Faits divers – Justice

Un lycéen jugé aux assises pour avoir poignardé à mort un camarade de classe

France Bleu Gironde jeudi 19 mars 2015 à 16:12

Une semaine après le drame, un millier de personnes avait participé à une marche blanche dans les  rues de Blaye
Une semaine après le drame, un millier de personnes avait participé à une marche blanche dans les rues de Blaye © Radio France

Quentin, un jeune de 19 ans, comparaît depuis ce jeudi matin devant la Cour d'Assises des mineurs de Bordeaux. Il y a tout juste deux ans, il avait tué de deux coups de couteaux au cou un camarade de classe, parce que, dit-il, il le harcelait. Le meurtre avait eu lieu en plein cours, au lycée de l'Estuaire, à Blaye.

L'affaire avait suscité une très grande émotion it il y a tout juste deux ans à Blaye. Le 19 mars 2013, Quentin, un élève âgé de 17 ans à l'époque, avait – en plein cours –  agressé de deux coups de couteau Sylvain, un camarade de 17 ans. La victime, touchée à la carotide, était morte deux jours plus tard des suites de ses blessures au CHU de Bordeaux. Le ministre de l'Éducation de l'époque, Vincent Peillon s'était rendu sur place . Et  une semaine après le drame, un millier de personnes avaient participé à Blaye à une marche blanche en hommage à Sylvain.

Le meurtrier présumé est jugé depuis jeudi matin  devant la Cour d'Assises des mineurs de Bordeaux. Le procès a lieu à huis clos. Pour expliquer son geste, Quentin, âgé aujourd'hui de 19 ans, a expliqué qu'il était victime depuis plusieurs mois de harcélement au sein de sa classe.

Pour Maître Christian Blazy, avocat de la partie civile, qui défend les intérêts de la famille de Sylvain, il s'agit d'un acte prémédité. Selon lui, le meurtrier présumé nourissait une haine démesurée à l'encontre de la victime, et le harcèlement n'est pas prouvé.

"Le harcélement, où commence-t-il, ou s'arrête-t-il ?  Plusieurs témoins l'affirment : au départ, Sylvain a eu une parole pour plaisanter qui a été très mal acceptée, mais ensuite, Quentin passait son temps à le chercher, car il s'était senti extrêment offensé. On ne peut pas parler de harcélement, mais de quelques moqueries. Les autres élèves disent qu'il n'y avait rien de méchant." — Maître Christian Blazy

"Il n'y avait pas de harcélement, juste des taquineries de part et d'autre"

Pour maître Élodie Fourmon-Leclerq, l'avocate de l'accusé, son client a voulu faire cesser le calvaire qu'il vivait.

"L'attention de Quentin s'est focalisé sur un seul des élèves. Il était devenu l'entrave à son bonheur. L'accusé a été débordé par ses sentiments, il n'a plus raisonné et a commis l'irréparable. Il était dans un état tel qu'il fallait que ça s'arrête. À ce moment-là dans sa tête, il voulait juste que ce jeune disparaisse de sa vie. Cela ne voulait pas dire forcément le tuer, mais  dire je veux que ça cesse." — Maître Elodie Fourmon-Leclerq.

"Il a cédé à ses pulsions, car il voulait que ça s'arrête"

Un expert psychiatre a conclu à à l'altération du discernement du meurtrier présumé au moment des faits.

"Ce sont ses pulsions qui l'ont dominé, et plus la raison. Alors, oui, il y a une forme d'altération de son discernement. L'expert a d'ailleurs sit qu'il n'avait retrouvé pleinement son discernement que le lendemain des faits." — Maître Elodie Fourmon-Leclerq

La famille de la victime espère de son côté que Quentin sera condamné à une peine exemplaire. "Sylvain avait des projets. C'était un jeune homme qui n'avait aucun problème, considéré comme agréable, comme gentil, comme serviable. Il avait des résultats scolaires qui étaient corrects. Sa vie s'est arrêtée alors qu'il avait 15 ans, parce qu'un camarade a considéré qu'il devait se faire justice lui-même", indique Maître Christian Blazy, avocat des parties civiles. Place ce vendredi matin aux réquisitions de l'avocat général. Le verdict de ce procès est attendu vendredi dans la soirée.