Faits divers – Justice

Un jeune imam interdit de mosquée à Cannes et Grasse conteste l'arrêté préfectoral

Par Jean-Baptiste Marie et Maud De Bourqueney, France Bleu Azur et France Bleu mercredi 2 décembre 2015 à 20:24

Un jeune imam privé de lieu de culte à Grasse et à Cannes.
Un jeune imam privé de lieu de culte à Grasse et à Cannes. © Maxppp - photo d'illustration

L'imam Afif Lattar, interdit de fréquenter tout lieu de culte à Cannes et Grasse dans le cadre de l'état d'urgence. Il a contesté mercredi, devant le tribunal administratif de Nice, toute appartenance à une mouvance salafiste.

Afif Lattar est un jeune imam de 32 ans. Il travaille depuis un an à la Grande mosquée de Cannes. En parallèle, il passe un doctorat à l'institut des sciences humaines de Paris. Mais l’État le soupçonne de relations avec la mouvance salafiste radicale. Un arrêté préfectoral du 24 novembre 2015 lui interdit donc tout accès aux lieux de prière de Cannes et de Grasse, le temps de l'état d'urgence.

Une grave erreur, selon son avocat Maître Di Mauro. Pour lui, l’État salit l'"honneur" de son client en plus de le mettre au chômage technique. Devant le tribunal administratif de Nice, mercredi, l'avocat a brandi 158 lettres de soutien de la part de membres de la communauté catholique, bouddhiste, juive, musulmane, à Cannes, Grasse et au Puy en Velay - lieu de son premier contrat. Tous défendent l' "éthique et le sens de la fraternité" de M. Lattar.  L'imam est un habitué du dialogue interreligieux, il a notamment participé au festival Vivre Ensemble à Cannes. 

Pour l'avocat d'Afif Lattar, l’État salit l'"honneur" de son client en plus de le mettre au chômage technique.

Mustapha Dali, recteur de la Grande mosquée de Cannes, évoque son "savoir", sa "connaissance", qui ferait de lui un rempart contre le salafisme. Selon lui, Afif Lattar est victime de querelles d'égo. Un des imams qui a témoigné contre Afif Lattar serait actuellement en procédure de prud'hommes face à lui. Un affaire qui date de la période où Afif Lattar travaillait à la mosquée de Grasse.

Lignes rouges

La préfecture évoque de son côté "des faits graves qui présentent un caractère de vraisemblance suffisante". L'homme serait "connu pour son fondamentalisme religieux" selon François-Xavier Lauch, sous-préfet des Alpes-Maritimes. Son comportement aurait été remarqué à la mosquée de Puy-en-Velay, puis à Grasse où il aurait appelé à "un boycott de l'école". 

La préfecture évoque de son côté "des faits graves qui présentent un caractère de vraisemblance suffisante".

Autre fait reproché: lors d'une manifestation après les attentats de Charlie, Afif Lattar avait dénoncé ces "actes barbares" mais aussi "les caricatures",  les présentant comme deux lignes rouges à ne pas franchir. On lui reproche aussi d'avoir accueilli  Béchir Ben Hassen à la mosquée de Cannes en août dernier, un imam franco-tunisien soupçonné de liens avec le terrorisme international. Mais  Maître Di Mauro rappelle que cet imam s'était, à l'époque, invité dans toutes les mosquées des Alpes Maritimes.

Le tribunal administratif a mis sa décision en délibéré. Verdict jeudi.