Faits divers – Justice

Tribunal de Pau : une prof condamnée à une amende avec sursis pour violences sur une élève

Par Daniel Corsand, France Bleu Béarn et France Bleu mardi 8 novembre 2016 à 19:28

Le palais de justice de Pau
Le palais de justice de Pau © Radio France - Olivier Uguen

Une professeure d'un collège de l'agglomération de Pau a été condamnée à une peine de principe pour violences volontaires sur une élève. L'enseignante expérimentée était à bout, et elle a explosé face à la classe.

Une prof de collège de l'agglomération de Pau était jugée ce mardi par le tribunal correctionnel de Pau. C'est une enseignante, une professeure de français. On lui reproche des violences commises en cours, le 31 mars 2015. Une élève à qui elle venait de signifier une colle a voulu lui arracher son cahier de correspondance et partir. Elle l'a violemment retenue par les cheveux. Elle a été condamnée à 1000 euros d'amende avec sursis, sans inscription sur son casier judiciaire.

"Tu comptes aller jusqu'au trottoir?"

La professeure a explosé face à cette élève à problèmes. En classe, elle est impertinente. Elle tutoie tous les adultes dans le collège. C'est pareil à la maison. Ses parents le reconnaissent eux mêmes. Ce jour là, une fois de plus, elle n'a pas fait ses devoirs. Elle lui a demandé son carnet et en le parcourant, l'enseignante remarque qu'elle a déjà été collée 5 jours avant, par un autre professeur, pour exactement le même motif. C'est d'abord dans les mots que l'enseignante a dérapé en lui disant : "tu comptes aller jusqu'au trottoir?" L'élève explose : "tu me traites de pute?" Elle tente d'arracher son carnet pour partir. La prof la retient par le bras et en se débattant l'élève griffe la prof au cou. Du coup la prof la prend par les cheveux et la couche par terre jusqu'à ce que la conseillère principale d'éducation intervienne.

"Je m'excuse pour elle et toute la classe"

Pendant l'audience, la présidente lui pose d'emblée la question après avoir évoqué les faits: "reconnaissez vous avoir commis ces violences"? La prof répond "oui, bien sûr". Appuyée sur la barre des prévenus, elle a les deux mains jointes. Elle parle en souriant, pour cacher son malaise. "Je m'excuse pour elle et pour toute la classe. Je suis consternée par mon comportement. Cet événement a nui à l'élève, et je m'en excuse". Pas pour se dédouaner, mais pour expliquer, ce sont les mots de la professeure devant la juge, elle explique qu'elle venait de perdre sa belle-sœur qu'elle a accompagné jusqu'au bout dans sa maladie. Elle était à bout, au bord du burn-out. "J'ai perdu le contrôle". Elle explique qu'elle n'a pas tout de suite compris la gravité de ses gestes et de ses mots. Avec l'aide d'un psychologue, elle a compris. "J'ai explosé". Les autres professeurs du collège parlent d'elle en des termes plus qu'élogieux. "C'est une collègue précieuse et zélée" . Elle participe à toutes les initiatives de l'établissement pour venir en aide aux élèves en difficulté. "peut être un peu trop" dit elle à l'audience. L'Education Nationale ne l'a pas sanctionnée. Elle a été mutée sur la côte basque, mais depuis les faits, elle est incapable de se présenter devant une classe.

Ces quelques minutes sont un délit. Mais elles ne résument pas vos 20 ans de carrière— La présidente du tribunal

Me Montagné l'avocat de la professeur

Une audience pour apaiser

Ça aurait été une claque, j'aurais compris — la mère de l'élève à l'audience

Les parents et l'élève étaient présents. Avec beaucoup de tact, la présidente a demandé à l'adolescente ce qu'elle pensait de ce que sa professeure a expliqué à l'audience. "Ça vous fait plaisir?" Pétrie de tract, l'enfant répond "oui". Son avocate Me Carole Sesma regrette l'absence de l'Education Nationale dans ce dossier. Elle a tous les "DYS" explique l'avocate ; dyslexie, dysphasie, dyspraxie. Cet enfant était en souffrance et l'exprimait en faisant souffrir les adultes qui l'entourent. Elle aurait dû être prise en charge bien plus tôt. Aujourd'hui, malgré tout, elle va mieux. Elle est dans un lycée professionnel et ses résultats sont bons aujourd'hui.

Me Cesma défend l'enfant et ses parents. Elle espère que l'audience aura apaisé les tensions

Les parents ont reçu 200 euros chacun, et la jeune fille 300 euros au titre du préjudice moral