Faits divers – Justice

Triple homicide de Grande-Synthe : la sœur et fille des victimes attaque l'Etat

Par Cécile Bidault, France Bleu Nord et France Bleu mardi 29 mars 2016 à 7:00

Isabelle Thomas, tuée le 4 août 2014 à Grande Synthe
Isabelle Thomas, tuée le 4 août 2014 à Grande Synthe -

C'est un drame qui avait traumatisé beaucoup de gens : le 4 août 2014, en pleine place du Marché à Grande Synthe, un homme tuait par arme à feu son ex-compagne et ses deux parents. Aujourd'hui, la sœur et fille des victimes va attaquer l'Etat pour faute lourde.

Un an et demi après la mort de sa sœur et de ses deux parents, Cathy Thomas souhaite attaquer l'Etat pour faute lourde. Elle estime que la justice et la police n'ont pas protégé sa sœur, tuée par son ex-compagnon violent. Le 4 août 2014, à Grande Synthe, sur la place du marché, cet homme a tué par balles Isabelle Thomas, qui se trouvait dans une voiture avec ses parents, eux aussi abattus. Interpellé après, il se suicide en prison, il n'y aura donc jamais de procès devant les assises.

Une série de dysfonctionnements

Pour Isabelle Steyer, avocate spécialiste des violences conjugales, qui mène la procédure juridique pour Cathy Thomas, "tous les signaux étaient au rouge". Isabelle avait quitté son compagnon à la fin du mois de juin, après qu'il eut essayer de l'étrangler. Elle avait porté, plainte, il avait été libéré après sa garde à vue, placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction de l'approcher.

Pourtant, il avait continué à l'appeler, à lui laisser des message, et même à la suivre, jusqu''à tenter de l'enlever sous les yeux de son avocate. D'autres plaintes et mains courantes avaient été déposées, jusqu'au drame du 4 août 2014. L'avocate dénonce aussi la requalification de ce triple assassinat en meurtre.

4 minutes au téléphone avec la police

Durant la fusillade, à Grande Synthe, Isabelle avait appelé les secours. 4 minutes de conversation glaçante, qui figurent dans le dossier judiciaire, au cours de laquelle le policier demande à Isabelle "de ne pas crier", alors qu'elle vient de voir ses deux parents mourir devant ses yeux.

Pour Isabelle Steyer, ce dossier est "l'exemple complet de ce qu'il ne faut pas faire". Elle souhaite en faire "le symbole de la lutte contre les violences conjugales. Une femme sur deux tuée par son mari violent avait déjà déposé plainte. C'est dans un dossier sur deux que l'Etat devrait être condamné". Elle regrette que "les lois existent pour protéger les femmes victimes de violences, mais qu'elles ne soient pas appliquées correctement".

Reportage de Cécile Bidault

"Pour que ma sœur et mes parents ne soient pas morts en vain"

Cathy Thomas, qui a perdu sa sœur et ses deux parents, se dit "révoltée qu'Isabelle n'ait bénéficié d'aucune mesure de protection". Elle estime que "ses plaintes n'ont jamais été prises au sérieux". Elle a lancé une pétition sur internet, pour demander que la responsabilité de l'Etat soit engagée dans ce dossier. "Si on arrive à changer les choses, ce sera une renaissance pour moi, et mes parents et ma sœur ne seront pas morts en vain", conclue-t-elle.

Cathy, la sœur d'Isabelle Thomas