Faits divers – Justice DOSSIER : Le double meurtre de Montigny-lès-Metz : 30 ans de rebondissements judiciaires

Trente ans après, le double meurtre de Montigny-les-Metz reste sans coupable

Par Rachel Noel et Robert Aymeric, France Bleu Lorraine Nord, France Bleu Sud Lorraine et France Bleu mercredi 28 septembre 2016 à 1:11

Cyril Beining et Alexandre Beckrich, les deux enfants de 8 ans retrouvés le crâne fracassé à coups de pierres, le 28 septembre 1986 à Montigny-les-Metz
Cyril Beining et Alexandre Beckrich, les deux enfants de 8 ans retrouvés le crâne fracassé à coups de pierres, le 28 septembre 1986 à Montigny-les-Metz © Maxppp - MAXPPP

Condamné pour ce double meurtre d'enfants en 1987, Patrick Dils a finalement été reconnu victime d'une erreur judiciaire et innocenté en 2002. C'est Francis Heaulme - le routard du crime - qui est désormais dans le viseur de la justice pour un cinquième procès prévu en 2017. Du jamais vu.

Trente ans après jour pour jour, le double meurtre de Montigny-lès Metz reste avec l'affaire Grégory, l'un des faits divers les plus marquants de la fin du XXe siècle: le 28 septembre 1986, deux garçons de 8 ans, Cyril Beining et Alexandre Beckrich, sont retrouvés tués à coups de pierre à quelques mètres de leur domicile. Retour sur ce crime hors du commun.

1/ Une terrible erreur judiciaire

Jusqu'en 2002, l'affaire de Montigny, c'était l'affaire Dils, du nom du premier suspect, Patrick Dils, arrêté sept mois après la découverte des corps. En détention, il avoue les meurtres et devient en 1987 le plus jeune condamné à perpétuité de France. A la surprise générale, Patrick Dils est à nouveau condamné en 2001 en dépit de plusieurs éléments troublants, notamment la présence sur place du tueur en série Francis Heaulme, le jour du meurtre. Après quinze ans de réclusion, Patrick Dils est acquitté le 24 avril 2002 lors d'un troisième procès.

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"Aujourd'hui, c'est du passé, j'ai appris à vivre avec, explique Patrick Dils (…). Je me suis reconstruit avec l'amour des miens. Ça n'a pas été évident. On en parle, ce n'est pas un sujet tabou . Le moment venu, je serai là pour expliquer les choses à ma fille (…). A l'époque, je n'étais qu'un enfant, un enfant maniable (…). Françis Heaulme est un personnage atypique qui fait froid dans le dos, mais c'est à la justice de faire son travail."

2/ L'ombre de Francis Heaulme

C'est la présence de Francis Heaulme sur les lieux du crime qui a permis aux avocats de Patrick Dils de faire rejuger l'affaire en 2001. Pourtant, à Reims, lors du deuxième procès, il n'est entendu que comme simple témoin et souhaite même "Bonne chance" à Patrick Dils. Le gendarme Jean-François Abgrall fait alors le rapprochement entre lui et l'affaire de Montigny, Francis Heaulme lui ayant décrit les lieux et les actes, après la première condamnation de Patrick Dils. Le 31 mars 2014, vingt-huit ans après les faits, s'ouvre donc un quatrième procès avec Francis Heaulme seul sur le banc des accusés, qui se dit innocent.

Au premier jour du procès Heaulme, Henri Leclaire, un temps soupçonné, est accusé par des témoins, y compris l'accusé : "J’ai vu Henri Leclaire qui descendait du talus. Il avait du sang sur le tee-shirt, le pantalon". Les déclarations contradictoires de Leclaire à la barre du tribunal, au lendemain de l'ouverture du procès, mènent à un report du procès Heaulme. Henri Leclaire ne sera finalement pas jugé, décision qui fait encore l'objet d'un appel devant la cour de Cassation.

Qui est vraiment Francis Heaulme? Jean-François Abgrall, le connaît bien, il a arrêté le meurtrier en 1992 en Bretagne: "C'est quelqu'un qui est dans l'observation permanente, qui fixe tous les accès, un peu comme un chat qu'on a enfermé dans un endroit trop petit. Une sensation d'impulsivité énorme. Il va vous transpercer du regard et il ne vous quitte plus, c'est très dérangeant. Quand il a décidé de tuer, il détruit, ce sont des déchaînements de violence."

Jean-François Abgrall, au micro de Rachel Noël

3/ Des familles dévastées

Jean-Claude Beining, le père de Cyril. - Radio France
Jean-Claude Beining, le père de Cyril. © Radio France - Rachel Noël

Des victimes, mais pas de coupable. A la douleur de la perte viennent s'ajouter l'incompréhension et une interminable attente dont l'issue reste incertaine. Pour Jean-Claude Beining, le père de Cyril, "C'est dur de vivre avec ça. Là, maintenant, j'ai renoncé (…). J'attends plus rien. Je vais peut-être mourir sans savoir qui a tué les gosses."

Jean-Claude Beining, le père de Cyril, au micro de Rachel Noël

4/ Dans la rue du crime

Désormais asphaltée de bout en bout, la rue Venizelos de Montigny-les-Metz où ont été retrouvés les vélos des enfants, a bien changé. Retour en vidéo sur les lieux et l'ambiance de l'époque en compagnie de Dominique Rondu, avocat de la famille Beckrich.