Faits divers – Justice

Tensions entre avocats et CRS au palais de justice de Lille

Par Faustine Mauerhan, France Bleu Nord mardi 20 octobre 2015 à 15:33 Mis à jour le mercredi 21 octobre 2015 à 14:25

Des avocats du barreaux de Lille ont été traînés par terre.
Des avocats du barreaux de Lille ont été traînés par terre. © Maxppp

Comme dans de nombreuses villes de France, les avocats du barreau de Lille manifestaient ce mardi, contre le projet de réforme de l’aide juridictionnelle. A l’ouverture du tribunal, les défenseurs ont bloqué l’accès au palais de justice et ont été délogés assez violemment par les forces de l’ordre.

Ce mardi, le barreau de Lille a suivi le mouvement national des robes noires et était en grève, comme 140 autres barreaux de France, contre la diminution de l’indice de l’aide juridictionnelle en faveur des justiciables les plus pauvres. Le gouvernement envisage de réformer les barèmes de rémunération de cette aide, ce qui, pour les syndicats des avocats, revient à plonger un grand nombre de cabinets français dans des difficultés financières graves. Certains dossiers seraient par exemple payés 60% moins cher à l’avocat. Pas de quoi, selon les robes noires, assumer leurs charges, leur salaire, l’entretien de la photocopieuse.

"Faire taire des avocats dans un palais de justice, c’est très grave"

Ce mardi matin, ils étaient ainsi environ 200 devant le palais de justice de Lille, dès 8h, pour alerter le public et empêcher la tenue des audiences du jour. Mais à l’arrivée du personnel voulant faire entrer les gardés à vue pour leur comparution devant la justice, les avocats ont bloqué les entrées du tribunal provoquant une bousculade générale avec les forces de l’ordre. "Certains d’entre nous ont été poussé, certains sont même tombés à terre et ont été trainés au sol, raconte Florian Borg, le président du Syndicat des avocats de France. C’est la première fois, je pense que des avocats se font sortir d’un palais de justice, insiste-t-il. Faire taire des avocats dans un tribunal, c’est un symbole grave et purement inacceptable."

"Certains sont tombés au sol, des robes ont été déchirées."

Des avocats en difficultés financières

Finalement, après quelques minutes, un calme relatif est revenu. La grille du palais de justice a été descendue et les avocats ont installé leurs pancartes à l’extérieur. "Taubira t’es foutue, le barreau est dans la rue" pouvait-on lire notamment. Car c’est bien à la ministre de la Justice que les avocats en veulent. Ils lui reprochent donc sa réforme de l’aide juridictionnelle et la diminution de leur rémunération pour ces dossiers spéciaux. "Les avocats ont encore une image de nantie, regrette une avocate de l’agglomération lilloise. Mais elle est fausse ! Non, on ne gagne pas tous 10.000 euros par mois et certains sont même au bord de la liquidation judiciaire. N’importe quel entrepreneur peut comprendre notre situation. Si l’Etat abaisse notre rémunération pour les dossiers d’aide juridictionnelle, on ne pourra plus se permettre de les traiter et ce sont les justiciables les plus pauvres qui seront victimes."