Faits divers – Justice

"Traitement inhumain" : le rapport accablant sur la prison de Fresnes

Par Emmanuel Collardey, France Bleu Paris et France Bleu mercredi 14 décembre 2016 à 12:54

Le centre pénitentiaire de Fresnes est l'une de plus grandes prisons françaises.
Le centre pénitentiaire de Fresnes est l'une de plus grandes prisons françaises. © Maxppp - Sebastian Kunigkeit

Après avoir visité le centre pénitentiaire du Val de Marne, les conclusions de la contrôleure générale des prisons sont sans appel : Adeline Hazan dénonce ce mercredi un "traitement inhumain" des détenus.

Un établissement plein à craquer, envahi par les rats. Des surveillants débordés qui parfois basculent dans la violence. Le tableau présenté aujourd'hui est particulièrement sombre. Pendant deux semaines en octobre dernier, les agents de la Contrôleure Général des Lieux de Privation de Liberté (CGLPL) ont inspecté une maison d'arrêt qui "cumule tous les problèmes qu'on peut rencontrer dans une prison française".

"Des conditions d'hébergement indignes"

Avec un taux d'occupation moyen proche des 200% et près de 3 000 détenus (+52% en dix ans), Fresnes offre des "conditions d'hébergement indignes", "très en-deçà des normes fixées par le Comité européen pour la prévention de la torture". Plus de la moitié des prisonniers vivent à trois dans une cellule de 10 mètres carré.

Des surveillants qui dérapent

Dans cette prison surpeuplée, les personnels sont en revanche en sous-effectif. Chaque surveillant doit s'occuper de 120 détenus. Résultat, les prisonniers "peuvent passer des heures" dans des "salles d'attentes" sans toilette ni point d'eau. Le respect des droits fondamentaux est "fondamentalement impossible" et la tension est "permanente" : les surveillants ont développé "un usage banalisé de la force et des violences". Trois d'entre eux ont récemment fait l'objet de sanctions disciplinaires.

Mais l'anomalie la plus grave, selon la contrôleure, reste "l'hygiène déplorable". Outre les punaises de lits, les rats "évoluent en masse", attirés par les amas d'ordures au pied des bâtiments. En réponse, le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas a détaillé dans une lettre les travaux prévus en 2017 pour lutter contre les rongeurs. L'Etat, a qui la justice a ordonné début octobre d'intensifier la dératisation, va consacrer plus de 900.000 euros notamment pour empêcher les jets de détritus en réparant les grillages aux fenêtres.

Cette dérive n'est pas récente, mais elle s'est accélérée ces dernières années. Le diagnostic lors du précédent contrôle en 2012 n'était pas aussi alarmant. La rénovation de l'établissement construit à la fin du XIXe siècle s'impose désormais comme une "urgence", selon Mme Hazan. Le gouvernement a prévu le lancement l'an prochain de la construction de trois maisons d'arrêt en Ile-de-France pour désengorger les prisons. Mais pour la contrôleure, les réponses ne sont "pas à la hauteur de la gravité et de l'urgence de la situation".