Faits divers – Justice

Un homme abattu au Havre : la police des polices enquête

Par Faustine Mauerhan, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) jeudi 26 mars 2015 à 11:29

Marche blanche au Havre pour Abdoulaye Camara, 30 ans, le 21 février dernier.
Marche blanche au Havre pour Abdoulaye Camara, 30 ans, le 21 février dernier. © MaxPPP

L’IGPN, l’inspection générale de la police nationale, est en train de réinterroger les acteurs de l’affaire Abdoulaye Camara, cet homme abattu par les forces de l’ordre en pleine rue au Havre, mi-décembre 2014. Sa famille ne croit toujours pas à la légitime défense et redemande des explications.

Au lendemain des faits, le procureur de la république du Havre et la police judiciaire chantaient en cœur à une conférence de presse organisée en urgence pour les médias. « La légitime défense des policiers ne fait absolument aucun doute.  » Et de raconter en détails, comment dans la nuit du 15 décembre 2014, Abdoulaye Camara, un havrais de trente ans, se promène ensanglanté dans le quartier de la Mare Rouge, vient de poignarder plus de vingt fois un passant, et s’en prend ensuite à la police, qui l’abat en pleine rue de plus de 14 balles (retrouvez notre récit au moment des faits ici).

La famille d’Abdoulaye Camara dépose une seconde plainte contre les policiers

A l’époque toujours, l’enquête est rapidemment bouclée. La victime est morte, les caméras de vidéosurveillance ont filmé l’intégralité de la scène et les images « ne laissent aucun doute  », affirme à ce moment-là, le procureur en charge du dossier. Mais déjà la famille de l’agresseur ne semble pas convaincue et dépose plainte contre les policiers. Plainte qui reste sans suite. Mais la famille n’en démord pas, anime un blog et une page Facebook, continue de lancer des appels à témoins.

Ses parents sont persuadés que ce n'est pas la vraie histoire et que les policiers auraient pu neutraliser Abdoulaye Camara sans l'abattre. Convaincu lui aussi, leur avocat leur conseille alors de redéposer plainte et de se porter partie civile. Résultat : deux juges d’instruction se saisissent du dossier . Deux juges et non pas un seul, « vu la nature de l’affaire  » avoue le parquet qui promet qu’après cette nouvelle enquête « il n’y aura plus aucune zone d’ombre dans cette affaire.  »

L’avocat de la famille se pose beaucoup de questions

Les deux juges demandent donc à l’IGPN de reprendre toutes les pièces du dossier. La police des polices, trois mois après les faits, est en train de réinterroger tout le monde. Les deux policiers qui ont tiré, leurs collègues présents sur l’intervention aussi. La victime d’Abdoulaye Camara également. Les nouveaux enquêteurs vont aussi reprendre toutes les analyses, les expertises de l’époque et étudier les contre-arguments, nombreux, de l’avocat de la famille. Maître Guillaume Routel qui a beaucoup de doutes dans cette affaire.

« Pourquoi seulement deux policiers sont sortis de leur voiture pour maîtriser l’agresseur ?  », demande-t-il ? « Pourquoi les autres agents autour, équipés eux de flash-ball, des armes non mortelles, ont laissé faire leurs collègues armés de vraies balles ? Et pourquoi ceux là ont-ils tiré vingt-six fois, touchant Abdoulaye Camara à quatorze reprises ?  »

L’IGPN doit rendre ses conclusions aux deux juges d’instruction havrais d’ici trois à six mois .