 30 ou 40 ans avant qu'ils parviennent à se faire entendre : avec le #MeTooInceste, de nombreux Français témoignent des agressions sexuelles subies dans leur enfance. Une vague qui a déferlé début janvier après la publication du livre de Camille Kouchner "La Familia Grande", dans lequel elle dénonce son beau-père, le politologue Olivier Duhamel. Quelques jours plus tard, c'est avec le mot clé #MeTooGay que les homosexuels ont à leur tour dénoncé les violences sexuelles.

D'après un sondage Ipsos réalisé en novembre dernier, un Français sur 10 affirme avoir été victime de violences sexuelles durant son enfance.

Certains d'entre eux ont aussi trouvé la force de témoigner sur France Bleu. C'est le cas de Véronique, une Lavalloise de 49 ans, victime d'un père incestueux. Il a abusé d'elle et de ses deux sœurs pendant des années. Elle était l'invitée de la matinale de France Bleu Mayenne ce vendredi.

A l'époque, il n'y avait pas de réseaux sociaux, pas de numéro vert pour les enfants en danger, alors elle espère beaucoup du mouvement #MeTooInceste. Le père de Véronique a été condamné aux Assises en 2001 à sept ans de prison, il n'est resté que trois ans en détention. Il est mort en 2012.

Ce n’est pas à moi d’avoir honte. C’est à lui !

Une Bretonne âgée de 20 ans a également accepté de témoigner sur France Bleu Armorique pour lever ce tabou. La jeune femme a été violée par son oncle lorsqu'elle avait 12 et 15 ans. Une plainte a été déposée, Sarah espère qu’elle aboutira. 

La jeune femme veut sensibiliser le plus de monde et se libérer du fardeau "Ce n’est pas à moi d’avoir honte. C’est à lui ! Aujourd’hui encore, quand vous dites que vous êtes une victime d’inceste, on vous regarde avec pitié, avec dégoût parfois". Elle estime qu’il faut en parler aux parents, mais aussi aux enfants, à l’école, "comme on parle de harcèlement en cours d'éducation civique, il faut parler du consentement, c’est tellement important"

Non il n'y a pas de place pour le pardon, pas de place pour l'oubli, il faut s'indigner toutes les secondes, ne pas oublier les victimes. Ce n'est pas réparable.

Le député de l'Eure Bruno Questel s'est aussi exprimé sur France Bleu Normandie. Il est sorti du silence pour raconter le viol dont il a été victime à 11 ans. 

Le député de l'Eure Bruno Questel

"Je souhaitais à travers ce Tweet dire 'stop' à une forme de discours que je trouve insupportable, selon lequel à l'époque la liberté dans toute sa dimension pouvait justifier des débordements de la sorte. Quand on a été victime de ça, il n'y a pas une seconde où quelque chose, un fait, une parole, un geste, une nouvelle, ne vous ramène pas à cela. Y compris au moment précis. Ce sont des vies qui sont broyées, on vit avec ça toute sa vie. Non il n'y a pas de place pour le pardon, pas de place pour l'oubli, il faut s'indigner toutes les secondes, ne pas oublier les victimes. Ce n'est pas réparable".

Bruno Questel espère que les enfants victimes parleront et seront écoutés, aidés et soutenus.

Mon père a été condamné en 2001 à sept ans de prison. Pour trois victimes, ce n'est pas cher payé.

Cette libération de la parole est vue avec satisfaction par Ghislaine Pieux, victime d’inceste dans son enfance. Cette habitante de l'Yonne est devenue éducatrice et adjointe au maire de Sens. Elle s'engage auprès des victimes et a témoigné sur France Bleu Auxerre.

"Nous étions trois filles et les trois ont été victimes" - Ghislaine Pieux

"Je n'étais pas seule à être victime, nous étions trois filles et toutes les trois avons été victimes. Mon père a été condamné en 2001 à sept ans de prison. Pour trois victimes, ce n'est pas cher payé. Et il est sorti au bout de trois ans, explique-t-elle. Donc c'est vrai que c'est compliqué de comprendre, parce que nous on vit cela à vie. Moi, j'ai réussi à me reconstruire en majorité mais je n'ai pas réussi à construire de famille." Elle demande plus de moyens et notamment des structures dans tous les départements.

Elle plaide aussi pour qu’il n’y ait pas de limite de temps dans les poursuites judiciaires. Aujourd'hui, la prescription est de 30 ans, après la majorité de la victime.

Des mesures annoncées par Emmanuel Macron

Face aux nombreux témoignages, Emmanuel Macron a annoncé plusieurs mesures samedi sur Twitter. "Il nous faut adapter notre droit pour mieux protéger les enfants victimes d'inceste et de violences sexuelles", a précisé le chef de l'Etat, en indiquant avoir demandé au garde des sceaux Eric Dupont-Moretti et au secrétaire d'Etat à l'Enfance et aux Familles Adrien Taquet "de mener une consultation qui devra déboucher rapidement sur des propositions".

Il a aussi annoncé que "deux rendez-vous de dépistage et de prévention contre les violences sexuelles faites aux enfants - l'un au primaire, l'autre au collège - seront mis en place pour tous, dans le cycle de visites médicales obligatoires existantes" et que les "soins psychologiques des enfants victimes de violences sexuelles seront remboursés". 

Les dégâts sont immenses.

De nombreux spécialistes ont également été invités sur les antennes de France Bleu pour expliquer le chemin parcouru par les victimes et celui qu'il reste encore à faire pour les accompagner.

"On est vraiment face à un problème de santé publique", indique par exemple Laure Genevois, sage-femme et vice-présidente Lorraine de l'association Stop aux violences sexuelles, invitée de France Bleu Lorraine Nord. "Une femme sur quatre, un homme sur six et un enfant sur cinq" a été ou sera victime de violences sexuelles. Ces témoignages arrivent souvent tard, plusieurs années après les faits : "on parle d'amnésie post-traumatique" avec des conséquences autant physiques que psychologiques, "les dégâts sont immenses." 

Enfance en danger.
Enfance en danger.
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