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Faits divers - Justice
Dossier : Mouvement de grève contre la réforme des retraites

Victime d'un tir de LBD à Paris le 9 janvier, un Icaunais porte plainte et dénonce "un acte gratuit"

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Par , France Bleu Auxerre, France Bleu

Un Icaunais, victime d'un tir de LBD de la part d'un policier à Paris le 9 janvier en pleine manifestation contre la réforme des retraites, porte plainte pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique". Blessé au torse, ce quadragénaire dénonce "un acte gratuit".

Une semaine après avoir été touché au torse par un tir de LBD à Paris, Antoine (*le prénom a été modifié), un Icaunais de 40 ans, a porté plainte pour "mise en danger de la vie d'autrui".
Une semaine après avoir été touché au torse par un tir de LBD à Paris, Antoine (*le prénom a été modifié), un Icaunais de 40 ans, a porté plainte pour "mise en danger de la vie d'autrui". © Radio France - Nicolas Fillon

C'est le média indépendant Radio Parleur qui avait révélé l'affaire. Jeudi 9 janvier, lors de la manifestation parisienne contre la réforme des retraites, un Icaunais a été la cible d'un tir de LBD40 (lanceur de balle de défense 40 mm). L'homme a porté plainte, et France Bleu Auxerre a pu le rencontrer.

En réalité, ce jour-là, c'est un autre tir de LBD qui a d'abord capté l'attention. Un tir à bout portant par un policier des compagnies de sécurisation et d'intervention (CSI) filmé par le journaliste indépendant Laurent Bigot, énormément partagé sur les réseaux sociaux, et qui fait l'objet d'une enquête ouverte par le parquet de Paris, confiée à l'IGPN, la police des polices. Deux autres enquêtes concernant là aussi des violences policières présumées pour la manifestation parisienne du 9 janvier sont en cours.

Les faits se déroulent rue Saint-Lazare, à Paris (IXe arrondissement), dans l'après-midi. Ce premier tir, qui touche un sexagénaire, Antoine* (*le prénom a été modifié) en a été témoin. Cet habitant du nord de l'Yonne avait pris le train tôt le matin depuis Sens pour monter à Paris manifester "pour la seconde fois contre la réforme des retraites", explique ce solide gaillard à la voix posée.

"Le cortège est séparé par les forces de l'ordre, raconte Antoine. Vu qu'il y a énormément de monde, les manifestants sont pris en tenaille par les policiers, ne peuvent ni avancer ni reculer, se font matraquer et gazer à la lacrymogène. C'était la panique. Et à ce moment-là, j’aperçois un policier muni d’un LBD qui tire à bout portant sur une personne qui n’était pas loin de moi. Tout le monde autour s’effondre. Je croise du regard le tireur, et je lui dis que son geste était stupide, surtout à cette distance. Il me répond d’un signe de la tête, genre, cause toujours."

J’entends un tir de LBD et je me dis qu’il est pour moi

Cinq minutes plus tard, l’Icaunais se retrouve lui aussi dans la nasse avec une vingtaine de personnes, tout proche d’un cordon de police. Capuche et casquette sur la tête mais visage à découvert, Antoine fait face aux forces de l’ordre, de manière statique, sans se montrer menaçant comme le montre une vidéo captée par un autre journaliste indépendant, Benoit Deverly, et elle aussi beaucoup relayée sur les plateformes sociales.

"Un policier balance un palet de gaz lacrymogène dans ma direction, poursuit l’Icaunais. Je n’ai pas de masque à gaz ni de lunettes de protection, et par réflexe, je le renvoie du pied, mais pas en direction des forces de l’ordre, plutôt à l’écart. Tout de suite après, j’entends un tir de LBD et je me dis qu’il est pour moi.

