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Faits divers – Justice

Toulouse : ouverture du procès de l'affaire Patricia Bouchon entre doutes et espoirs

mercredi 13 mars 2019 à 22:31 Par Stéphanie Mora, France Bleu Occitanie et France Bleu

Ce jeudi s'ouvre à Toulouse le procès du meurtre de la joggeuse de Bouloc. Patricia Bouchon, tuée il y a huit ans alors qu'elle faisait son footing. Dans le box des accusés, Laurent Dejean, qui se dit innocent et pour lequel les charges sont minces selon son avocat.

Le procès va durer plus de deux semaines devant les assises de Haute-Garonne
Le procès va durer plus de deux semaines devant les assises de Haute-Garonne © Maxppp - Nathalie Saint-Affre

Toulouse, France

Du 14 au 29 mars 2019 la cour d'assises de Haute-Garonne juge Laurent Dejean pour homicide volontaire. Cet homme de 39 ans aujourd'hui est accusé du meurtre de Patricia Bouchon, une mère de famille de 49 ans disparue le 14 février 2011 à Bouloc (au nord de Toulouse) alors qu'elle faisait son jogging, et dont le corps sera retrouvé le 29 mars 2011 à une dizaine de kilomètres de là, à Villematier, à moitié immergé dans une buse sous un pont et en état de décomposition avancé.  

Les enjeux de ce procès 

Patricia Bouchon a été tuée entre 4h35 et 4h45 du matin le 14 février 2011. Les traces de sang, les cheveux, un noeud pour les attacher, des bijoux, des bouts de gants en latex retrouvés sur le chemin perpendiculaire à la route de Fronton attestent d'une agression violente. Mais après?

Au bout de quatre ans et demi d'enquête, la cellule Disparition 31 mise en place par la gendarmerie de Haute-Garonne a mis en évidence un suspect. Entre douze et dix-huit gendarmes ont travaillé non-stop prélevant 1600 ADN , effectuant autant d'auditions. les enquêteurs déploient d'importants moyens de recherches (plongeurs, radars, hélicoptères...) pour sonder la région, les cours d'eau et retrouver une Renault Clio de couleur claire. La voiture aperçue par un témoin sur les lieux du drame. Ils épluchent les immatriculations de 60 0000 Clio blanches de première génération en vain. Et mettent en garde à vue une dizaine de personnes, parmi elles : Laurent Dejean, interpellé puis relâché, il sera finalement mis en examen en février 2015 car son attitude intrigue le parquet et les gendarmes (voir ci-dessous). Problème : son ADN ne correspond pas à celui retrouvé sur Patricia Bouchon et sur les lieux de l'agression. Il n'y a pas de mobile. Pas d'aveux de Laurent Dejean et la Clio dans laquelle un témoin dit l'avoir vu à l'heure et près des lieux des faits le 14 février 2011 n'a jamais été retrouvée. Pourtant une trentaine de proches de Laurent Dejean assurent qu'il a conduit une voiture similaire dont il n'était pas le propriétaire. Il se contredit en garde à vue et finit par déclarer qu'il n'a jamais eu ce genre de véhicule. 

Pour l'avocat de Laurent Dejean, c'est l'acquittement annoncé. Pour la famille de Patricia Bouchon il y a trop de questions sans réponses.

"Ca fait huit ans qu'on attend ce moment! Parfois on aurait envie de plaider parce qu'il y a plein de preuves concordantes, des attitudes de Laurent Dejean qui prouvent qu'il n'est pas innocent. Je crois aux aveux parce que Mr Dejean est quelqu'un de fragile. A ce procès, il va retrouver sa maman, ses soeurs... Des émotions, des choses peuvent remonter à son esprit. On attend de la lucidité de sa part." Sandra Damiano, soeur de Patricia Bouchon.

Pour l'un des avocats de la famille, Me Stéphane Juillard : "on a beaucoup de questions à lui [Laurent Dejean] poser. Mes clients ont toujours fait preuve d'une dignité incroyable, ils ont envie d'avoir des réponses"

Carlyne Bouchon : "on a conscience que la tactique de la défense de mettre le doute sur mon père sera quelque chose de difficile à vivre. J'ai l'impression d'être face à quelqu'un d'assez lâche".

La victime

Aînée de quatre enfants, Patricia se marie à 20 ans avec Christian Bouchon en 1982. Leur fille Carlyne naît deux ans plus tard à Villefranche de Rouergue.  La famille s'installe à Bouloc en 2008 . Un couple qui s'entend bien selon l'entourage.  Il est cadre dans une enseigne de bricolage, elle est secrétaire juridique dans un cabinet d'avocats de Toulouse. Dans son travail, Patricia Bouchon se veut rigoureuse. Sa famille ajoute : "secrète et dure envers elle-même" au point d'établir des "règles de vie strictes", voire "maniaque au niveau de l'hygiène". L'enquête confirme que Patricia Bouchon est très sportive, et s'inflige une discipline de fer avec un jogging matinal quotidien qu'il faut sans doute mettre en lien avec des problèmes d'anorexie. Une maladie qui l'aurait un temps éloigné de sa famille et de ses amis...  Ce matin du 14 février 2011, elle part comme d'habitude avant l'aube courir une demi heure autour de Bouloc. Ne la voyant pas à son réveil, son mari se met à sa recherche vers six heures et donnera l'alerte dans la matinée.

Carlyne Bouchon à propos de Patricia : "Ma mère était exigeante et combative" - Aucun(e)
Carlyne Bouchon à propos de Patricia : "Ma mère était exigeante et combative"

L'accusé hospitalisé à la veille du procès

Laurent Dejean est incarcéré depuis 2015. Malgré de nombreuses demandes de remises en liberté, il n'a pas été entendu et se trouve hospitalisé depuis quelques jours parce, que selon son avocat Me Debuisson, il "décompense" avec l'approche du procès. Depuis le drame, ce Boulocain de 39 ans a été diagnostiqué schyzophrène. A Bouloc, il est connu pour son impulsivité et sa consommation de drogue. Les témoins auditionnés pendant l'enquête le disent un peu marginal. Un témoin anonyme donnera son nom aux gendarmes. Son attitude intrigue très vite les enquêteurs : ce plaquiste qui quitte précipitamment son emploi juste après le drame "pour oublier" dit-il à une collègue. Son patron raconte aux enquêteurs que Laurent Dejean lui aurait dit qu'il "s'en voulait pour Patricia Bouchon". En garde à vue, il embrasse la photo de la victime.