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Faits divers – Justice

Tête de sanglier accrochée à la mosquée de Pont-de-Beauvoisin, en Isère : cinq mois de prison avec sursis requis

jeudi 7 septembre 2017 à 18:28 Par Céline Loizeau, France Bleu Isère et France Bleu

Une tête de sanglier sanguinolente vissée à la porte d'entrée de la salle de prière de la communauté musulmane de Pont-de-Beauvoisin (Isère). Les faits avaient eu lieu de nuit, fin juillet. Ce jeudi, deux jeunes étaient jugés pour ces faits par le tribunal correctionnel de Bourgoin-Jallieu.

C'est le 5 octobre que le tribunal correctionnel de Bourgoin-Jallieu rendra sa décision
C'est le 5 octobre que le tribunal correctionnel de Bourgoin-Jallieu rendra sa décision © Radio France - Jacky Page

Le Pont-de-Beauvoisin, France

Ce jeudi après-midi, le tribunal correctionnel de Bourgoin-Jallieu jugeait deux garçons de 20 et 23 ans pour provocation à la haine raciale en lien avec une religion. La justice leur reproche fin juillet (dans la nuit du 21 au 22 juillet 2017) d'avoir accroché à la porte de la salle de prière d'une association musulmane, à Pont-de-Beauvoisin, une tête de sanglier. Les deux garçons ont reconnu les faits, mais comme lors de leur garde à vue, ont eu comme ligne de défense l'erreur de jeunesse sur fond de soirée alcoolisée.

Cette soirée-là, avec 3 autres amis, ils consomment effectivement pas mal d'alcool et s'est alors qu'ils sont en voiture qu'ils percutent un sanglier. Ils récupèrent l'animal, regardent comment le dépecer sur internet, congèlent la viande. Mais quoi faire de la tête ? L'un âgé de 20 ans propose de la déposer à la mosquée de Pont-de-Beauvoisin. Un de ses amis âgé de 23 ans est partant alors que les 3 autres refusent. Ils les mettent en garde mais les 2 prévenus racontent qu'à ce moment-là ils n'ont pas réfléchi. A l'audience, à plusieurs reprises, ils s'excusent. "Je n'ai rien contre le parti musulman" dit l'un d'eux. Le président le corrige : "il s'agit d'une religion et vous saviez bien que vous alliez offenser les musulmans en faisant cela, pour quelle raison alors ?" "C'est une mauvaise blague", répond-t-il. C'est qu'après coup, des heures après, quand la presse en parle et qu'ils ont dessaoulé qu'ils se rendent compte.

Une salle de prière prise pour cible 3 fois en 6 ans

"Et si vous aviez percuté une biche, auriez-vous agi de la même manière ?", demande l'avocat de l'association qui gère la salle. "Non", avoue l'un des prévenus. Pour cet avocat, le message que ces jeunes ont fait passer aux musulmans, "c'est vous n'êtes pas chez vous, vous êtes des citoyens de seconde zone". Et Me Youcef Idchar précise que "la tête de sanglier, de cochon, de porc est un emblème pour certains groupes d'extrême-droite, groupes identitaires (...) le vivre-ensemble a été troublé avec cet acte." Il tient aussi à rappeler que cette salle de prière a déjà été prise pour cible en 2011 avec l'incendie de volets et en mai 2014 avec la découverte de tags racistes et injurieux, une affaire pour laquelle l'enquête est toujours en cours. Ses clients - l'association du juste milieu, qui occupe la salle, et l'association de défense des droits de l'homme-collectif contre l'islamophobie en France - se sont constitués parties civiles.

Les avocats des deux prévenus mettent eux en avant "la jeunesse", "l'absurdité de leurs clients pour qui dans cette histoire la réflexion n'a pas de place". Puis soulèvent un point de droit pour affirmer que dans ce dossier selon eux il n'y a pas provocation au sens strict. Me Agnès Martin, qui défend celui qui faisait le guet pendant que son compère vissait la tête de sanglier, "parle de deux jeunes qui n'avaient pas conscience du retentissement de cette affaire au moment où ils agissent." Elle ajoute aussi que son client a spontanément écrit une lettre d'excuses, qu'il consulte un psychologue. Elle tient aussi à montrer ce diplôme obtenu en 2009 alors qu'il est collégien : un diplôme d'honneur dans le cadre du concours national de la résistance et de la déportation. Son confrère, Me Daniel Cataldi souligne que le "sentiment de culpabilité est là". Et d'ajouter "nous ne sommes pas là pour fantasmer, mais pour réfléchir à une sanction en appréhendant ce dossier avec compréhension."

5 mois avec sursis requis et jugement le 5 octobre

Pour le ministère public, il y a bien provocation. La tête de sanglier est un symbole associé à la religion musulmane rappelle la procureur qui a requis à l'encontre des deux garçons 5 mois de prison avec sursis. Céline Cuny demande également une diffusion dans 2 journaux de la décision de justice ainsi que son affichage pendant 1 mois à la porte de la salle de prière. Le jugement a été mis en délibéré au 5 octobre prochain.