Tir et intimidations

Et ça ne rate pas. Antoine est touché au niveau du torse, plus précisément le pectoral droit. Il s’écroule. "J’étais à peu près à sept, huit mètres du policier qui a tiré. Juste après son tir, il me fait un signe du pouce, et me demande deux fois de suite : « T’en veux encore ? ». Je lui demande pourquoi il m’a tiré dessus. Il me répond : « Tu as renvoyé du lacrymo sur la police, tu le mérites. »" 

Dans la foulée, un autre policier s’approche d’Antoine. Même sonné, le quadragénaire lui demande "direct" le RIO du tireur, son matricule d’identification. "Il ne me le donne pas, mais heureusement, un journaliste de Radio Parleur a assisté à la scène, et a réussi à le prendre en photo, souffle l’Icaunais. J’ai la confirmation que le tireur est le même que lors du premier tir à bout pourtant quelques minutes auparavant. Même RIO, mêmes signes distinctifs."

Mis sur le côté, Antoine souffre. Mais les policiers ne le retiennent pas : "Je n’ai reçu aucune aide, les policiers n’ont pas appelé les secours pour s’occuper de moi. Il n’y a eu ni fouille, ni interpellation, rien. Ils sont repartis comme ils étaient venus." 

Un hématome de 12 cm

Le blessé finit par appeler les pompiers, qui lui font passer quelques examens médicaux. Le lendemain, Antoine se rend aux urgences du centre hospitalier de Sens. Bilan : un hématome large de 12 cm sur la poitrine côté droit, un autre plus petit sur le sternum, et un jour d’ITT. "Je suis un peu sportif, ça m’a peut-être aidé à mieux encaisser le choc et la balle de LBD, qui a cogné le muscle", relativise-t-il.

Touché pour la première fois par un tir de LBD, celui qui avait participé à plusieurs manifestations des Gilets Jaunes au début du mouvement, fin 2018, dénonce un "acte gratuit et disproportionné" dans un contexte de violences policières de plus en plus tendu

"Ce 9 janvier à Paris, c’était peut-être le summum, avoue Antoine. Les policiers se faisaient plaisir, ils frappaient les gens… Même dans leurs yeux, on aurait dit qu’ils aimaient ça. Franchement, si j’avais lancé un pavé ou proféré des insultes en direction des forces de l’ordre, j’aurais mérité ce tir de LBD et n’aurais même pas porté plainte. Là, c’était un tir gratuit. Le tireur ne mérite pas de faire partie de la police."

Je veux que justice soit faite

Porter plainte pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique" et "mise en danger de la vie d'autrui", un choix évident pour Antoine, qui veut se faire entendre.

"On m’a dit que ça ne pouvait pas aboutir, que l’IGPN blanchit à chaque fois les policiers… Mais quand on porte plainte, on rentre dans les statistiques des blessés des violences policières. Si on ne porte pas plainte, les forces de l’ordre vont penser qu’elles sont dans leur droit, que ce qu’elles font, c’est normal. Mais non !"

Le quadragénaire ne manifestera pas ce samedi 18 janvier "à cause de son œdème". "Si par malchance je reçois un nouveau coup de matraque, ça risque de chatouiller un peu, donc je préfère me reposer." 

Il a toutefois "bon espoir" de voir sa plainte aboutir, jugeant la vidéo où on le voit encaisser le tir de LBD "flagrante", et rappelle qu’il dispose de "nombreux témoins journalistes" pour valider sa version. Version soutenue par son avocat, Me Arié Alimi, invité de la matinale de France Bleu Auxerre ce vendredi 17 janvier sur le sujet et dont le cabinet défend une cinquantaine de victimes potentielles de violences policières comme la famille de Cédric Chouviat, ce livreur décédé après un contrôle de police

"Je veux que justice soit faite, pour ces deux tirs de LBD gratuits de ce 9 janvier", martèle Antoine. Déterminé, et à la fois apaisé : "Heureusement que j’ai des amis policiers et gendarmes, je sais faire la part des choses. Je ne suis pas du tout anti-flic, et ce n’est pas cet épisode qui va y changer quoi que ce soit."

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