Faits divers – Justice

Tentative d'attentat sur les Champs-Élysées : l'assaillant avait prêté allégeance à l'État islamique

Par Thibaut Lehut, France Bleu Paris et France Bleu mardi 20 juin 2017 à 11:16 Mis à jour le mardi 20 juin 2017 à 23:12

L'homme est mort sur les Champs-Élysées, en tentant de faire exploser sa voiture.
L'homme est mort sur les Champs-Élysées, en tentant de faire exploser sa voiture. © AFP - Thomas Samson

Quatre membres de la famille de l'homme qui est mort lundi dans une tentative d'attentat sur les Champs-Élysées ont été placés en garde à vue. L'assaillant, fiché S, détenait un permis de détention d'armes. Une lettre dans laquelle il prête allégeance au chef de l'EI a été retrouvée.

Quatre membres de la famille de l'assaillant mort lundi après-midi sur les Champs-Elysées à Paris ont été interpellés dans la nuit de lundi à mardi. Ils ont été placés en garde à vue. Les personnes interpellées sont le père, le frère, la belle-sœur et l'ex-femme de l'homme de 31 ans.

Fiché à plusieurs reprises mais autorisé à détenir des armes

L'assaillant, 31 ans, était fiché S (pour Sûreté de l'Etat) depuis 2015 pour son appartenance à la mouvance islamiste radicale. Il était également visé par un mandat d'arrêt de la justice tunisienne pour terrorisme, et avait fait l'objet dans le passé d'une fiche Interpol, selon franceinfo. Une lettre dans laquelle il prête allégeance au chef du groupe jihadiste État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, a été retrouvée, a indiqué mardi de source proche de l'enquête. Dans cette lettre retrouvée par les enquêteurs et destinée à son beau-frère, le suspect affirme avoir joué "double jeu" en constituant un arsenal dans le cadre de son activité de tir sportif en vue de commettre un attentat, a indiqué la source confirmant une information de BFMTV.

Il disposait de surcroît d'une autorisation de détention d'arme car il pratiquait le tir sportif. Ce permis était valable pour plusieurs armes. Un élément qui pose d'ores et déjà question."Personne ne pouvait se satisfaire" de cette situation, a convenu mardi sur RMC/BFMTV le Premier ministre Édouard Philippe, à la veille de la présentation en Conseil des ministres d'un nouveau projet de loi antiterroriste.

Deux gendarmes étaient venus au club en octobre 2016 pour poser des des questions" - Philippe Crochard, président de la Fédération française de tir

L'assaillant était licencié "depuis six ans" à la Fédération française de tir, a indiqué à l'AFP son président Philippe Crochard. "Deux gendarmes étaient venus en octobre 2016 (à son club de tir, ndlr) et avaient posé des questions sur cet individu. Ce n'est pas une procédure habituelle donc je présume qu'ils avaient de bonnes raisons", a-t-il ajouté. L'homme avait renouvelé sa demande d'autorisation en février dernier.

Un important stock d’armes a par ailleurs été découvert lors de perquisitions au domicile de l'homme, au Plessis-Pâté (Essonne). Neuf étaient connues des autorités, dont trois de catégorie B, soumises donc à autorisation - des pistolets Sig-Sauer 9mm et Glock 9mm ainsi qu'un fusil de type kalachnikov. Les six autres armes, de catégorie C, étaient soumises à déclaration. Dans son véhicule, l'assaillant transportait 9.000 munitions.

En raison du profil de l'auteur de cette tentative d'attentat, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb demande une "nouvelle évaluation" des personnes fichées pour radicalisation susceptibles de détenir légalement une arme, dans un entretien au Figaro à paraître mercredi. "En l'état actuel du droit, l'autorisation de détention d'armes ne peut pas être retirée de manière systématique à une personne qui fait l'objet d'un suivi", explique Gérard Collomb. "J'ai demandé à mes services de procéder à une nouvelle évaluation des personnes suivies pour radicalisation qui seraient susceptibles de détenir légalement une arme", poursuit néanmoins le ministre. La question sera inscrite à l'ordre du jour du prochain conseil de défense, à l'initiative du président Emmanuel Macron, a-t-il ajouté.

Les causes de la mort toujours inconnues

Lundi, peu avant 16h, l'assaillant s'est tué en fonçant contre un véhicule des gendarmes mobile. Une bonbonne de gaz fermée, sans dispositif de mise à feu, un fusil d'assaut israélien, deux armes de poing et un important stock de munitions ont été retrouvés dans le véhicule qu'il conduisait. Les enquêteurs cherchent à déterminer comment la berline a pu s'embraser lors de la collision. Grièvement blessé, l'homme a succombé peu de temps après. Des traces de brûlures ont été relevées sur son corps mais l'on ignore encore les causes précises de la mort.

L'enquête est menée par la section antiterroriste de la police judiciaire parisienne et à la DGSI par le parquet de Paris.