Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Faits divers – Justice

Un chef de service de l'hôpital de Lavaur jugé pour harcèlement moral et sexuel

mercredi 5 septembre 2018 à 1:37 Par Bénédicte Dupont, France Bleu Occitanie et France Bleu

Il était considéré comme une pointure du milieu médical tarnais : l'ancien chef du service d'anesthésie de l'hôpital de Lavaur était jugé ce mardi au tribunal correctionnel de Castres. Quatre plaintes de personnel soignant pour harcèlement moral ou sexuel ont été déposées à son encontre.

L'affaire était jugée au tribunal de Castres.
L'affaire était jugée au tribunal de Castres. © Radio France - Bénédicte Dupont

Castres, France

Un médecin, chef de service de l’hôpital de Lavaur était jugé ce 4 septembre au tribunal correctionnel de Castres pour harcèlement moral et sexuel. L'affaire avait fait grand bruit dans le Tarn quand cet anesthésiste, plusieurs fois élu par ses pairs à des responsabilités au centre hospitalier, proche des notables locaux, avait été placé en garde à vue en avril dernier. Il y a prescription en la matière au bout de trois ans, les faits retenus datent donc uniquement sur la période 2014-2017. Le médecin âgé de 58 ans comparaissait libre sous contrôle judiciaire, il a dû répondre de ses pressions, ses colères à l'égard du personnel soignant, et même ses paroles et gestes déplacés envers une collaboratrice. Quatre soignants, trois femmes et un homme, ont porté plainte. L’hôpital de Lavaur s'était constitué partie civile.

"Ça n'est pas un faible que vous jugez"

Deux blocs antagonistes, deux mondes en fait, se sont affrontés. D'un côté, trois infirmières âgées de 34 à 46 ans, et un infirmier anesthésiste de 56 ans. Dépeints tous ou presque avec quelques fragilités antérieures, ici un burn-out, là un divorce difficile.  Mais les quatre ont livré les mêmes mots : terreur, crainte, boule au ventre, culpabilité, rabaissés, dénigrés. L'une décrit comment le médecin lui a jeté une feuille à la figure parce que l'étiquette était mal collée, l'autre comment il a fini par descendre aux urgences pour se faire prescrire un calmant après une engueulade mémorable. La plupart du temps, ce sont des humiliations en public, devant les collègues ou même devant les patients. Et puis il y a ces blagues et réflexions salaces envers une autre infirmière, la plus âgée des trois plaignantes : "tu me fais quoi pour cinq euros? Tu as une petite mine, tu as baisé tout le weekend? Plus tu me repousses plus tu m'excites. Je vais te faire couiner la tête dans l''oreiller". En pleurs à la barre, elle affirme qu'il l'a embrassée de force à plusieurs reprises. En plus des quatre plaignants, une trentaine de dépositions écrites de personnels soignants figurent au dossier. "Un seul vous est favorable", précise la présidente au prévenu.

La peur doit changer de camp. C'est un intouchable, un pervers narcissique qui ne se préoccupe pas du mal qu'il a fait. — Me Jean-Marc Denjean, l'avocat des plaignants

La théorie du complot, dans un contexte de difficultés économiques et d'élections politiques

Le médecin anesthésiste lui n'a pas amorcé un début de regret. Si, en parlant des blagues salaces "je regrette que tout le monde pense que c'était déplacé". Pourtant il n'est pas très impressionnant :  1 mètre 60 à peine, de grands yeux clairs, il est vêtu d'un t-shirt polo bleu. Arrivé en 2000 à Lavaur, il a présidé à deux reprises la Commission Médicale d'Etablissement, élu et réélu par ses pairs. Le médecin nie tout : oui il lui arrive de s'emporter, mais ça n'est pas grave, il est exigeant voilà tout. Les blagues cochonnes, c'était un jeu, elle aimait bien. Tous ces témoignages à charge,ces pétitions, n'ont qu'un but : le faire couler, lui l'ami du maire de Lavaur, lui le confrère respecté d'éminents professeurs toulousains. "Trente années de service aux patients liquidées, je suis un homme détruit, ma réputation est salie, j'ai peur pour ma femme et ma fille". 

Mon client a été un fusible dans une histoire où le contexte de menace de grève sociale, de fermeture de services et de problème de gouvernance a énormément pesé. Et puis tout cela s'est passé en pleine période électorale et tout le monde sait que le Dr était très proche du maire de Lavaur. Cela a créé des jalousies. C'est une cabale — Me Françoise Duverneuil, l'avocate du prévenu

Pendant cette longue audience (six heures de débat), l'anesthésiste et son avocate ont fait citer cinq témoins qui ont loué la bienveillance et l'investissement du chef de service, à l'origine de nombreux plans de réorganisation et de ponts avec le CHU de Toulouse. "Jamais rien vu, jamais rien entendu" des faits qui lui sont reprochés ont-ils assuré au tribunal. Comme si toutes les accusations, les bruits de couloirs, les dizaines de témoignages n'avaient jamais eu de bien-fondé. Sur ces cinq témoins qui comparaissaient pour la défense, trois médecins, une pharmacienne et une cadre de santé. Aucun infirmier, aucun aide-soignant, aucun exécutant. Un autre monde.

Le parquet a requis 18 mois de prison, assortis d'un sursis et d'une mise à l'épreuve de trois ans, l'obligation d'indemniser les victimes et deux ans d'interdiction d'exercer. L’hôpital de Lavaur réclame au médecin au titre du préjudice financier et d'image 365.000 euros de dédommagement. Délibéré le 25 septembre.