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Faits divers – Justice

Un habitant de Joigny devant les assises de l'Yonne pour meurtre et tentative de viol

lundi 3 décembre 2018 à 18:01 Par Isabelle Rose et Delphine Martin, France Bleu Auxerre

Pendant deux jours, la cour d’Assises de l'Yonne juge un Jovinien pour avoir tué sa compagne d'un coup de couteau. Les faits se sont déroulés en avril 2015 à Joigny. Lors de l'audience, pour la première fois, l'accusé a reconnu avoir cherché à tuer sa femme car elle s'était refusée à lui.

cour d'Assises
cour d'Assises © Maxppp -

Joigny, France

Un homme de 44 ans est jugé depuis ce lundi matin devant les Assises de l'Yonne à Auxerre, pour avoir tué et tenté de violer sa compagne. C'était en avril 2015 à Joigny. L'accusé avait déjà été condamné en 1995 pour un viol et plusieurs agressions sexuelles. 

Un homme "dangereux", selon le psychologue

Lors de la première journée d'audience, les jurés ont notamment examiné la personnalité de l'accusé. Un homme dangereux, selon le psychologue. L'expert parle d'un homme intelligent, qui ne souffre d'aucune déficience intellectuelle mais qui présente des troubles de la personnalité : immature, impulsif, avec une très faible tolérance à la frustration, qui s'emporte vite. 

Cet homme est né avec une main gauche atrophiée et n'a jamais accepté son handicap. C'est à cause de ça, selon lui, qu'il a fait plusieurs tentatives de suicide: "je ne supportais plus ma main, je ne pouvais rien faire, je voulais travailler dans une entreprise normale" dit cet ancien salarié de l'ESAT de Moneteau, un établissement qui emploie des personnes handicapées.  

"Il a conscience de la gravité de ses actes", dit l'expert, "mais semble d'avantage préoccupé par les conséquences de son geste pour lui même, pour sa vie à lui". Sur sa précédente condamnation pour viol et agression sexuelle, en 1995, il a tendance à banaliser les faits, à les nier. Une attitude préoccupante qui pousse l'expert à parler de "dangerosité criminologique". Une dangerosité exacerbée par un problème avec l'alcool. La nuit du meurtre, il reconnaît qu'il avait bu au moins une dizaine de bières.

A la barre : son ancienne voisine, agressée en 2001

Les témoignages se succèdent : celui du gendarme chargé de l'enquête, de l'ambulancier et de l'infirmière arrivés sur les lieux après le drame... et puis arrive cette ancienne voisine de l'accusé, agressée en 2001 à Joigny. C'est une femme en larmes et toujours tremblante de colère , même 17 ans après les faits, qui apparaît à la barre. Elle raconte cette soirée de cauchemar : elle est à une fête, son voisin, l'accusé, y est aussi. Il la raccompagne, mais une fois dans l'immeuble, il force sa porte, l'asperge de gaz lacrymogène, la saisie par le cou. "Je suppose qu'il voulait avoir des relations sexuelles, mais il n'a rien dit", explique-t-elle entre deux sanglots. 

Après de longues minutes, les secours arrivent et maîtrisent l'agresseur, qui était en train de se frapper la tête contre une vitre. Il est hospitalisé d'office en psychiatrie. Dans le box, l'accusé esquisse un sourire nerveux et porte un doigt à sa tête, l'air de dire : "elle est folle". Poussé à s'expliquer, il dit simplement : "c'est faux, elle m'a invité chez elle. _Elle ma pris pour un con. J'étais amoureux d'elle"_. 

Sa victime, elle, n'a pas de petit rictus au coin des lèvres. Elle n'a pas tourné la page : "j'ai tout le temps peur, et à cause de moi, mes propres enfants vivent dans la peur" dit-elle en pleurant. "_A l'époque, personne ne m'a prise au sérieux_, personne ne m'a écoutée et maintenant, on est là pour une femme qui est au cimetière".  

Un récit confus et parfois contradictoire

Lundi, en fin d'audience, pour la première fois, l'accusé a reconnu avoir volontairement cherché à tuer sa femme parce qu'elle s'était refusée à lui. Son récit est souvent confus, parfois contradictoire. Il parle de "trou noir", empile les versions différentes. Finalement, poussé par le président du tribunal, il avoue que ce soir-là, après une série de frustrations, après trop de bières, il rejoint sa femme dans le lit, essaie de l'enlacer, mais elle le repousse.  Elle le repousse deux fois. Alors il prend un couteau et le plante dans sa poitrine. "C'était pour lui faire peur", dit-il d'abord, avant de reconnaître, poussé par le magistrat :" Vous aviez la rage ?", "Oui", "Vous vouliez la tuer ? "Oui".

Il dit qu'il l'aimait, mais que ça n'allait plus trop, entre eux, parce qu'elle dépensait trop et parce que ses parents à elle étaient trop présents. Et surtout, cette nuit-là, parce qu'elle avait refusé plusieurs fois un rapport intime. Alors il frappe. Un seul coup dans l'artère pulmonaire. Et ensuite il appelle les pompiers. Lorsque les secours arrivent sur les lieux, ils témoignent de ses paroles. Il leur dit : _"_elle ne voulait  pas. Elle était chiante, elle ne voulait jamais. Je n'aurais pas du me marier".  

Le procès se poursuit de mardi. L'accusé est en détention provisoire depuis trois ans. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité