Faits divers – Justice

Un an après, les Béarnais sont-ils toujours Charlie ?

Par Axelle Labbé, France Bleu Béarn mercredi 6 janvier 2016 à 17:27

La manifestation de soutien à Charlie Hebdo à Pau
La manifestation de soutien à Charlie Hebdo à Pau © Radio France - Yannick Damont

C'était il y a un an déjà. Onze personnes étaient assassinées dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo, à Paris, par les frères Kouachi. Un an après, "l'esprit Charlie" est-il toujours là ?

Le 7 janvier 2015, la France entière se fige : les frères Chérif et Saïd Kouachi viennent d'abattre onze personnes dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo, à Paris. Ils tuent ensuite dans leur fuite un policier, en pleine rue. Suivront les 8 et 9 janvier l'assassinat d'une policière municipale, à Montrouge, et de quatre personnes dans l'Hyper cacher de la Porte de Vincennes par Amedy Coulibaly. 

L'émotion est immense partout en France, les manifestations se multiplient : 35 000 personnes défilent à Pau, plus de 6000 à Orthez avec un même slogan : "Je suis Charlie". 

Je suis Charlie - Aucun(e)
Je suis Charlie - Joachim Roncin

Un an après, pas une manifestation n'est pour l'instant prévue en Béarn. Pourtant, après les attentats du 13 novembre 2015, les Béarnais ont de nouveau montré leur solidarité en se rassemblant, en déposant des bougies, des messages de paix. 

Arrêter de pleurer

"Le coup a été terrible, mais c'est redevenu comme avant"

— Moine

Que reste-il de cet "esprit Charlie" ? Philippe Moine, caricaturiste béarnais connu sous le nom de "Moine", estime qu'il faut maintenant sécher les larmes. L'ancien architecte a bien connu les dessinateurs de Charlie Hebdo assassinés, Cabu, Charb, Honoré, Wolinski et surtout Tignous. 

"Une demi-heure avant l'assassinat, je lui réclamais ses dessins. On a tous été complètement abasourdis. C'est pas de la colère, c'est une immense tristesse, un immense gâchis. Le coup a été terrible, mais c'est redevenu comme avant. Sauf pour ceux qui sont vraiment très proches. Pour Chloé Verhlac, la femme de Tignous, bien évidemment ce n'est plus comme avant. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Ça restera dans l'histoire. Forcément, il faut l'oublier, le commémorer mais il faut arrêter de pleurer".

Moine, caricaturiste béarnais

Les Béarnais solidaires des forces de l'ordre

"Les policiers sont à bout".

— Daniel Domengé, secrétaire départemental d'Alliance

Depuis un an, et encore plus depuis les attentats du 13 novembre en région parisienne, les forces de l'ordre sont très sollicitées. Leurs jours de repos sont reportés, "les policiers s'épuisent" explique Daniel Domengé, secrétaire départemental du syndicat Alliance. Et les renforts ne vont pas arriver tout de suite : "c'est difficile, il faut former les futurs policiers. On ne peut pas prendre des gens dans la rue, leur mettre une arme et une tenue et les désigner policiers. Il faut que le recrutement soit fait de façon efficace. Il va falloir attendre au minimum un an pour que les effectifs recrutés soient opérationnels mais il faudra qu'il y ait des compensations pour que les policiers puissent récupérer".

Daniel Domengé, secrétaire départemental d'Alliance répond à Yannick Damont

L'an dernier, beaucoup de manifestants brandissaient une pancarte "Je suis policier". Les Béarnais restent solidaires des forces de l'ordre. "Je respecte la police, racontent nos auditeurs. Si ça peut changer l'image un peu péjorative qu'on a des policiers et des militaires, c'est bien, mais c'est dommage que ce soit dans des circonstances pareilles". 

Les Béarnais aiment leur police

"Le regard des gens a changé", confirme Daniel Domengé. "Les citoyens qui n'ont rien à se reprocher aiment leur police. On peut le constater tous les jours par des gestes de sympathie, en nous souhaitant bon courage, en disant qu'on a un métier difficile. On a même eu une classe de 6ème qui a fait un message de soutien aux policiers. Ça fait toujours plaisir de se sentir soutenu par population, en particulier les enfants". 

"L'esprit Charlie" a disparu

Il ne reste rien de l'esprit Charlie.

— Jean-François, qui avait manifesté l'an dernier

Les Béarnais qui ont manifesté l'année dernière ne ressentent plus cet "esprit Charlie". "Être Charlie, c'était aussi être rassemblé, être tous ensemble", raconte Sandrine. Elle avait manifesté l'année dernière avec sa fille, âgée de 9 ans. "Avec la montée du parti nationaliste, on a un petit peu oublié ça. Avec tout ce qui s'est passé, je pense qu'il faut être encore plus debout, encore plus droit, encore plus digne"

Sandrine avait manifesté l'an dernier

Jean-François lit Charlie Hebdo depuis 15 ans : "j'étais très surpris quand j'ai voulu acheter Charlie après les attentats et qu'il n'y en avait plus. Ça m'a fait rigoler, mais je savais que ça ne durerait pas. Je suis très désabusé. Il n'y a plus d'esprit Charlie, j'en suis persuadé. Mais j'achète toujours Charlie"

Jean-François lit Charlie Hebdo depuis 15 ans