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Faits divers – Justice

Un chirurgien grenoblois suspendu pour des manquements "d'une extrême gravité"

mercredi 10 avril 2019 à 22:09 Par Justine Dincher, France Bleu Isère et France Bleu

Le conseil national de l'ordre des médecins a décidé de suspendre un chirurgien grenoblois spécialiste du dos pendant un an et demi. Cette décision fait suite à un signalement de la Sécurité sociale faisant état de 54 dossiers de patients dont la prise en charge aurait été défaillante.

Un chirurgien grenoblois est accusé de "manquements" d'une "extrême gravité" par le conseil national de l'ordre des médecins.
Un chirurgien grenoblois est accusé de "manquements" d'une "extrême gravité" par le conseil national de l'ordre des médecins. © Maxppp - Luc Nobout

Grenoble, France

C'est une décision rare, tellement elle est sévère. Le conseil national de l'ordre des médecins a décidé, dans une décision datée du 15 janvier dernier et dont on prend connaissance aujourd'hui, de suspendre un chirurgien grenoblois pour trois ans, dont un an et demi avec sursis, à partir du 1er mai prochain. 

Ce docteur, un spécialiste du dos qui exerçait au CHU de Grenoble (Isère) jusqu'en octobre 2009 et qui exerce depuis à la Clinique des Cèdres à Échirolles, a été sanctionné après des "irrégularités" et des "manquements d'une extrême gravité". C'est la Sécurité sociale qui a donné l'alerte, elle a compté 54 dossiers douteux entre 2013 et 2014.

Amputée après s'être tordu la cheville

La vie de certains patients a été bouleversée. C'est le cas pour Frédérique, habitante d’Échirolles. Le jour de Noël, le 25 décembre 2009, elle raconte s'être présentée aux urgences, après une chute dans les escaliers. Résultat : double-fracture de la cheville, elle est opérée par le chirurgien cité. Cette opération marque, d'après elle, le début des complications : "trois semaines après, le ’matériel´ a cassé, parce que ce docteur m'a mis un ´matériel’ trop grand par rapport à mon os qui n’a pas pu se consolider." Après une cinquantaine d'opérations, Frédérique, 49 ans, a du se faire amputer le 4 février dernier : "on ne peut pas détruire des vies comme cela ! Ce n'est pas possible ! Il faut qu'il arrête" !".

"J'ai perdu 10 ans de ma vie, ma vie de famille et mon emploi" — Une patiente amputée

Son avocat explique que le cas de Frédérique n'est pas isolé. Édouard Bourgin raconte l'histoire d'un de ses autres clients "qui s'était bloqué le dos en faisant un faux-mouvement et qui ne présentait des douleurs que depuis une semaine". "Ce chirurgien a décidé de l'opérer, sans aucune précaution pré-opératoire".

Dix ans de procédure pour certaines victimes

Édouard Bourgin, qui défend cinq patients, a engagé cette bataille depuis 2009 déjà : "depuis 10 ans, nous poursuivons ce chirurgien dans différentes affaires sans toutefois arriver à démontrer, bien malgré nous, l'extrême gravité de ces manquements. Aujourd'hui, les temps ont changé puisque nous avons le soutien de cette décision du conseil national de l'ordre des médecins qui a répertorié d’innombrables manquements pré-opératoires, per-opératoires et post-opératoires". 

"Imagerie insuffisante", "absence d'antalgique prescrit", "absence d'information préalable", "absence dommageable de qualité dans le suivi opératoire" : les reproches formulés par le conseil national de l'ordre des médecins sont multiples. L'avocat Edouard Bourgin espère maintenant sa radiation, il a saisi le procureur de la république.

Un chirurgien, "pas un boucher"

Alors que l'avocat de ces cinq patients parle de "scandale sanitaire" à l'échelle locale, l'avocat du chirurgien dénonce lui un "lynchage médiatique". "Mon client n'est absolument pas un boucher”, répond Bernard Boulloud. Pour l'avocat grenoblois, dans ce dossier, "il y a beaucoup plus de problèmes d'ordre administratif, de défaut d'informations... Mais encore faut-il démontrer le lien entre cette cause et l'infirmité qui est aujourd'hui invoquée !". 

"Il n'a pas charcuté de manière purement aléatoire et n'importe comment ces gens-là" — Bernard Boulloud, avocat du chirurgien

L'avocat assure que "si on regarde la sinistralité du médecin, je pourrai vous démontrer dans quelques jours ou quelques semaines, qu'elle n'est pas si énorme que cela dans la spécialité qui est la sienne". Le chirurgien de la Clinique des Cèdres, qui exerce en chirurgie orthopédique et traumatologique, a saisi le conseil d'état pour contester cette décision

La Clinique des Cèdres, où ce docteur travaille toujours, ne souhaite pas réagir pour l'instant à cette affaire. Le CHU de Grenoble indique de son côté que ce médecin a démissionné en octobre 2009 et que "l'examen du dossier de ce praticien qui a travaillé pendant près de dix ans au CHU ne révèle qu'un seul contentieux avec un patient qui suit la voie judiciaire".