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Dossier : L'affaire Merah

Tuerie de l'école juive de Toulouse : "Il n'y pas un jour depuis 10 ans où je n'y pense pas" témoigne un élève

Dix ans après la tuerie de l'école juive perpétrée par Mohammed Merah à Toulouse, un ancien élève a accepté de revenir sur cet épisode douloureux. Ou plutôt sur l'après, la difficile reconstruction. Eytan avait 11 ans quand trois enfants et un enseignant ont été tués dans son collège.

Après la fusillade à l’école Ozar Hatorah le 19 mars 2012 à Toulouse.
Après la fusillade à l’école Ozar Hatorah le 19 mars 2012 à Toulouse. © AFP - Rémy Gubalda

Pour tout le monde en France, l'attaque de Toulouse, Mohammed Merah, c'est la tuerie de l'école juive. Pourtant, le jeune terroriste a, quelques jours avant, tué trois soldats, un maréchal des logis toulousain Imad Ibn Ziaten, et deux parachutistes du 17e RGP de Montauban, Abel Chennouf et Mohamed Legouad. 

Le lundi 19 mars 2012, juste avant huit heures, après avoir raté une nouvelle cible militaire, l'islamiste arrête son scooter devant Ozar Hatorah, le collège-lycée juif du quartier de la Roseraie à Toulouse. Il blesse un adolescent et exécute sans hésiter Jonathan Sandler, un enseignant accompagné de ses deux petits garçons, Arié six ans, et Gabriel trois ans et demi, ainsi qu'une fillette de huit ans et demi, Myriam Monsonégo. Les trois enfants devaient prendre une navette pour aller à leur école confessionnelle, le Gan Rashi. Les collégiens et lycéens se sont cachés, beaucoup se sont réfugiés dans le réfectoire. Certains tenteront vainement de ranimer les deux petits.

Eytan avait 11 ans à l'époque, il était en sixième, il s'est caché dans l'ancien réfectoire pendant l'attaque. Son père l'a ramené à Perpignan juste après le massacre, il avait alors témoigné sur France Bleu Roussillon. L'année suivante, il quitte l'Occitanie pour Paris. Aujourd'hui, Eytan, 21 ans, est étudiant à Londres, il vit aussi en partie aux côtés de sa maman en Israël. France Bleu l'a retrouvé.

Quel est le premier souvenir qui vous vient à l'esprit quand vous repensez à ce qui s'est passé le 19 mars 2012 ?

Dix ans après, c'est vrai que tout reste encore un peu flou, avec des souvenirs vagues. Tout s'est passé très vite. C'est un choc, un trauma. Avec le temps, on a des choses qui nous reviennent, des choses qu'on oublie. En tout cas, le même sentiment est là, le même sentiment de stress, de peur. J'ai encore du mal à en parler dix ans après, ce que j'ai vu et entendu restent difficiles encore.

Pourquoi c'est si difficile ? Parce qu'il y a la mort autour ?

C'est exactement ça et ça n'est pas n'importe quelle mort. Ces personnes n'avaient pas choisi et nous, nous sommes les dommages collatéraux. Il y a la peine, la souffrance, le traumatisme mais il faut respecter les morts. C'est pour la raison pour laquelle le 19 mars est un jour particulier pour moi, pour chacun d'entre nous qui étions là. 

"Je n'étais qu'un enfant, je n'avais rien demandé."

Vous n'avez jamais réussi à en parler ou c'est parce qu'aujourd'hui, vous ne voulez plus en parler ? 

Je n'ai jamais vraiment réussi à en parler en réalité. J'ai beaucoup essayé, j'ai fait des introspections sur moi-même. C'est un sujet que je préfère éviter. Il n'y a pas un seul jour dans ma vie depuis, depuis le 19 mars 2012, où je n'y pense pas. Rien que vous en parler, j'ai des frissons dans le dos. Je n'étais qu'un enfant et je n'avais rien demandé. 

Est-ce que vous arrivez quand même à vous réjouir d'être en vie, alors que vous auriez pu ce jour là être une des victimes ? 

Ça fait partie des nombreuses questions que je me pose. Pourquoi pas moi ? Pourquoi c'est moi qui suis en vie et eux qui sont décédés ? Il y a beaucoup de questions, mais je ne pense pas qu'on arrive à se réjouir. Non, je n'arrive pas à me réjouir d'être en vie. Je n'arrive pas non plus à me dire que je n'ai pas eu de chance. Il faut se faire une raison rapidement, sinon on n'avance pas.

Qu'est-ce qui vous permet d'avancer aujourd'hui ? L'oubli ? 

Non, pas forcément. La famille, ma famille qui a beaucoup été là, qui a su faire preuve d'empathie, de patience surtout parce que ça a été difficile pendant longtemps, même encore aujourd'hui. Cela revient souvent dans la nuit. J'ai réussi à composer avec, mais c'est surtout la famille qui m'a épaulée avec compassion, pas avec pitié. Ça fait du bien.

Est-ce que vous avez gardé des contacts avec les collégiens qui étaient avec vous à cette époque là ?

Très très peu d'entre eux, parce qu'il faut savoir que je ne suis resté qu'une seule année dans ce collège. Ensuite j'ai quitté Toulouse pour Paris. Pour certains, j'ai fait preuve de lâcheté mais le choc était trop grand, j'ai préféré m'en aller.

"J'ai l'impression qu'on a été un peu oubliés dans cette histoire."

Dix ans après, il y a de nombreuses commémorations. Vous les redoutez, Vous les attendez ? 

C'est la première fois que je me pose la question. Les redouter, cela voudrait dire que j'ai encore peur. Je pense que les attendre aussi, en quelque sorte, ça permet d'élever les âmes de ceux qui sont décédés. Donc, je les attends pour prier pour eux, pour avoir une pensée particulière pour eux à ce moment là. Et comme je le fais d'ailleurs depuis 10 ans, ce jour là, le 19 mars est un jour très important pour moi.

Vous ne serez pas aux commémorations, mais vous y serez par la pensée et par la prière... 

Exactement, je prie. Il n'y a pas un seul jour où je ne pense pas à eux. Ma pensée va en premier lieu aux familles, aux amis, aux proches, et bien sûr à mes anciens camarades qui étaient là avec moi, qui ont vécu les mêmes choses que moi et qui ont les mêmes douleurs et les mêmes peines. Il faut que le monde sache, parce que j'ai l'impression aussi d'avoir été un peu oublié dans cette histoire. Pas moi personnellement, mais nous, on n'en a pas assez parlé. Il y a eu une suite d'événements et d'attentats et je pense qu'avec tout ce qui se passe dans le monde aujourd'hui, c'est quand même bien de faire une petite piqûre de rappel pour eux.

Le témoignage d'Eytan, en 2012 juste après les attentats. Il avait 11 ans

Le témoignage d'Eytan aujourd'hui, 10 ans après la tuerie

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